“ Ne me blâme donc plus de ce regard hautain Qui pèse ma pensée, et me juge et m’accable ! On a menti... Je suis le jouet de la fable, Et l’on raille en parlant de moi dans un festin. Ton regard clair me trouble et me décontenance... ”
Fable
Définition et enjeux
La fable, récit bref en vers ou en prose qui illustre une leçon de vie par l'intermédiaire d'une allégorie, met souvent en scène des animaux ou des entités personnifiées. Phèdre souligne son double mérite : provoquer le rire et transmettre la prudence, tandis que Chesterton la considère comme un « alphabet de l’humanité » pour exprimer des certitudes philosophiques.
Dès l’Antiquité, elle a traversé les cultures, des fables sumériennes aux récits indiens du Pañchatantra. Son universalité réside dans sa capacité à traduire des vérités morales en récits simples, souvent laissés à l’interprétation du lecteur.
Citations sur la fable
Louis Denise, Idées et doctrines littéraires du XVIIIe siècle… (1909)
“ C'est absolument détruire la nature de la fable qui n'est qu'un discours inventé pour former les moeurs, et pour corriger par des instructions déguisées sous l'allégorie d'une action... La vérité en est le fondement, et c'est le point de morale que le poète veut enseigner. La fiction, qui déguise cette vérité et qui lui donne la forme de fable, c'est le secours qu'il emploie pour plaire et pour faire recevoir plus agréablement l'instruction qui y est cachée. ”
“ VII. Or l’imitation d’une action, c’est une fable [26] ; j’entends ici par « fable » la composition des faits, et par « caractères moraux » (ou mœurs) ceux qui nous font dire que ceux qui agissent ont telle ou telle qualité ; par « pensée », tout ce qui, dans les paroles qu’on prononce, sert à faire une démonstration ou à exprimer une opinion. VIII. Il s’ensuit donc, nécessairement, que toute tragédie se compose de six parties qui déterminent son caractère ; ce sont : la fable, les mœurs, le langage, la pensée, l’appareil scénique et la mélopée. ”
George Sand,
Le Secrétaire intime
“ La fable est-elle amusante ? L’imagination, à défaut de la vraisemblance, y trouve-t-elle son compte ? Mon point de vue a tellement changé, que je ne suis plus un juge impartial des essais de ma jeunesse. ”
Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, Revue des Romans
“ La fable en est simple ; il n’est ici question ni de vengeances atroces, ni de dévouements extraordinaires, ni de rencontres imprévues ; c’est par la peinture des caractères, par celle des nuances les plus délicates des affections du cœur, et par celle des détails, que l’ouvrage est recommandable. ”
“ Sans compter que ma fable est comme toutes les fables, et comme tout l’imaginaire ; elle n’a rien du tout d’imaginaire. Très exactement notre condition à tous est d’être d’abord portés à bras et servis. ”
Edmond Cuvelier, La Fontaine et Boileau sur le terrain de la fable (1906)
“ La fable est la démonstration d'une vérité par un exemple. La vérité, qui se rapporte à la nature humaine, et qui a pour objet un penchant, un travers, une passion, un vice, est le suprême intérêt de l'oeuvre. L'exemple, choisi pour la démonstration, est un fait particulier, généralement exposé sous forme dramatique avec exposition, intrigue et dénouement, et qui sert à rendre sensible la vérité générale de la fable. ”
Saint-Marc Girardin,
La Fontaine et les fabulistes. Tome 2
(1867)
“ La critique dans une fable peut reconnaître trois ou quatre choses différentes, une vérité morale, une allégorie, une action et des acteurs, le style ; mais je ne puis pas déterminer dans quel ordre tout cela a fait la fable, l'esprit humain concevant presque toujours du même coup tout ce qui est nécessaire à ses oeuvres. ”
Ernest Renan,
Revue des Deux Mondes
“ Dans l’histoire, nous eussions trouvé quelques faits sèchement racontés, dont la critique eut à grand’peine réussi à saisir le vrai caractère : la fable nous donne, comme dans l’empreinte d’un sceau, l’image fidèle de la manière de sentir et de penser propre à cette nation, son portrait moral tracé par elle-même. ”
Pompiliu Eliade,
Revue des Deux Mondes
“ Ce qui le charme dans la fable, en 1832, c’est la fable ; c’est le récit, c’est le plaisir enfantin de débiter un conte, de se figurer qu’il cause avec les animaux ou qu’il les entend causer ensemble. ”
Friedrich Melchior Grimm,
