“ Tel est l’esprit, au regard de qui la vérité est encore une idole. C’est que la vérité s’est trouvée déshonorée par la puissance ; César l’enrôle, et la paie bien. L’enfant ne paie pas ; il demande et encore demande. C’est la sévère règle de l’esprit que l’esprit ne paie pas, et que nul ne peut servir deux maîtres. Mais comment dire assez qu’il y a un vrai de vrai, que l’expérience ne peut jamais démentir ? Cette mère, moins elle aura de preuves et plus elle s’appliquera à aimer, à aider, à servir. Ce vrai de l’homme, qu’elle porte à bras, ce ne sera peut-être rien d’existant dans le monde. ”
Alain
Résumé
Alain, dans Les Dieux, examine les rapports entre esprit, pouvoir et vérité, interrogeant la nature de la divinité et de l’humanité à travers des thèmes tels que la peur, l’enfance et la religion. César, Jupiter et Pythie représentent des forces symboliques, tandis que des réflexions sur le sublime et la capacité humaine à résister aux limites éclairent la quête de sens.
L’œuvre, à la fois philosophique et poétique, combine des méditations sur l’indivisibilité de l’esprit et les incertitudes de la foi, dans une structure qui oscille entre essai et réflexion. Son propos, enrichi par des citations percutantes, souligne l’antagonisme entre vérité et puissance, ainsi que la fragilité des certitudes humaines.
Citations de Les Dieux (Alain)
“ Si loin qu’on étende l’être, l’esprit est plus grand ; ce qui ne veut point dire seulement qu’il dépasse les limites ; l’idée même d’une limite de l’esprit est absurde, car la limite, seulement pensée, a deux côtés ; d’avance l’esprit dépasse tout. Quand on dit qu’il n’est point, on entend qu’il est plus qu’être. Cette simple description dépasse ainsi toutes les hyperboles de la théologie. Le plus haut paradoxe, enfin, c’est que l’esprit est un et indivisible. Si l’unité entre ici et là était rompue, il n’y aurait plus ni ici ni là. ”
“ LE DIABLE Le Satyre est toujours sur le point de se montrer derrière l’arbre. Il se peut, à chaque instant, qu’une souche d’arbre, en forme de biche, nous regarde. Toutes choses fuient, se montrent, se cachent par notre mouvement. Les bruits bondissent, l’écho nous répond. Sur la plaine, et comme un pont par-dessus la rivière, l’arc-en-ciel se montre. L’arc des villes, cette porte des armées, est plus massif ; on peut le toucher. On y veut passer ; cet appel d’air sous cette voûte nous met en marche. La puissance est belle, l’athlète est beau, César est beau. Il est beau de mourir pour César. ”
