Mme Antoine de Brémont

Résumé

Mme Antoine de Brémont Revue des Deux Mondes

Apollon l’aborda : — « Demeure, » disait-il ;
« Les fleurs, vers le soleil tournent leur fin pistil...
Tourne vers moi tes yeux, Vierge, suspends ta course !
Je ne suis point ce rustre à l’humble vêtement
Qui mène ses troupeaux paître dans la vallée ;
Je suis un dieu, Daphné ! La mélodie ailée
Sur ma lyre, parfois, vibre divinement.
Je suis un dieu puissant, mais mon étreinte est douce...
Songe qu’à ta pudeur s’avive mon désir
Et que s’ouvrent déjà mes mains pour te saisir...
Demeure ! » — Mais Daphné s’enfuyait sur la mousse.
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Mme Antoine de Brémont Revue des Deux Mondes

Il prendra pour miroir le miroir de mes yeux,
Sa tête penchera sur mon épaule nue...
Éros met dans les cœurs une ardeur inconnue :
Nous nous sentirons forts comme de jeunes dieux !
Je quitterai mes sœurs pour le suivre ; ma mère
Devant ma place vide, et durant quelques jours,
Peut-être, évoquera de pareilles amours
Et revivra sa part de jeunesse éphémère.
Et nous irons tous deux sous le ciel infini,
Car, la leçon d’amour une fois épelée,
Ainsi que des oiseaux qui prennent leur volée,
Les amans vont au loin bâtir leur propre nid...
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Mme Antoine de Brémont Revue des Deux Mondes

Daphné, son arc d’argent sur l’épaule, à sa guise
Chassait. Bras découverts, souples cheveux au vent,
Gorge ferme, elle était si belle que souvent
En la voyant passer, pour Diane on l’eût prise.
Des l’aube, elle partait en chasse, après le bain,
Dédaignant les apprêts, les parures savantes,
Heureuse seulement d’errer le long des sentes
Sur les pas d’un chevreuil, d’une biche ou d’un daim.
Son père la priait : « Accueille dans ta couche,
Ma fille, cet époux par mon cœur souhaité.
L’amour ne doit-il point couronner ta beauté ?... »
— Mais Daphné rougissait et se taisait, farouche.
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