Correspondance littéraire, philosophique et critique
“ C’est un grand malheur que dans les pièces d’un poëte divin, doué de tout le charme de l’harmonie, de la plus séduisante magie de coloris, la contexture de la fable soit presque toujours puérile, et que la partie des mœurs, la plus essentielle de toutes, celle qui donne à un drame de l’importance et le véritable pathétique, y soit entièrement négligée. ”
François de Fénelon, Directions pour la conscience d'un roi… (1821)
“ L'intérêt de la fable, l'art de la distribution, le choix des épisodes, la vérité des caractères, les scènes dramatiques et attendrissantes, les descriptions riches et pittoresques, et ces traits sublimes qui toujours placés à propos et jamais appelés de loin, transportent l'ame et ne l'étonnent pas. ”
Charles Péguy,
Œuvres complètes de Charles Péguy
“ C’est parler bien longtemps que d’écrire un volume à propos de fables. Sans doute la fable, le plus humble des genres poétiques, ressemble aux petites plantes perdues dans une grande forêt ; les yeux fixés sur les arbres immenses qui croissent autour d’elle, on l’oublie, ou, si l’on baisse les yeux, elle ne semble qu’un point. ”
Émile Deschamps,
Études françaises et étrangères
(1828)
“ Sans doute la conception de la fable, précisément parce qu’elle est inventée, est loin d’être, irréprochable ; sans doute le drame n’est pas conduit avec tout l’art désirable, et la pièce entière pèche par l’intérêt vulgaire et par le vis magica ; mais des caractères créés, une grande fraîcheur d’images et de sentimens, des situations très-neuves, une poésie pure et pittoresque, coupée par un dialogue passionné et par des mots d’une délicatesse exquise, enfin quelque chose de jeune et d’inaccoutumé sur notre scène, voilà ce qu’il faut surtout voir dans cette tragédie ”
Charles de Saint-Julien, Revue des Deux Mondes
“ Sa fable moderne prend volontiers les allures et les couleurs de l’ancien fabliau, comme dans les Trois Moujiks ; alors le récit a quelque chose de plus pénétrant et de plus malin ; ce n’est plus une fable, c’est un conte ; ce sont des hommes réels, qui vivent, parlent, agissent ; c’est la forme du vieux récit avec la pensée moderne ; c’est la finesse de l’esprit ancien s’appliquant à des ridicules contemporains. Ce mélange si rare de naïveté et de verve satirique atteint son expression la plus complète peut-être dans la fable intitulée le Menteur. ”
Jean-Pierre Claris de Florian,
Fables de Florian
(1894)
“ Messieurs les beaux esprits, dont la prose et les vers Sont d'un style pompeux et toujours admirable, Mais que l'on n'entend point, écoutez cette fable, Et tâchez de devenir clairs. Un homme qui montroit la lanterne magique Avoit un singe dont les tours Attiraient chez lui grand concours. ”
Cicéron,
Rhétorique (''Œuvres complètes''…
“ Celle qui regarde les choses a trois parties, la fable, l’histoire et l’hypothèse. La fable présente des choses qui ne sont ni vraies ni vraisemblables, comme celles que nous ont transmises les tragiques. ”
Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, Revue des Romans
“ Ce roman, à cela près du style, dont l’incorrection et la trivialité sont impardonnables, ne manque pas d’un certain mérite ; la fable en est intéressante, et ses détails ont souvent de la grâce et de la vérité. ”
Jean de La Fontaine,
Fables de La Fontaine
“ Et qui naquîtes toute belle, À votre indifférence près, Pourriez-vous être favorable Aux jeux innocents d’une fable, Et voir, sans vous épouvanter, Un lion qu’Amour sut dompter ? Amour est un étrange maître ! ”
Jean Laurent Lambert Remacle, Dictionnaire wallon-français
“ Conte, fable, roman. — Un conte est une aventure feinte et narrée par un auteur connu. Une fable est une aventure fausse divulguée dans le public, et dont on ignore l’origine. Un roman est un composé et une suite de plusieurs aventures supposées. Le mot de conte est plus propre lorsqu’il n’est question que d’une aventure de la vie privée ”
“ Mais les traits de la vie réelle se mêlent si bien ici à la fable, il y a de si charmants épisodes dans cette journée disposée par la plus aimable et la plus ingénieuse des providences, il y a des conversations si élégantes et si délicates, qu’il faut bien en passer par la fantaisie de l’auteur, et vraiment on aurait mauvaise grâce à résister au charme qui vous pénètre et vous entraîne. ”
