Résumé

Portrait de André Gide André Gide Les Nourritures terrestres

Ce qui fit ma joie ce jour là, c’est quelque chose comme l’amour — et ce n’est pas l’amour — ou du moins pas celui dont parlent et que cherchent les hommes. — Et ce n’est pas non plus le sentiment de la beauté. Il ne venait pas d’une femme ; il ne venait pas non plus de ma pensée. Écrirai-je, et me comprendras-tu si je dis que ce n’était là que la simple exaltation de la LUMIÈRE ?
J’étais assis dans ce jardin ; je ne voyais pas le soleil ; mais l’air brillait de lumière diffuse — comme si l’azur du ciel devenait liquide et pleuvait. Oui vraiment, il y avait des ondes, des remous de lumière ;
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Je rêve aux jardins de Mossoul ; on m’a dit qu’ils sont pleins de roses. Ceux de Kashpur, Omar les a chantés, et Hafiz les jardins de Shiraz ; nous ne verrons pas les jardins de Nashpur.
Mais à Biskra je connais les jardins de Ouardi. Des enfants y gardent les chèvres.
À Tunis, il n’y a pas d’autre jardin que le cimetière. À Alger, au jardin d’essai (des palmiers de toute espèce) j’ai mangé des fruits que je n’avais avant jamais vus. — Et de Blidah ! Nathanaël, que dirai-je ?
Ah ! douce est l’herbe du Sahel ; — et tes fleurs d’orangers ! et tes ombres ! suaves les odeurs de tes jardins...
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Oh ! si le temps pouvait remonter vers sa source ! et si le passé revenir ! Nathanaël, je voudrais t’emmener avec moi vers ces heures amoureuses de ma jeunesse, où la vie coulait en moi comme du miel. — D’avoir goûté tant de bonheur, l’âme sera-t-elle jamais consolée ? Car là j’étais, là-bas, dans ces jardins, moi, non un autre... j’écoutais ce chant de roseau ; je respirais ces fleurs ; je regardais, je touchais cet enfant — et certes de chacun de ces jeux chaque nouveau printemps s’accompagne, — mais celui que j’étais, cet autre, ah !
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