“ Je dirai seulement que le nombre prodigieux d’ouvrages que Plutarque a composés, et comme historien et comme philosophe, font croire qu’il a poussé loin sa carrière. Quoiqu’il écrivît avec une facilite qui a nui à la perfection de ses ouvrages, il en est un grand nombre qui ont demandé des recherches longues et pénibles, et qui n’ont pu être que le fruit lent du travail et des années. ”
Plutarque
Définition et enjeux
Plutarque, historien et philosophe grec du Ier siècle, est célèbre pour ses Vies parallèles, où il oppose les destinées de figures antiques afin d'en tirer des enseignements moraux. Ses écrits, étudiés par des auteurs tels que Charles Lévêque et Alexis Pierron, mettent en lumière sa capacité à joindre érudition et réflexion éthique.
Alfred Croiset souligne sa maîtrise du dialogue, tandis que Louis-Aimé Martin valorise son idéal de vertu et d’héroïsme. Son impact, s'étendant d'Athènes à Rome, demeure un fondement essentiel de la pensée antique, comme le rappelle Denis-Auguste Affre.
Citations sur “Plutarque”
“ En général, tout ce qu’on connaît de Plutarque nous donne l’idée la plus avantageuse de l’excellence de son caractère, de sa sagesse, de sa modération, de la paix qui régnait dans son intérieur, et de son affection pour tout ce qui l’entourait. ”
Plutarque,
Vies des hommes illustres
“ Elle était d’une des meilleures familles de Chéronée ; et elle se montra, par ses vertus, la digne épouse d’un homme excellent. Plutarque vint à Rome plusieurs fois, et il y donna, sur divers sujets de philosophie, de littérature et d’érudition, des leçons publiques, qui furent la première origine et la première occasion des nombreux traités qui composent ce qu’on appelle les Morales. Tout ce qu’il y avait d’illustres personnages dans Rome assistait à ces leçons. ”
C. Martha, Revue des Deux Mondes
“ Voilà en quelques traits l’homme extraordinaire qui, muni de toutes les armes. « de la force et de la grâce, » dit Plutarque, de plus doué de la voix la plus sonore, d’une voix célébrée par les anciens et capable de faire retentir les idées aux oreilles les moins ouvertes, vint à Rome amené par le hasard, et déploya le premier avec éclat les doctrines de la Grèce devant les Romains, en un temps où la république guerrière connaissait à peine le nom de la philosophie et ne le connaissait que pour s’en étonner ou le haïr. ”
Charles Lévêque, Un médecin de l’âme chez les Grecs - Plutarque…
“ Quant à Plutarque, il y jouait le rôle principal. Déjà instruit, il excellait à tirer des faits historiques d’utiles conséquences morales. Ses discours d’adolescent révélaient avec évidence sa vocation de moraliste, ses frères la proclamaient en le nommant le philosophe, et son père souscrivait à cette appellation en demandant à son fils aîné comme à un égal, parfois, comme à un supérieur, la solution des difficultés qu’il n’osait dénouer lui-même. Plutarque eut donc ce premier bonheur de rencontrer dans son père l’instituteur qu’il fallait à son talent ”
Denis-Auguste Affre, Introduction philosophique à l'étude du christianisme… (1845)
“ Il est, signifie, ajoute Plutarque, éternel, indépendant, immuable. Comment avec cette conception sublime de la divinité, ce philosophe, et tant d'autres, pouvoient-ils croire la matière incréée, et pourtant sujette au changement? Ceux qui avec l'éternité de la matière lui donnoient l'immutabililé, bravoient plus ouvertement la certitude qui nous vient de la relation des sens; mais ils étoient plus conséquens que Plutarque et que Platon, lequel eut aussi l'idée d'un Dieu éternel et immuable. ”
Alexis Pierron, Histoire de la littérature grecque (1850)
“ De tous les écrivains de l’antiquité classique, Plutarque est sans contredit le plus populaire parmi nous. Il doit cette popularité à la nature de son génie, au choix des sujets qu’il a traités, surtout à l’éternel intérêt qui s’attache au souvenir des grands hommes dont il a peint les images. ”
Victor Advielle, Histoire de Gracchus Babeuf et du babouvisme… (1884)
“ Voici le seul trésor que je puisse, vous léguer : c'est le grand Plutarque; sa lecture a fait toute la joie et les malheurs de ma longue et pénible carrière. C'est à vous de choisir, parmi la vie des hommes de l'antiquité, le rôle que vous désirez suivre. Les grandes pensées viennent du cœur et vous n'en manquez pas. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Le vrai type du dialogue de Plutarque, c’est celui où il se met en scène lui-même, soit sous son nom, soit sous un nom fictif, avec ses frères, ses amis, avec des personnages, réels ou imaginaires, mais pris dans la société contemporaine. ”