M. Yemeniz, Revue des Deux Mondes
“ Il faut peu de temps à ce peuple, dont l’imagination, passionnément éprise du merveilleux, se plaît aux invraisemblances de la poésie, pour donner à la vérité les proportions gigantesques de la fable. ”
Jacques Cazotte,
Le diable amoureux
“ Mais le poëte qui croit à sa fable, le narrateur qui croit à sa légende, l’inventeur qui prend au sérieux le rêve éclos de sa pensée, voilà ce qu’on ne s’attendait guère à rencontrer en plein dix-huitième siècle, à cette époque où les abbés poëtes s’inspiraient de la mythologie, et où certains poëtes laïques faisaient de la fable avec les mystères chrétiens. ”
Léon Tolstoï,
Contes et fables
“ Beaucoup de personnes, et surtout les enfants, en lisant une histoire, un conte, une légende, une fable, se demandent, tout d’abord, si la chose est vraisemblable ; et souvent, s’ils voient que ce qu’on leur raconte n’a pu arriver, ils se disent alors : C’est une simple invention, ce n’est pas vrai ! ”
Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, Revue des Romans
“ Au milieu de cette fantasmagorie, on est forcé d’applaudir à des traits de la plus grande énergie et de la plus pathétique réalité, et malgré un déplorable système d’exagération dans le style, on admire des passages du plus grand effet dans le genre gracieux ou terrible ; la fable est conduite avec un art merveilleux. ”
Alexis Pierron, Histoire de la littérature grecque (1850)
“ Toute la valeur d’une telle œuvre est dans le piquant contraste du fond et de la forme, dans le charme des détails, dans la vivacité des expressions et des tournures, dans l’art surtout avec lequel la fable est soutenue et conclut. ”
Théodore Pavie,
Études sur l’Inde ancienne et moderne…
“ Indépendamment des beautés du style et de la grandeur des images, ces récits ont le mérite de donner beaucoup à penser : ils s’élèvent fort au-dessus, de la fable proprement dite par leurs qualités, et même par leurs défauts. ”
Collectif, Encyclopédie anarchiste
“ « Si bien écrit que soit un roman, il pèche s’il est mauvais du côté de la fable. » (Larousse) . Mais le sens principal, serrant d’assez près l’étymologie, et qui sera le leitmotiv de cette étude, est celui d’un récit, d’un conte emportant, sous le manteau de la fiction et par le truchement de l’allégorie, et dans le dessein de les rendre plaisants ou profitables, une abstraction rebelle, une vérité rébarbative ou, surtout, quelque précepte moral. Ainsi entendue, la fable ―, par définition, ne comporte pas nécessairement de moralité ―s’enferme généralement dans les bornes de l’apologue. ”
Lord Feeling, Revue des Deux Mondes
“ L’art actuel ne veut pas tant de mal qu’on dit à cette douce poésie de la fable. Les esprits grossiers ont prostitué long-temps et avili ses graces : honorons les esprits délicats qui tentent présentement de la réhabiliter. ”
Antoine Houdar de La Motte,
Fables
“ ET LA MORT Loin, lecteurs dont la critique Souffle le chaud et le froid, Qui répandez sur tout une bile caustique, Sans distinguer ni le tort, ni le droit. Toute perfection chez vous s’appelle vice. Est-on sublime ? On est guindé. Est-on simple ? On est bas. Tout art est artifice, Et tout ce qui plaît est fardé. Si je hazarde quelque conte, Qui vous semble un peu fort de sens, Eh quoi ! Direz-vous, quelle honte De proposer ces traits à des enfans ! Mais, s’il vous plaît, la fable est-elle l’ennemie Du profond et du fin, quand il vient à propos ? ”
Francis Bacon,
Bacon - Œuvres, tome 15
“ Ajoutez que, dans quelques-unes de ces fables, la narration est quelquefois si ridicule et si absurde, que cette absurdité même démontre leur destination et leur sens allégorique ; car, lorsque la narration d’une fable n’a rien d’invraisemblable ni de choquant, on peut présumer qu’on ne l’a inventée que pour le simple amusement, et que, dans cette vue, on a tâché de donner au récit la vraisemblance historique : mais, lorsqu’on y voit des choses que personne ne se seroit jamais avisé de raconter, ni même d’imaginer, on peut en inférer qu’elles avoient une autre destination. ”
Saint-Marc Girardin,
La Fontaine et les fabulistes. Tome 2
(1867)
“ Cette moralité générale de la fable doit-elle cependant se borner toujours à la sagesse de l'expérience, sagesse peu élevée et qui n'a de préceptes que pour les jours ordinaires de la vie ? Ayez de grands devoirs à remplir ou de grands malheurs à supporter, la sagesse de l'expérience ou de la fable nous laisse au dépourvu. ”
