Un songe de La Bruyère

Élements biographiques

Un songe de La Bruyère Han Ryner

Etonnement ! la voix mystérieuse, derrière la toile, se transforme. La voici la plus douce et la plus habile de toutes les voix, celle, soudain reconnue, de M. Racine lui-même. Elle dit des conseils que La Bruyère écoute avidemment :
— Laisse les autres délayer de petits sujets en des toiles immenses ou en des vers ambitieux. Enferme les grands sujets en de petits tableaux et en de petites phrases. La modestie des dimensions te protégera contre ce que tes contemporains osent appeler, peut-être, leur intelligence et leur perspicacité.
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La Bruyère s'attristait de la pauvreté du « Lutrin » et d'un si long exercice sur un sujet aussi maigre et indifférent. Une voix, qu'il faisait taire, s'efforçait de dire en lui : Ce Boileau n'est-il pas l'égal du Scarron qu'il méprise ?
Il connaissait, par le prince de Condé, la facilité presque ridicule de la petite opération militaire que célébrait magnifiquement le Boileau de gauche. De sorte qu'il riait intérieurement des deux M. Despréaux.
Cependant, derrière la toile, la troisième voix, monotonement déclamatoire et sans art, ronronnait toujours.
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Mais « n'ayant que des sciences imaginaires... ils s'établissent... par grimaces ». En vérité, « leurs robes rouges, leurs hermines, dont ils s'emmaillottent en chats fourrés, les palais où ils jugent, les fleurs de lys, tout cet appareil auguste était fort nécessaire » pour frapper l'imagination des hommes, puisqu'on ne pouvait rien offrir de solide à leur raison.
Mais le passage qui frappait plus particulièrement M. de La Bruyère, c'est celui sur nos rois et leur redoutable accompagnement de « trognes armées ».
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