Jean-Jacques Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Plutarque était un rhéteur. C’était là sa condition, son état ; il déclama en grec à Rome sous Domitien et sous Trajan, et grand nombre de ses Œuvres morales sont des déclamations. Je ne me sers point de ce mot dans le sens moderne pour en indiquer le caractère, mais dans le sens antique pour en désigner la nature. Les titres de plusieurs morceaux contenus dans les œuvres morales montrent que l’auteur a voulu seulement s’exercer sur une thèse qui lui semblait piquante ; tels sont les suivans : de l’Utilité à tirer de ses ennemis ; comme on peut se louer soi-même, et plusieurs autres. ”
Albert Duruy,
Revue des Deux Mondes
“ C’est un grand et beau spectacle pour l’humanité que de voir ce héros, auquel Plutarque n’aurait pas su trouver un pendant dans toute l’histoire connue, réunissant toutes les sortes de talent et de gloire, réunir encore tous les vœux secrets de son siècle, faire regarder ses malheurs comme des calamités publiques et, ses succès comme des sujets de triomphe et de réjouissance pour toute l’Europe. ”
Charles Lévêque, Un médecin de l’âme chez les Grecs - Plutarque…
“ Les Romains ont été nos maîtres dans la composition de ces soirées où le dilettantisme moderne appelle tous les arts à varier ses plaisirs : Plutarque fréquentait volontiers ces assemblées ; il y saisissait les occasions de déployer ses talens. Toutefois il était trop sérieux pour n’y poursuivre que des satisfactions d’amour-propre. Autant qu’il était en lui, il écartait les épisodes scabreux, et s’y prenait assez adroitement pour conserver à la philosophie la présidence de tous les entretiens. ”
Jean-Jacques Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Or, qu’y a-t-il de moins naïf en soi qu’un rhéteur ? Comment concilier ce titre avec la réputation de simplicité, de candeur, qu’on a faite à Plutarque ? Faut-il donc l’attribuer tout entière à une contre-façon d’Amyot ? Faut-il renoncer absolument à dire le bon Plutarque ? Non, ce serait aller trop loin. Plutarque était rhéteur de son état, mais candide et simple de sa nature. Il avait à la fois un bel esprit et un bon cœur. Le désir de briller par les artifices du langage n’exclut pas la bonhomie dans les habitudes et la simplicité du caractère. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Tout cela, pour Plutarque, c’était l’hellénisme même, c’est-à-dire, sous une forme admirable, ce qu’il aimait par dessus tout dans la tradition de son pays depuis Homère, et ce qui constituait comme le fond de son âme. En outre, ces belles doctrines, qui l’enchantaient, n’étaient pas emprisonnées dans un dogmatisme étroit. Nul n’avait su autant que Platon mélanger le doute à la croyance, et réserver, jusque dans les plus beaux rêves, la part secrète des interrogations. Or cela encore était grec, et Plutarque en jouissait délicieusement. ”
Plutarque,
Vies des hommes illustres
“ Plutarque nous peint Lamprias, son aïeul, comme un homme éloquent, plein d’imagination et d’une douce gaieté. Il vante les vertus de son père, son instruction, ses talents, et il ne parle jamais de lui qu’avec une extrême tendresse ”
Louis-Aimé Martin, Plan d’une bibliothèque universelle
“ Voilà Plutarque ! la vertu et le malheur sont, après les dieux, les premiers objets de son culte. On reconnaît cette pensée dominante jusque dans le choix des grands hommes dont il écrit l’histoire. Tout ce que la sagesse, l’héroïsme, l’amour de la patrie et l’amour de l’humanité ont produit de plus beau, il en a fait notre héritage. Nous lui devons l’admiration sainte de Sparte et d’Athènes ”
Michel de Montaigne,
Essais de Montaigne (self-édition…
“ La façon dont Plutarque l’envisage est dédaigneuse et moins obsédante; je la tiens pour être par cela même plus virile et plus persuasive, et serais porté à croire que son âme avait les mouvements plus calmes et plus réguliers. Le premier, plus aigu, nous pique et amène en nous des sursauts; il fait surtout impression sur notre esprit. Le second, plus solide, nous renseigne, nous prépare, nous réconforte constamment; il impressionne surtout notre entendement. ”
Jean-Jacques Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Le Plutarque crédule, dévot, conteur, qui recueille les miracles, compulse les anecdotes et enregistre les bons mots, quelquefois assez insipides, de ses grands hommes, qui a écrit les apophtegmes et les questions grecques et romaines, ce Plutarque est de la même nature que le bon Amyot, et la traduction le représente avec son vrai caractère. ”