Georges-Marie Raymond,
De la peinture considérée dans ses effets sur les hommes en général
“ Si les personnages et le merveilleux de la fable sont déplacés dans des scènes qui appartiennent à des tems postérieurs au règne de ces fictions, je crois qu’ils le deviennent d’autant plus que les événemens auxquels on les lie se rapprochent davantage des jours où nous vivons et des objets qui frappent journellement nos yeux. ”
William Shakespeare,
Œuvres complètes de Shakespeare…
“ Je vais vous conter — une jolie fable ; il se peut que vous l’ayez déjà entendue. — Mais, comme elle sert à mes fins, je me risquerai — à la débiter encore. deuxième citoyen. Soit ! je l’entendrai, monsieur ; mais ne croyez pas leurrer notre misère avec une fable. N’importe ! si ça vous plaît, narrez toujours. ménénius. ”
“ Le difficile, en la présente recherche, et surtout dans ce qui suivra, est d’apercevoir comment, de fable en fable, la notion même de l’esprit se forme sans aucune faute, par des gestes de l’homme, qui font les plus belles ombres. ”
“ Rien n’est plus fabuleux que ce conte, dit celui qui avoit paru si incrédule, dès le commencement ; rien n’est plus absurde que ce mensonge. Puis se retournant de mon côté, et vous, continua-t-il, qui, par votre figure et vos manières, me paroissez un homme instruit, vous donnez dans une fable de cette nature ? ”
Auguste Bourguignat, Question de la Plata : Troisième notice… (1850)
“ Nous ne savons ce que nous devons le plus admirer, ou l'audace des gens, qui, ayant inventé une fable aussi ridicule, la répandent imperturbablement, ou la naïveté de ceux que l'absurdité d'un tel récit ne frappe pas aussitôt. ”
Mathieu Marais, Contes et nouvelles de La Fontaine (1863)
“ Ils sont agiles, mais prompts à se rebuter, et veulent arriver au but en trois pas. La fable, par sa brièveté, se proportionne à leur attention si alerte et si vite lassée. Encore faut-il qu'elle ne persévère point d'un bout à l'autre dans le même style, mais qu'elle change, qu'elle ondule par toutes sortes de tours sinueux, de la joie à la tristesse, du sérieux à la plaisanterie. ”
Collectif, Encyclopédie anarchiste
“ Quittant l’art et la pédagogie, dirons-nous pour conclure que la fable, évadée parfois de ses lisières, ou malgré elles, a racheté souvent les méfaits d’une morale tracassière par les réactions spontanées de sa nature ? ”
Honoré de Balzac,
Œuvres complètes de H. de Balzac…
(1842-1848)
“ mais toutes les choses vraies ressemblent d'autant plus à des fables, que la fable prend de notre temps des peines inouïes pour ressembler à la vérité. ”
Baron George Gordon Byron Byron, Œuvres complètes de lord Byron…
“ L'apologue, la fable, la poésie, les paraboles, sont autant de fictions; mais ceux qui les sèment dans une terre labourable peuvent les convertir en autant de vérités; car on ne peut trop admirer le pouvoir des fables: elles rendent même, dit-on, supportable la réalité.--Mais alors, qu'est-ce que la réalité, et qui en possède le fil conducteur? ”
Georges Pommier, La ville de Château-Thierry (ses transformations à travers les âges… (1920)
“ Comme dans les genèses de cette sorte, la fable se mêle à la vérité dans des proportions qu'il n'est pas facile de déterminer, nous n'insisterons pas davantage sur les commencements de notre histoire. ”
Jean-Jacques Rousseau,
Émile, ou De l’éducation
“ Je n’entends pas pourtant que ces maximes doivent être développées, ni même énoncées. Rien n’est si vain, si mal entendu, que la morale par laquelle on termine la plupart des fables ; comme si cette morale n’était pas ou ne devait pas être étendue dans la fable même, de manière à la rendre sensible au lecteur ! ”
Pierre-Sébastien Laurentie,
De l'étude et de l'enseignement des lettres…
(1851)
“ On dit que la fable a pris naissance dans les temps difficiles pour la liberté, et que les poëtes, n'osant faire retentir la vérité à l'oreille des tyrans, ont chargé des êtres allégoriques ou des animaux sauvages d'en produire des leçons. Ce n'est là qu'une fiction. Les tyrans que la fable avait à dompter , ce sont les passions humaines, qui n'entendent pas la vérité sans frémir. Ce sont ces tyrans qu'il a fallu tromper, et voilà la vraie origine de la fable. ”
