André Gide,
Les Faux-monnayeurs
“ mais moi je l’y ramènerai sans cesse. À vrai dire, ce sera là le sujet : la lutte entre les faits proposés par la réalité, et la réalité idéale. ”
La réalité désigne l’ensemble des phénomènes qui existent effectivement, en opposition à l’imaginaire ou le fictif. Des philosophes comme Leibniz l’ont définie comme l’actualité des choses, Berkeley l’a rapprochée de l’effectivité, tandis que Hume la distingue par son existence concrète.
Kant la restreint au phénomène, et Popper la décompose en trois mondes. Des auteurs, de Bergson à Wilde, explorent sa tension avec l’idéal ou l’illusion, illustrant sa complexité. Cette notion, ancrée en ontologie, traverse les disciplines, du droit à l’art, en interrogeant continuellement l’essence de l’être.
André Gide,
Les Faux-monnayeurs
“ mais moi je l’y ramènerai sans cesse. À vrai dire, ce sera là le sujet : la lutte entre les faits proposés par la réalité, et la réalité idéale. ”
André Gide,
Si le grain ne meurt
“ il y a la réalité et il y a les rèves ; et puis il y a une seconde réalité. ”
Georg Wilhelm Friedrich Hegel,
La Logique subjective
“ Et cette vérité, que les notions inférieures ne contiennent pas plus de réalité que les mitions supérieures dans lesquelles elles sont elles-mêmes contenues, cette vérité, déjà bien manifeste dans l’ordre de la nature, va nous apparaître sous un jour plus éclatant dans la sphère des choses intellectuelles qui comprend l’Éthique et les autres sciences morales. ”
Franz Liszt,
Pages romantiques
“ Tous les arts reposent sur ces deux principes, la réalité et l’idéalité. ”
Friedrich Nietzsche,
Crépuscule des idoles
“ La réalité nous montre une merveilleuse richesse de types, une exubérance dans la variété et dans la profusion des formes : et n’importe quel pitoyable moraliste des carrefours viendrait nous dire : « Non ! l’homme devrait être fait autrement » ?... ”
Henri Bergson,
La Pensée et le mouvant
“ nous coulons avec elle ; et nous appelons vraie toute affirmation qui, en nous dirigeant à travers la réalité mouvante, nous donne prise sur elle et nous place dans de meilleures conditions pour agir. ”
Édouard Montpetit,
Le front contre la vitre
“ Une introduction d’ordre philosophique, mais fondée sur des exemples tirés de la réalité — il en est des centaines — portera sur la société, sa composition et les raisons que nous avons de lui apporter notre appui. ”
Oscar Wilde,
Le Portrait de Dorian Gray
“ Ils nous font croire à la réalité des choses avec lesquelles nous jouons, comme le roman, la passion, l’amour... ”
Marc Aurèle,
Pensées pour moi-même
(vers 170-180)
“ Ensuite, considère attentivement la réalité, reconnais-la, et, te souvenant que tu dois être un homme de bien, sachant ce que réclame la nature humaine, fais-le sans te retourner, et dis ce qui te paraîtra le plus juste ”
Auguste Comte,
Discours sur l'ensemble du Positivisme…
(1848)
“ Parvenu jusqu' aux spéculations sociales , qui constituent sa vraie destination finale , sa réalité caractéristique l' oblige d' embrasser les conceptions esthétiques , comme les considérations affectives , afin de représenter le véritable ensemble des phénomènes humains , même individuels , et surtout collectifs . ”
Albert Du Boys, Dictionnaire des erreurs sociales ou Recueil de tous les systèmes qui ont troublé la société… (1852)
“ Mais si vous dépouillez de toute réalité le moi et le monde, si la substance du moi et du monde n'est pas réelle, comment les phénomènes, les modes qu'ils présentent à mes sens ou à ma raison serontils plus réels? Admettre la réalité des phénomènes, et nier la réalité delà substance, n'est-ce pas une contradiction ? Peut-on affirmer la réalité des phénomènes quand on nie la réalité de la substance ? ”
Alexandre Dumas,
Le Meneur de loups
“ c’est que, pendant les vingt premières années de la vie, on a pour guide l’espérance, et, pendant les vingt dernières, la réalité. ”
Auguste Comte,
Discours sur l'ensemble du Positivisme…
(1848)
