Victor Margueritte

Victor Margueritte

Résumé

Portrait de Victor Margueritte Victor Margueritte Revue des Deux Mondes

Ils regardent couler l’eau lente dans le soir.
Est-ce que leurs murs las se souviennent d’avoir,
Cœurs lointains, tressailli sous le sang et les roses ?
Ils se meurent de la touchante mort des choses ;
Le soir tombe, l’eau coule ; ils regardent sans voir.
Soir d’encre, eau lourde, quais déserts. Les réverbères
Alignent leurs cordons de torches funéraires...
D’autres torches soudain, un cortège, des chants,
C’est à toute vitesse un cercueil qu’on emporte.
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Portrait de Victor Margueritte Victor Margueritte Revue des Deux Mondes

Avec ses vieux remparts et ses palais de briques,
Couleur de sang séché dans la lumière d’or,
Ses quais nus qu’emplissait le mouvement d’un port
Et l’herbe qui verdit sur ses places publiques,
Avec son mol azur où s’engourdit l’effort,
Ses murs jaunes et doux, ses cloîtres, ses boutiques
Et l’Arno tournoyant ses eaux mélancoliques,
Pise dans le soleil depuis des siècles dort.
Air pur qui charrias jadis tant d’énergie,
Air toscan, air subtil que pare une magie,
Triste du souvenir flottant d’avoir été !...
Aube vive et soir tiède éclatent de lumière
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Portrait de Victor Margueritte Victor Margueritte Revue des Deux Mondes

Un grand combat tournoie au-dessus des remparts.
Des nuages roux brûlent dans le ciel farouche ;
Le sang ruisselle et fume, et le soleil se couche
Sur la pourpre en lambeaux d’éclatans étendards.
Les créneaux s’ouvrent comme une blessure fraîche.
On dirait l’un des soirs tragiques et lointains,
Où dans le corps à corps des assauts florentins
La ville se faisait massacrer sur la brèche.
Le faîte du mur rouge est à présent tout noir.
L’âme éparse des morts flotte à travers le soir
Qui solennel descend sur la place du Dôme.
Un seul être vivant s’y traîne à petits pas
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