Jules Claretie

Jules Claretie

Résumé

Portrait de Jules Claretie Jules Claretie Le Petit Drapeau

Il se sentait devenir fou à cette idée que, dans tout Corbeil, il n’y avait plus une cocarde, plus un étendard qui eût le droit de se dire tricolore en face de l’aigle noir d’Allemagne. L’idée fixe, l’idée qui dessèche le cerveau, qui fait les grands hommes ou les aliénés, presse la cervelle humaine comme une éponge pour en faire couler le génie ou la démence, l’idée fixe s’emparait de ce vieillard à moustaches blanches qui avait soif des couleurs d’autrefois, des trois couleurs de la patrie !
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Portrait de Jules Claretie Jules Claretie Le Petit Drapeau

Comme toutes les choses de ce monde, en un mot, il faut avoir perdu le droit d’arborer son drapeau pour le regretter — avec des larmes.
Il était une fois, dans une petite ville des environs de Paris, à Corbeil, un vieux soldat, ancien commandant, portant à la boutonnière la rosette rouge, soldat d’Afrique et de Crimée, dont les longs « moukhalas » des Kabyles avaient souvent brûlé la peau, là-bas, dans les lentisques, et qui avait laissé un peu de sa chair dans cet espace de quelques centaines de mètres carrés, où dix mille morts s’entassèrent autour de l’écroulement de Malakoff.
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Portrait de Jules Claretie Jules Claretie Le Petit Drapeau

Il ne faut pas grand’chose aux malheureux pour se raccrocher à l’espoir. Et le vieillard voyait sans doute dans ce bateau d’enfant — « qui va sur l’eau » — l’image de cet autre vaisseau roulé par la lame et qui restait pourtant fidèle à sa devise, dans l’Année terrible : Fluctuat nec mergitur !
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