“ Elle proclame , comme on sait , le passage nécessaire de toutes nos spéculations quelconques par trois états successifs : d' abord , l' état théologique , où dominent franchement des fictions spontanées , qui ne comportent aucune preuve ; ensuite , l' état métaphysique , que caractérise surtout la prépondérance habituelle des abstractions personnifiées ou entités ; et enfin , l' état positif , toujours fondé sur une exacte appréciation de la réalité extérieure . ”
Platon,
Sophiste ; Politique ; Philèbe…
“ Car les réalités immatérielles, qui sont les plus belles et les plus grandes, c’est la raison seule, et rien autre, qui nous les révèle clairement, et c’est à ces réalités que se rapporte tout ce que nous disons en ce moment. ”
Augustin-Pierre-Paul Caron, Histoire littéraire de Fénelon… (1867)
“ Parmi ces vérités, les unes sont intimement liées avec le fait de votre existence ; par exemple, la réalité des sensations agréables ou désagréables que vous éprouvez, des remords ou de la paix intérieure qui accompagnent certaines actions, etc.; car ce même sentiment qui vous atteste votre propre existence^ vous en atteste aussi les modifications. Les autres sont distinguées de votre propre existence ; par exemple, les vérités premières que vous reconnoissez être la base de toute croyance humaine. ”
André Cresson, La représentation : essai philosophique (1936)
“ Or si le monde que nos sens nous montrent n'est qu'à notre échelle humaine et individuelle, jusqu'à quel point pourrons-nous considérer celui que nous concevons à son propos comme un monde de réalités? ”
Elie Méric, L'autre vie. Tome 1 (1900)
“ Ma raison cherche une lumière qui éclaire le chemin de la vie et les réalités de la vie future, et nous avons en vain demandé ces clartés aux systèmes, aujourd'hui triomphants, des matérialistes, des positivistes et des fatalistes, qui se servent de la raison pour détruire, la raison. ”
Maurice Caudel, Nos libertés politiques : origines… (1910)
“ Ils prennent les apparences extérieures pour l'essence intime, la formule rituelle pour le Verbe de vie, les mots pour des réalités, leurs principes pour des vérités vérifiées, leur rêve pour un fait accompli. ”
Karl Marx,
Contribution à la critique de l’économie politique
“ Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine la réalité, c’est au contraire la réalité sociale qui détermine leur conscience ». ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ C’est ainsi que Verhaeren, peintre de la réalité flamande, est allé au mystère. Il y est allé avec son tempérament, tel que le montrent ses premiers poèmes et tel que le montrera son œuvre tout entière, fougueux, farouche, et très sensible ou sensuel, soumis et presque livré à son émoi, peu touché de métaphysique ; et son imagination lui grandit les apparences du monde, les lui embrase, les lui affole. Il est allé vers le mystère et n’y cherche pas une idée de l’inconnaissable ; mais il éprouve, devant le mystère, un poignant effroi. Il n’adore pas le mystère : il le redoute. ”
Henri Bergson,
L’Évolution créatrice
“ Attelés, comme des bœufs de labour, à une lourde tâche, nous sentons le jeu de nos muscles et de nos articulations, le poids de la charrue et la résistance du sol : agir et se savoir agir, entrer en contact avec la réalité et même la vivre, mais dans la mesure seulement où elle intéresse l’œuvre qui s’accomplit et le sillon qui se creuse, voilà la fonction de l’intelligence humaine. ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ Des abîmes naît peu à peu la lumière ; et elle éclaire tous les recoins de la réalité ancienne ou prochaine : elle va loin, jusqu’au fond du passé, jusqu’aux derniers jours futurs. Elle étend sa clarté depuis les commencements et leur plus terrible mystère jusqu’à l’extrémité du temps qui a rejoint l’éternité. ”
André Beaunier,
Revue des Deux Mondes
