“ C’est là une sorte d’écriture ; et plus d’un dessin mieux étudié est gâté souvent par un besoin de tout dire, qui vient de ce que l’on veut représenter l’objet même tel qu’on le pense, et non point l’apparence telle qu’on la voit. Le dessin, art vif, et qui saisit l’instant, se limite, par sa nature même, non seulement à ce qu’il voit, mais même à ce qui, dans ce qu’il voit, exprime le mieux l’instant. En quoi il s’oppose à la peinture, qui, tout au contraire, cherche une nature, et non l’accident. C’est pourquoi le peintre dispose d’abord son modèle et met en lumière les signes de nature. ”
Alain
Élements biographiques
Émile-Auguste Chartier, connu sous le pseudonyme d’Alain, fut un philosophe, essayiste et journaliste français dont l’œuvre s’organise autour de thèmes tels que l’individualisme, la rationalité et la critique des autorités. Engagé dans le pacifisme et le rationalisme, il a marqué la pensée du XXe siècle par ses Propos, des textes aphoristiques qui allient réflexion philosophique et engagement politique.
Ses ouvrages majeurs, comme Mars ou la guerre jugée ou Les Dieux, questionnent la nature de la raison, la liberté et l’éthique, illustrant une pensée à la fois critique et métaphysique, proche des traditions cartésiennes tout en s’imposant comme une voix originale de la philosophie française.
Citations de Alain
“ Tel est l’esprit, au regard de qui la vérité est encore une idole. C’est que la vérité s’est trouvée déshonorée par la puissance ; César l’enrôle, et la paie bien. L’enfant ne paie pas ; il demande et encore demande. C’est la sévère règle de l’esprit que l’esprit ne paie pas, et que nul ne peut servir deux maîtres. Mais comment dire assez qu’il y a un vrai de vrai, que l’expérience ne peut jamais démentir ? Cette mère, moins elle aura de preuves et plus elle s’appliquera à aimer, à aider, à servir. Ce vrai de l’homme, qu’elle porte à bras, ce ne sera peut-être rien d’existant dans le monde. ”
Alain,
Minerve ou De la sagesse
“ Mais l’homme qui ne sait pas beaucoup, et qui s’instruit en ses rares loisirs, avec une peine incroyable, seulement pour honorer sa propre pensée, voilà celui qui mériterait le beau nom de sage. Et j’aime mieux l’erreur de celui-là que la vérité de l’autre. Ainsi, en tous temps et en tous pays, les hommes cherchèrent la vertu, et surent toujours très bien ce qu’ils cherchaient. Exigeants et défiants là-dessus, comme des peseurs d’or. Assez contents en eux-mêmes du moindre mouvement de courage et de justice pour ne point chercher approbation. Mais occupés d’habiller décemment leurs fautes. ”
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