Émile Montégut

Résumé

Émile Montégut Revue des Deux Mondes

Quel gracieux jeune homme et plus tard quel homme énergique et indomptable fût devenu Lancelot, si, avec l’ardente sympathie et le courage qui le distinguent, il fût sorti de l’enfance l’ame formée et le caractère sans inquiétude, au lieu d’apporter dans la vie un esprit chargé de connaissances superflues, capables tout au plus d’être le luxe et le charme des heures oisives ! Car Lancelot a du courage, il cherche partout dans la science, dans les livres, dans les hommes, la réalisation de ses rêves ; il s’accroche avec désespoir à tout ce qui a apparence de beauté, d’humanité, de vertu.
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Émile Montégut Revue des Deux Mondes

Toute vie est en Dieu, toute mort est dans l’homme ; avec quelle imagination lugubre, quelle éloquence morose, quelle noire analyse, ils exprimèrent cette terrible pensée, la littérature protestante de l’époque de ferveur, spécialement en Angleterre, peut nous l’apprendre. Jamais on n’a peint avec ce degré de puissance non plus seulement la mort confinée dans le sépulcre, mais la mort répandue dans le monde même de la vie, le poison coulant dans toute source limpide, le ver caché au pied de toute fleur, le ferment d’aigreur dans tout parfum, le crime dont est faite toute joie.
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Émile Montégut Revue des Deux Mondes

Il y a là des accens de clairons qui se terminent en sons de flûtes, des motifs de sérénade qui se transforment en cris de guerre, des trilles de rossignols lugubres comme le cri fatidique de la chouette, des croassemens de corbeaux qui s’achèvent en sifflets de merle ; l’amour y mugit, la haine y gazouille, la tendresse y est malicieusement railleuse, le persiflage y prend des pointes d’élégie. C’est une œuvre de démence dans tous les sens, — la folie y a son apothéose, — mais cette démence est inspirée, et nul autre qu’un vrai poète n’aurait pu la ressentir et l’exprimer.
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