“ Ce qu’ils peindront, ce n’est pas la réalité mais seulement leur impression de plaisir ou de peine. La réalité disparaît. Que préférez-vous, la réalité brute et, sans l’intervention d’une pensée, la réalité insignifiante ? ou bien la vaine image d’une réalité que l’on a méconnue ?... Ces deux peintures sont mauvaises, l’une qui nous est indifférente, et l’autre qui n’est rien. Voulez-vous de l’émoi et de la réalité aussi ? Vous préserverez votre émoi, et aussi la réalité, si entre elle et vous se place, comme une demi-teinte sur de fortes lumières, un léger voile d’ironie. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Longtemps avant de devenir une réalité victorieuse, elle n’est qu’une utopie dédaignée, une passion ou une idée voyageant à travers les esprits, fascinant les imaginations, réunissant sous un drapeau inavoué des légions obscures, qui se reconnaissent à quelque insaisissable mot d’ordre, ayant ses penseurs, ses théoriciens, ses soldats, comme aussi ses fanatiques, ses sectaires et ses factieux. ”
Victor Hugo,
Les Misérables
(1862)
“ Une réalité chimérique apparaît dans la profondeur indistincte. L’inconcevable s’ébauche à quelques pas de vous avec une netteté spectrale. On voit flotter, dans l’espace ou dans son propre cerveau, on ne sait quoi de vague et d’insaisissable comme les rêves des fleurs endormies. ”
René Doumic,
Revue des Deux Mondes
“ D’un coup d’œil qui perce à la façon d’une vrille, il pénètre jusqu’à la réalité positive et laide qui se cache sous le prestige des formes élégantes, sous le mirage des théories et des mots. Au-dessus de cette réalité il ne voit rien et il ne croit pas qu’il y ait rien à voir. ”
Henri Bergson,
Le Rire. Essai sur la signification du comique
(1899)
“ Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l’art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l’unisson de la nature. Nos yeux, aidés de notre mémoire, découperaient dans l’espace et fixeraient dans le temps des tableaux inimitables. Notre regard saisirait au passage, sculptés dans le marbre vivant du corps humain, des fragments de statue aussi beaux que ceux de la statuaire antique. ”
Victor Hugo,
Les Misérables
(1862)
“ L’œil de Jean Valjean était devenu effrayant. Ce n’était plus une prunelle ; c’était cette vitre profonde qui remplace le regard chez certains infortunés, qui semble inconsciente de la réalité, et où flamboie la réverbération des épouvantes et des catastrophes. Il ne regardait pas un spectacle ; il subissait une vision. Il voulut se lever, fuir, échapper ; il ne put remuer un pied. Quelquefois les choses qu’on voit vous saisissent, et vous tiennent. ”
Henri Bergson,
L’Évolution créatrice
“ Toute forme occupe ainsi de l’espace comme elle occupe du temps. Mais la philosophie des Idées suit la marche inverse. Elle part de la Forme, elle y voit l’essence même de la réalité. Elle n’obtient pas la forme par une vue prise sur le devenir ; elle se donne des formes dans l’éternel ; de cette éternité immobile la durée et le devenir ne seraient que la dégradation. La forme ainsi posée, indépendante du temps, n’est plus alors celle qui tient dans une perception ; c’est un concept. ”
Émile Montégut, Dramaturges et romanciers ; Le théâtre de Théodore Barrière…
“ L’écho des passions fiévreuses qui s’étaient exprimées dans les romans de George Sand et dans les poésies d’Alfred de Musset vibrait encore dans l’air si orageux naguère, alors tant apaisé. Tout dans la disposition morale des esprits donnait l’idée d’un aimable crépuscule, au moment où la lumière lutte avant de s’éteindre dans la nuit. Les contemporains qui avaient pris part aux grandes luttes intellectuelles des vingt dernières années étaient arrivés à cet âge où les passions ne sont plus qu’un souvenir,-mais un souvenir si récent qu’elles semblent encore une réalité. ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ Que cette barque continue donc son heureux voyage, tandis que moi j’attendrai ici la nuit où ma noire rêverie glissera comme dans son élément naturel. Que ces jeunes femmes effeuillent insoucieuses les fleurs de leur vie à l’instar du bel enfant assis sur le bord de la barque; elles auront eu au moins, quand viendra l’heure des regrets, le bonheur de les avoir effeuillées, et elles ignoreront qu’il y a quelque chose de plus cruel que de perdre ses illusions, et que ce malheur c’est de ne jamais rencontrer la réalité qui nous permet de prendre la mesure de notre rêve. ”
