Lettre sur un écrit anonyme

Élements biographiques

Lettre sur un écrit anonyme Voltaire

Quoique j’aie passé à deux reprises quarante ans loin de Paris, dans une profonde retraite, je connais les cabales de la littérature et du théâtre, et même les autres cabales. Je sais combien on se passionne pour un système chimérique, pour un mauvais ouvrage prôné et oublié, pour une opinion du temps, qui s’évanouit, enfin pour les formes substantielles, les idées innées, et l’harmonie préétablie. Trois ou quatre énergumènes s’unissent pour décrier, pour injurier, pour perdre même, s’ils le peuvent, quiconque n’est pas de leur avis.
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Lettre sur un écrit anonyme Voltaire

C’est là le langage de l’envie la plus détestable.
9° Je m’accuse d’avoir osé m’élever avec une colère peu chrétienne contre certains persécuteurs d’Helvétius [15] et de plusieurs gens de lettres ; d’avoir pris le parti des opprimés contre les oppresseurs ; d’avoir seul bravé leur orgueil, leurs cabales et leur malice ; mais d’avoir en même temps, par un esprit de jalousie, manifesté une très-petite partie des opinions dans lesquelles je diffère absolument de lui, de l’avoir dit à lui-même, parce que je l’aimais et l’estimais : c’est une infamie qui ne peut s’excuser.
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Lettre sur un écrit anonyme Voltaire

Mais, en même temps, j’avertis que voilà la première et la dernière fois que je répondrai aux lettres anonymes des polissons et des fous, et même aux lettres des personnes que je n’ai pas l’honneur de connaître : car bien que je sois très-jeune, et que je n’aie que soixante et dix-huit ans, cependant le temps est cher, et il faut tâcher de ne le pas perdre quand on veut apprendre quelque chose.
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