“ « Car étroite est la voie qui conduit à la Vie », continuait le pasteur Vautier — et par delà toute macération, toute tristesse, j’imaginais, je pressentais une autre joie, pure, mystique, séraphique et dont mon âme déjà s’assoiffait. Je l’imaginais, cette joie, comme un chant de violon à la fois presque strident et tendre, comme une flamme aiguë où le cœur d’Alissa et le mien s’épuisaient. Tous deux nous avancions, vêtus de ces vêtements blancs dont nous parlait l’Apocalypse, nous tenant par la main et regardant un même but... Que m’importe si ces rêves d’enfant font sourire ”
André Gide
Résumé
Publié en 1909, La Porte étroite d’André Gide est un roman épistolaire qui examine la tension entre amour, vertu et sacrifice à travers la relation complexe entre Jérôme, narrateur, et Alissa, dont le journal intime structure l’œuvre. Conçu comme un contrepoint à L'Immoraliste, ce récit questionne les excès moraux et les conflits spirituels, mettant en évidence une quête de sainteté qui éloigne Alissa du bonheur terrestre.
Les thèmes de la souffrance, de la purification par le renoncement et de la dualité entre désir et dévotion y prédominent, tandis que les critiques du temps, malgré les malentendus, soulignent son ambition littéraire et sa satire du sacrifice outré. L’œuvre reste un pilier fondamental de l’œuvre gideenne, illustrant la recherche d’équilibre entre deux visions opposées de la vie.
Citations de La Porte étroite (André Gide)
“ Oh ! rends-moi ce bonheur que j’avais ; je ne puis pas m’en passer. Je t’aime assez pour t’attendre toute ma vie ; mais, que tu doives cesser de m’aimer ou que tu doutes de mon amour, Alissa, cette pensée m’est insupportable. — Hélas ! Jérôme, je n’en puis pas douter. Et sa voix en me disant cela était à la fois calme et triste ; mais le sourire qui l’illuminait restait si sereinement beau que je prenais honte de mes craintes et de mes protestations ; il me semblait alors que d’elles seules vînt cet arrière-son de tristesse que je sentais au fond de sa voix. ”
“ Peu à peu nos propos s’enhardirent. — Alissa, lui dis-je, un matin que l’air charmant riait et que notre cœur s’ouvrait comme les fleurs, — à présent que Juliette est heureuse, ne nous laisseras-tu pas, nous aussi... Je parlais lentement, les yeux sur elle ; elle devint soudain pâle si extraordinairement que je ne pus achever ma phrase. — Mon ami ! commença-t-elle, et sans tourner vers moi son regard — je me sens plus heureuse auprès de toi, que je n’aurais cru qu’on pût l’être... mais crois-moi : nous ne sommes pas nés pour le bonheur. — Que peut préférer l’âme au bonheur ? ”