Edgar Allan Poe,
Nouvelles Histoires extraordinaires
“ Les réalités du monde m'affectaient comme des visions, et seulement comme des visions, pendant que les idées folles du pays des songes devenaient en revanche, non la pâture de mon existence de tous les jours, mais positivement mon unique et entière existence elle-même. ”
Gustave Planche,
Revue des Deux Mondes
“ Il sait multiplier les plans et prolonger les lignes avec une prodigalité fastueuse ; mais pour peu que l’horizon se rapproche de l’œil, Turner ne consent pas à s’en contenter. C’est un homme qui pétrit l’espace, qui déroule les plaines, qui élève les montagnes, qui invente pour les fleuves des sinuosités ignorées du monde entier. La réalité n’existe pas pour lui. Il est le roi d’une création invisible aux yeux vulgaires, dont il tient les clés, qu’il ouvre et ferme selon son caprice. ”
Anthime Corbon, Lettres politiques d'un sénateur républicain… (1876)
“ En tous cas, j'en appelle au premier mouvement de votre conscience et de la conscience des vôtres. Et bien, cette définition est celle du sentiment universel quant à tout ce qui est des manifestations de la vie. A quelque degré de l'échelle de civilisation qu'on prenne un être humain, on le trouvera toujours agréablement impressionne à l'aspect de tout ce qui s'épanouit heureusement dans la vie, et fâcheusement impressionné à l'aspect de toute existence altérée, affaiblie, étiolée. ”
Casimir Frégier, Portalis philosophe chrétien, ou Du véritable esprit philosophique (1861)
“ Mais alors, comment expliquer ces perceptions immédiates, ces résultats de l'activité de l'esprit humain, qui nous découvrent, nous montrent ou nous apprennent à reconnaître la vérité, la vérité tout entière, sociale, religieuse, politique, en un mot tout ce qui compose la connaissance humaine? ”
comte de Auguste Villiers de L'Isle-Adam, Isis: Roman
“ Arrivera-t-on à une vue plus certaine des destinées de l'homme et de ses rapports avec l'infini?... Saurons-nous plus clairement la loi de l'origine des êtres, la nature de la conscience, ce qu'est la vie, ce qu'est la personnalité? ”
Paul Nizan,
Les Chiens de garde
(1932)
“ Qui aura le dernier mot — de votre première expérience ou de vos perceptions compliquées, apprises par cœur, si votre expérience vous met un jour en demeure de douter de la dignité et de la sûreté de votre perception ? Ce discours qu’on pourrait indéfiniment étendre, touchant les perceptions, ouvre un débat qui mène au centre de la bataille entre le concret et l’abstrait, entre le matérialisme de la vie vécue et l’idéalisme des perceptions sociales. Il ouvre une grande avenue de questions. ”
Hippolyte Taine,
Le Positivisme anglais
“ Ce magnifique monde mouvant, ce chaos tumultueux d’événements entrecroisés, cette vie incessante infiniment variée et multiple, se réduisent à quelques éléments et à leurs rapports. Tout notre effort consiste à passer de l’un à l’autre, du complexe au simple, des faits aux lois, des expériences aux formules. ”
Platon,
Sophiste ; Politique ; Philèbe…
“ Mais prends d’abord la vérité, Protarque, prends-la et jette les yeux sur ces trois choses, l’intelligence, la vérité et le plaisir, et, après y avoir longuement réfléchi, réponds-toi à toi-même lequel des deux, le plaisir ou l’intelligence, est le plus proche parent de la vérité. ”
Émile Durkheim,
Éducation et sociologie
“ Entendez, par catégories, non pas seulement les formes les plus abstraites de la pensée, la notion de cause ou celle de substance, mais les idées, plus riches de contenu, qui président à notre interprétation du réel, à notre interprétation actuelle : notre idée du monde physique, notre idée de la vie, notre idée de l’homme, par exemple. ”
Hippolyte Taine,
Les Origines de la France contemporaine…
