Résumé

Portrait de Anaïs Ségalas Anaïs Ségalas Femmes-Poëtes de la France

On ne peut pas mourir.
Je veux jouir encor de toute la nature,
De la fleur dans les prés, du ruisseau qui murmure,
Du ciel bleu, de l’oiseau chantant sur l’arbre vert ;
Je veux aimer la vie, et de toute mon âme,
La voir dans le soleil briller en jets de flamme,
La respirer dans l’air...
Le lendemain la cloche appelait aux prières ;
Des cierges éclairaient de leurs pâles lumières
La nef et l’autel saint. Quelques prêtres en deuil
Disaient le chant des morts, et, sous les voûtes sombres,
Des vierges à genoux, blanches comme des ombres,
Pleuraient près d’un cercueil.
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Puis, jetant tristement un coup d’œil aux miroirs,
Posent les schalls épais sur les fraîches parures,
Et les amples manteaux tout couverts de rayures,
Avec les boas longs et noirs.
Nous allons le quitter ce bal, mais son image
Va nous suivre du moins. Comme dans un nuage,
Ces rapides beautés, ces danseurs passagers,
Pendant notre sommeil fécond en doux mensonges,
Priant et voltigeant, vont passer dans nos songes
Comme des fantômes légers.
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Et ces grains d’orangers, couronne virginale :
Moi, pour voile de noce et robe nuptiale,
J’aurai mon linceul blanc ;
Lugubre vêtement jeté sous une pierre
Qui tient ensevelis dans une étroite bière
Bien des illusions, bien du bonheur rêvé,
Qui tombe par lambeaux sous la terre jalouse,
Et que les battements d’un cœur de jeune épouse
N’ont jamais soulevé.
Moi, dans un long cercueil, étendue, insensible,
Morte ! — quoi ! je mourrais ! ... Oh ! non, c’est impossible.
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