Résumé

Portrait de Francis Bacon Francis Bacon Essais de morale et de politiqueChapitre XVII

Certes, dit le judicieux Plutarque, j’aimerois mieux qu’on dit que Plutarque n’existe point, que d’entendre dire qu’il existe un certain homme appelé Plutarque, qui mange tous ses enfans aussi-tôt après leur naissance, comme les poëtes le disent de Saturne. Et comme la superstition est plus injurieuse à Dieu que l’irréligion, elle est aussi plus dangereuse pour l’homme ; l’athéisme du moins lui laisse encore beaucoup d’appuis et de guides, tels que la philosophie, les sentimens de tendresse qu’inspirent la nature même, les loix, l’amour de la gloire, le désir d’une bonne réputation
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Quelquefois aussi, à force de vouloir éviter la superstition ordinaire, on tombe, sans s’en apercevoir, dans un autre genre de superstition ; et c’est ce qui arrive lorsqu’on se flatte de ne pouvoir s’égarer, en s’éloignant le plus qu’il est possible de la superstition établie depuis long-temps. Ainsi, en voulant épurer la religion, il faut éviter avec soin l’inconvénient où l’on tombe par les super-purgations, je veux dire celui d’emporter le bon avec le mauvais ; ce qui ne manque guère d’arriver quand le peuple est le réformateur.
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La superstition, lorsqu’elle se montre sans voile, est un objet difforme et ridicule ; car, de même que la ressemblance du singe avec l’homme augmente la laideur naturelle de cet animal, de même la fausse ressemblance de la superstition avec la religion ne rend la première que plus hideuse ; et de même que les viandes les plus saines, lorsqu’elles se corrompent, se changent en vers, la superstition convertit la sage discipline et les coutumes les plus respectables en momeries et en observances puériles.
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