Andrés Muriel, Notice sur D. Gonzalo O'Farrill… (1831)
“ Mais lorsqu'en butte à la violence et à l'injustice de l'esprit de parti d'un côté, et frappé de l'autre dans tout ce qu'il avait de plus cher sur la terre, on le voyait conserver son courage et sa douceur inaltérable, l'on croyait avoir devant les yeux un de ces hommes antiques dont Plutarque nous a transmis la fermeté et le stoïcisme au milieu des rigueurs de l'adversité. ”
Gustave Lanson,
Histoire de la littérature française
“ Homme d’une époque tardive et raffinée où s’amalgamaient en une civilisation hybride et Rome et la Grèce et l’Orient, moraliste plus attentif au fonds humain qu’à la particularité historique, et, quand il cherche la variation et la singularité, plus curieux de l’individu que des sociétés, Plutarque offrait déjà les temps anciens dans l’image la plus capable de ressembler aux temps modernes. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Ainsi, tandis qu’Épictète nous éloignait de la pure tradition hellénique, Dion nous y ramène. Nous allons la ressaisir plus pleinement encore chez Plutarque, qui est, en ce siècle à demi romain, le Grec par excellence. IV Immédiatement au dessous des hommes de génie, Plutarque, presque aussi populaire que les plus célèbres d’entre eux, est supérieur aux simples écrivains de talent par quelque chose qui vient de l’âme. ”
Christoph Wilhelm Hufeland,
La macrobiotique, ou L'art de prolonger la vie de l'homme…
(1838)
“ C'est dans les ouvrages de Plutarque qu'on trouve les idées les plus claires et les plus conformes à la nature sur l'art de conserver et de prolonger l'existence; et cet illustre philosophe prouva lui-même l'excellence de ses préceptes, par la longue carrière qu'il parcourut d'une manière si heureuse. ”
Michel de Montaigne,
Essais de Montaigne (self-édition…
“ Plutarque appelle de ce même nom et donne cette même affectation à l’espace entre la terre et la lune, où, suivant lui, les âmes viennent après la mort et d’où, après une pénitence suffisante, celles des bons se rendent dans les régions visibles de la lune, et celles des méchants dans les régions invisibles. ”
Francis Bacon,
Essais de morale et de politiqueChapitre XVII
“ Certes, dit le judicieux Plutarque, j’aimerois mieux qu’on dit que Plutarque n’existe point, que d’entendre dire qu’il existe un certain homme appelé Plutarque, qui mange tous ses enfans aussi-tôt après leur naissance, comme les poëtes le disent de Saturne. Et comme la superstition est plus injurieuse à Dieu que l’irréligion, elle est aussi plus dangereuse pour l’homme ; l’athéisme du moins lui laisse encore beaucoup d’appuis et de guides, tels que la philosophie, les sentimens de tendresse qu’inspirent la nature même, les loix, l’amour de la gloire, le désir d’une bonne réputation ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Lorsqu’on dit « un grand homme de Plutarque », on a dans l’esprit un type particulier, plus idéal peut-être que réel, mais vraiment admirable : la simplicité des mœurs, la droiture presque naïve, une certaine candeur même s’y allient aux plus hautes qualités, à l’héroïsme, à l’abnégation, au patriotisme exalté. Et si on y réfléchit, on s’aperçoit que cette notion est liée en nous au souvenir de quelques scènes très simples, de quelques traits de mœurs que Plutarque a su graver profondément dans nos mémoires. ”
Arthur de Guilloteau Grandeffe, Les grandes figures de l'histoire (1882)
“ Plutarque, comme tous les Grecs instruits et distingués, parvint aux honneurs : il obtint de l'empereur le gouvernement de l'Illyrie; mais sa carrière politique fut très courte. De retour à Athènes, il fut nommé archonte et termina sa vie dans l'étude des lettres et de la philosophie ; il mourut dans un âge avancé. Plutarque est surtout remarquable par son livre : Des grands hommes de la Grèce et de Rome. Il établit un parallèle entre les principaux personnages de Rome et d'Athènes. Les portraits ont été tracés de main de maître ; le style en est élégant et châtié. ”
Charles Lévêque, Un médecin de l’âme chez les Grecs - Plutarque…
