Résumé

Portrait de André Gide André Gide Si le grain ne meurt

Elle m’a reparlé d’Uzès et de ma grand’mère, ravivant mes souvenirs ternis :
— À chaque œuf que vous mangiez, racontait-elle, votre bonne-maman ne manquait pas de s’écrier, qu’il fût au plat ou à la coque : — Eh ! laisse le blanc, petiton : il n’y a que le jaune qui compte ! — Et Marie, en bonne Suissesse, ajoutait : — Comme si le bon Dieu n’avait pas fait le blanc aussi pour être mangé !
Je ne compose pas ; je transcris mes souvenirs tout comme ils viennent et passe de ma grand’mère à Marie.
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Portrait de André Gide André Gide Si le grain ne meurt

Des douves entouraient l’ensemble, suffisamment larges et profondes, qu’alimentait et avivait l’eau détournée de la rivière ; un ruisselet fleuri de myosotis amenait celle-ci et la déversait en cascade. Comme sa chambre en était voisine, Anna l’appelait « ma cascade » ; toute chose appartient à qui sait en jouir.
Au chant de la cascade se mêlaient les chuchotis de la rivière, et le murmure continu d’une petite source captée qui jaillissait hors de l’île, en face de la poterne ; on y allait cueillir pour les repas une eau qui paraissait glacée et, l’été, couvrait de sueur les carafes.
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Au demeurant la question ne se posait pas ainsi ; il s’agissait moins, pour ma mère, de faire plaisir à quelqu’un, que d’accomplir un devoir, un rite — comme cette lettre solennelle à ma grand’mère, qu’elle me contraignait d’écrire au nouvel an et qui m’empoisonnait cette fête. D’abord je tâchais d’esquiver, je discutais :
— Mais qu’est-ce que tu veux que ça lui fasse, à bonne maman, de recevoir ou non une lettre de moi ?
— Là n’est pas la question, disait ma mère ; tu n’as pas tant d’obligations dans la vie ; tu dois t’y soumettre.
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