Gilbert Doré

Résumé

Gilbert Doré Le Voleur illustré

Ah ! pauvre Madeleine ! pensait-elle ce matin-là, aux traîtrises de l’amour, au piège des beaux jours précoces, si doucement redoutables, qui donnent l’amoureuse à l’amoureux... Entre l’eau qui coulait, le ciel qui brillait, le jeune homme qui l’aimait, elle se laissait vivre, heureuse, pendant que la grande Jeanne riait bruyamment aux plaisanteries de l’étudiant.
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Gilbert Doré Le Voleur illustré

C’était lui qui, trouvant un jour dans le tiroir de Madeleine le petit billet de Georges Tellier — tout froissé maintenant, tout jaune, — s’en était emparé en disant :
— Tiens !... Georges Tellier !... Il a du talent, ce type-là, il se lance !... Je vais garder ça pour ma collection.
Madeleine s’était récriée. Mais l’autre avait pris un air farouche et fait ronfler les grands mots de « jalousie », de « dignité ». Garder une lettre d’amour, même anodine, quand on avait l’honneur de le posséder : offense insigne !...
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Gilbert Doré Le Voleur illustré

V Le billet serré dans son corsage, son porte-monnaie vide à la main, Madeleine se retrouve sur le trottoir où la pluie crépite...
Il est tout à fait nuit, maintenant ; de grandes flaques d’eau miroitent sur la chaussée, reflétant les réverbères, et Madeleine sent que ses souliers percés s’amolissent, spongieux et trempés d’eau...
Elle se penche ; elle regarde ses informes chaussures.
Comme elles vont rire à l’atelier : — « Hé ? dis donc, Clara, l’amoureux de Madeleine lui a-t-y payé de beaux souliers ! »
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