Résumé

Portrait de André Gide André Gide Les Faux-monnayeurs

Au lieu de cela :
— Mon pauvre ami, dit Laura avec un accent de tristesse ; ce roman, je vois bien que jamais vous ne l’écrirez.
— Eh bien ! je vais vous dire une chose, s’écria dans un élan impétueux Édouard : ça m’est égal. Oui, si je ne parviens pas à l’écrire, ce livre, c’est que l’histoire du livre m’aura plus intéressé que le livre lui-même ; qu’elle aura pris sa place ; et ce sera tant mieux.
— Ne craignez-vous pas, en quittant la réalité, de vous égarer dans des régions mortellement abstraites, et de faire un roman, non d’êtres vivants, mais d’idées ?
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Bernard n’était resté sous la table qu’un instant ; juste le temps de sentir les deux lèvres brûlantes de Sarah s’écraser voluptueusement sur les siennes. Olivier les avait suivis ; par amitié, par jalousie... L’ivresse exaspérait en lui ce sentiment affreux, qu’il connaissait si bien, de demeurer en marge. Quand il sortit à son tour de dessous la table, la tête lui tournait un peu. Il entendit alors Dhurmer s’écrier :
— Regardez donc Molinier ! Il est poltron comme une femme.
C’en était trop. Olivier, sans trop savoir ce qu’il faisait, s’élança, la main levée, contre Dhurmer.
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Il lui semble qu’il a du chagrin au foie. Il se jette dans un fauteuil et relit la lettre de Bernard. Il hausse tristement les épaules. Certes elle est cruelle pour lui, cette lettre ; mais il y sent du dépit, du défi, de la jactance. Jamais aucun de ses autres enfants, de ses vrais enfants, n’aurait été capable d’écrire ainsi, non plus qu’il n’en aurait été capable lui-même ; il le sait bien, car il n’est rien en eux qu’il n’ait connu de reste en lui-même. Certes il a toujours cru qu’il devait blâmer ce qu’il sentait en Bernard de neuf, de rude, et d’indompté
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