Alain-Fournier

Alain-Fournier

Résumé

Portrait de Alain-Fournier Alain-Fournier Grande revue

Elle traversa le bourg sans s’arrêter : d’autres femmes, sur le seuil des maisons où elles habitaient seules comme des vierges, élevaient, au-dessus de leurs robes à longs plis et de leur taille haute, leur enfant premier-né. Elle arriva ainsi à la dernière maison du village, qui était abandonnée ; et elle aperçut debout, derrière la fenêtre, regardant sur le chemin, une jeune fille. Il y avait, dans l’air et sur la vitre, cette impalpable fumée bleue qui flotte après la pluie, le soir, entre toutes choses. On ne voyait que le visage de la jeune fille et ses mains, appuyés à la vitre.
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Portrait de Alain-Fournier Alain-Fournier Grande revue

« Hâtons-nous de monter au bourg, dirent-elles. Que doivent dire nos maris ? » Mais il n’y avait plus de maris, ce n’étaient plus que des fiancés. Le premier qu’elles rencontrèrent fut Monsieur Meillant. Il arrivait en voiture vers le bourg et elles se rangèrent sur l’accotement. Il fit : « Oh ! là » et la voiture s’arrêta au bord de la côte qui dominait le village, de telle sorte que les femmes et la voiture étaient dans l’ombre de la terre, et que, seuls, les naseaux du cheval semblaient tremper dans le ciel bleu du soir.
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Portrait de Alain-Fournier Alain-Fournier Grande revue

Le monde, tel que le décrivent leurs paroles, est fait de convenances et de pureté... Il y a par instants de grands silences, pleins de toutes les peines, de toute la pauvreté qu’il ne faut pas dire : alors, on entend s’évanouir au loin la rumeur amère du grand vent chassé.
Ce soir-là, Madame Henry s’est mise au piano. Immobiles sur leurs fauteuils grenats, les dames ont écouté d’abord avec grand respect. Puis l’une a incliné doucement son visage, comme une femme qui veut qu’on lui parle tout bas, contre l’oreille : et l’autre, sans y songer, a fait comme sa compagne.
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