“ Pour eux, l’esprit humain, c’est leur esprit, l’esprit classique. Depuis cent cinquante ans, il règne dans la littérature, dans la philosophie, dans la science, dans l’éducation, dans la conversation, en vertu de la tradition, de l’habitude et du bon goût. ”
George Sand,
La Petite Fadette
“ Chaque pensée, chaque parole, chaque geste de chaque rôle exprime clairement à chaque conscience l’erreur ou la vérité qu’il porte en soi. Dans un travail si bien fouillé, la lumière jaillit de partout et se passe d’un résumé dogmatique. ”
Paul-Émile Chauffard,
La vie : études et problèmes de biologie générale
(1878)
“ La pensée réfléchie, l'abstraction profonde, les notions nécessaires de cause et de substance, du vrai et du beau, du juste et de l'injuste, de la liberté et de la responsabilité morale, ces notions, fond vivant de notre esprit, lui appartiennent essentiellement; rien du dehors ne vient les imprimer en nous par une transformation du mouvement: elles émergent de notre spontanéité féconde. ”
Anatole France,
La Vie littéraire
“ Quand vous avez observé quelques mirages de plus dans cet abîme d’apparences qui est l'univers sensible, en connaissez-vous mieux la raison des choses, les lois du monde qu’il importerait de connaître ? ”
George Sand,
Questions politiques et sociales
“ Cet idéal, se conservant et se développant sans cesse dans les profondeurs de votre âme, éclairera notre conscience d’un feu intérieur dont le rayonnement se fera sentir dans les moindres actes de votre vie pratique, quelle que soit la direction de vos travaux et le cadre de votre activité. ”
Manon Roland,
Lettres de Madame Roland de 1780 à 1793
“ Je suis pour la dernière partie de l’alternative, lorsque je me représente les effets de l’étude, de la méditation, des affections heureuses ; je suis pour la première, quand j’apprécie l’influence du monde, la connaissance des sots, le sentiment de l’injustice, la haine du préjugé et de la tyrannie. ”
Firmin Roz,
Revue des Deux Mondes
“ Car toute vérité l’intéresse. On le voit bien à la variété de son œuvre. Il emprunte à la théologie et à la science, à l’esthétique et à la morale, à l’histoire et à la légende. Il regarde surtout autour de lui. ”
L'ambition de la littérature ne se résume pas à copier le monde, mais à le transfigurer. Loin d'être une trahison, cette altération de la réalité par la subjectivité de l'artiste — ce « mensonge » assumé — donne naissance à une vérité fictionnelle plus intense, plus « réelle » que la vie elle-même, offrant une échappatoire et une nouvelle compréhension de la condition humaine.
Le théâtre doit-il reproduire fidèlement la vie, ou bien inventer sa propre réalité ? De l'illusion parfaite à l'acte créateur autonome, l'histoire de la scène se lit à travers la dialectique du masque, qui révèle que l'existence elle-même est une tragi-comédie perpétuelle.
La mémoire, fondement sacré de notre identité, tisse les liens de l'existence et nourrit nos affections. Mais cette même faculté peut nous enfermer dans les chimères d'un passé révolu, nous empêchant d'avancer. Comment naviguer entre le devoir de souvenir et la nécessité vitale d'oublier pour se reconstruire ?
La création artistique repose sur une lutte perpétuelle pour sublimer le contingent. L'idéaliste cherche l'essence éternelle au-delà de la brutalité du réel, transformant l'art en un don divin de transfiguration. Le génie ne reproduit pas, il révèle ce qui devrait être, imposant une dimension morale à la beauté.
L'esquisse, trace pure du rêve de l'artiste, confronte le génie à l'exigence du travail et de la facture. Cette dualité, mise en lumière par la redécouverte d'un croquis de Rubens, révèle que la grandeur réside dans la fusion de l'élan spontané et de la maîtrise absolue.
La fuite de l'artiste hors du 'désert' parisien est une quête spirituelle vers l'austérité. L'isolement, le froid et la rudesse des paysages bretons ou enneigés offrent les conditions du dénuement intérieur nécessaire pour forger une vision artistique authentique et échapper aux platitudes de la réalité.