“ On devine quel parti les politiques avaient dû tirer d’une institution religieuse si facile à diriger dans le sens de leurs passions. Plutarque flétrit les fauteurs de ces impostures. « Ce sont, dit-il, des bateleurs, des faiseurs de. tours de passe-passe. » Il n’ignore pas que « la superstition est une excellente bride pour mener la populace ; » mais il ajoute que « ce masque est non-seulement indécent et laid pour la philosophie, mais contraire à ses principes qui nous promettent de nous enseigner avec la seule raison tout ce qui est bon et utile. » ”
“ Aussi lui avons-nous l’obligation de nous avoir conservé beaucoup de pratiques usitées chez les Romains et même chez les Grecs, que nous ignorerions sans lui. Ce qui rend ces deux ouvrages plus curieux, c’est que non content de rapporter les faits, il en recherche l’origine, et s’applique à en découvrir les causes physiques, morales ou politiques. Il est vrai qu’il n’est pas toujours heureux dans celles qu’il adopte sur les coutumes des Romains ; mais alors on a pour se garantir de l’erreur les auteurs de cette nation, dont on doit naturellement préférer le témoignage à celui de Plutarque. ”
“ Les ouvrages qui roulent sur ces deux sciences, et en particulier sur la seconde, outre les défauts qui tiennent au siècle de Plutarque, où elles n’avaient pas fait encore de grands progrès, sont en général mal digérés, écrits sans intérêt, et avec peu de méthode et de clarté : c’est un chemin hérissé d’épines, et dont la fatigue n’est pas compensée par l’avantage de trouver de temps en temps quelques fleurs à cueillir. Ils ont cependant le mérite de nous faire connaître, sur un grand nombre de matières, les opinions des anciens, que nous ignorerions sans les ouvrages de Plutarque. ”
André Cherbuliez, La ville de Smyrne et son orateur Aristide (1863-1865)
“ Combien de siècles séparent un Plutarque, un Arrien, un Quinte Curce de leur héros ! et combien, à peu d'exceptions près, les esprits s'éloignaient alors du vrai sens de l'histoire! Dans le récit d'Arrien ressort par dessus tout l'homme de guerre, l'intrépide soldat et l'habile stratégiste; Plutarque se livre, dans cette biographie, plus que dans aucune autre, à ses prédilections pour le trait de détail, pour l'anecdote et le merveilleux, et nous fait trop peu connaître l'homme aux grandes vues de civilisation et de commerce, et le fondateur de tant de cités. ”
D' Angély, Cours de littérature et de belles-lettres… (1843)
“ Il étudia à Athènes, et vint à Rome, où il enseigna la philosophie à l'empereur Adrien. Plutarque éleva la biographie à la dignité de l'histoire, et ses Vies des hommes illustres sont incomparablement le premier ouvrage qui existe de ce genre. Il y a peu de lectures aussi attachantes et aussi instructives; il n'y en pas qui élève l'âme davantage. Plutarque est remarquable non seulement comme historien, mais encore comme philosophe : il nous a laissé un très grand nombre de petits traités philosophiques très instructifs et très intéressants. ”
La Flagellation chez les Jésuites… (1912)
“ Par où peux-tu juger, lui répartit Plutarque, que je suis en colère? Je n'ai ni les yeux enflammés, ni le visage ému, ni la voix animée. Cependant, pour que les reproches de l'esclave, ou la justification du maître, ne missent pas le fouetteur dans le cas de suspendre ou de ralentir ses coups, Plutarque se tourna vers lui, pour lui enjoindre expressément d'aller toujours le même train. ”
Edmond Auguste Texier,
Critiques et récits littéraires…
(1853)
“ De toutes les nourritures qui fortifient l'esprit, la lecture de Plutarque est une des plus réconfortantes, et rien ne semble plus naturel que l'admiration professée par tant de grands hommes pour ce grand peintre de l'antiquité. Henri IV lisait Plutarque tout enfant, et jeune homme il le savait par cœur ”
Charles Rollin,
Du Gouvernement intérieur des collèges et des classes…
(1845)
“ Plutarque, dans un traité que nous avons de lui sur la manière d'élever les jeunes gens, veut qu'on trouve dans les maîtres une vie irrépréhensible, un caractère d'esprit raisonnable, un grand fonds d'érudition, et une habileté à conduire formée par une longue expérience. ”
Charles Lévêque, Un médecin de l’âme chez les Grecs - Plutarque…
“ Pareille, dans l’ordre moral, à ce baume admirable, la médecine de l’âme devait, selon Plutarque, non-seulement ranimer les sentimens de la famille et les vertus du citoyen, mais encore rajeunir cet instinct profond et mystérieux où s’alimente la vie religieuse. Notre philosophe alla donc exercer son ministère jusque dans le temple d’Apollon. Aux approches de sa mort, l’activité de Plutarque se renferme de plus en plus dans les limites du sanctuaire de Delphes. ”
