Paul Verlaine,
Le Parnasse contemporain/1869
“ C’est l’aube ! Tout renaît sous sa froide caresse. De fauve, l’Orient devient rose, & l’argent Des astres va bleuir dans l’azur qui se dore ; Le coq chante, veilleur exact & diligent, L’alouette a volé stridente : c’est l’aurore ! Éclatant, le soleil surgit : c’est le matin, Amis, c’est le matin splendide dont la joie Heurte ainsi notre lourd sommeil, & le festin Horrible des oiseaux & des fauves de proie. O prodige ! en nos cœurs le frisson radieux Met, à travers l’éclat subit de nos cuirasses, Avec un violent désir de mourir mieux, La colère & l’orgueil anciens des bonnes races. ”
