“ Or, cet esprit, dont nous parlons, n’est pas simplement une vertu, une énergie, une entéléchie, ou toute autre chose semblable qu’on pourra imaginer, mais une vraie substance, une substance, dis-je, ténue, invisible, occupant un lieu, et ayant des dimensions, en un mot, très réelle. De plus, de même que le suc des raisins n’est rien moins que de l’eau pure, l’esprit en question n’est pas non plus simplement de l’air pur, mais une substance particulière et très ténue, qui, à certains égards, a sans doute quelque analogie avec ce fluide, mais qui, à d’autres égards, est fort différente. ”
Francis Bacon
Élements biographiques
Francis Bacon (1561-1626), homme d’État, philosophe et pionnier de l’empirisme anglais, a révolutionné la pensée scientifique par ses apports méthodologiques. En opposition à la scolastique, il développait dans De dignitate et augmentis scientiarum et Novum Organum une approche inductive et sceptique, fondée sur l’observation des phénomènes naturels et l’élimination des préjugés mentaux (idols of the mind).
Son œuvre, marquée par une rigoureuse critique des fautes scientifiques, a posé les fondements de la méthode expérimentale moderne, tout en abordant les enjeux éthiques et politiques dans ses Essais de morale et de politique.
Citations de Francis Bacon
Francis Bacon,
Essais de morale et de politique
(1597)
“ Plus elle est naturelle, plus les loix doivent prendre peine à l’extirper. Car, à la vérité, la première injure offense la loi, mais la vengeance semble la destituer tout-à-fait et se mettre à sa place. Au fond, en se vengeant, on n’est tout au plus que l’égal de son ennemi ; au lieu qu’on lui pardonnant, on se montre supérieur à lui : pardonner, faire grâce, c’est le rôle et la prérogative d’un prince. La vraie gloire de l’homme, a dit Salomon, c’est de mépriser les offenses. Le passé n’est plus, il est irrévocable, et c’est assez pour les sages que de penser au présent et à l’avenir. ”
“ Mais le mensonge vraiment nuisible, ce n’est pas celui qui effleure l’esprit humain et qui ne fait, pour ainsi dire, qu’y passer, mais celui qui y pénètre plus profondément et qui s’y fixe, en un mot celui dont nous pallions d’abord. Quelque idée que les hommes puissent se faire du vrai et du faux dans la dépravation de leurs jugements et de leurs affections, la vérité, qui est seule juge d’elle-même, nous apprend que la recherche, la connaissance et le sentiment de la vérité, qui en sont comme le désir, la vue et la jouissance, sont le plus grand bien qui puisse être accordé à l’homme. ”
