André Gide

André Gide

Résumé

Portrait de André Gide André Gide,  L’Immoraliste (1902)

“ Du talus où je m’étais assis, comme grisé, je dominais la Morinière ; je voyais ses toits bleus, les eaux dormantes de ses douves ; autour, des champs fauchés, d’autres pleins d’herbes ; plus loin, la courbe du ruisseau ; plus loin, les bois où l’automne dernier je me promenais à cheval avec Charles. Des chants que j’entendais depuis quelques instants se rapprochèrent ; c’étaient des faneurs qui rentraient, la fourche ou le râteau sur l’épaule. Ces travailleurs, que je reconnus presque tous, me firent fâcheusement souvenir que je n’étais point là en voyageur charmé, mais en maître. ”
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Portrait de André Gide André Gide,  L’Immoraliste (1902)

“ Car il me semble, à m’en souvenir aujourd’hui, que cette première nuit fut la seule, tant l’attente et la surprise de l’amour ajoutaient à la volupté de délices, – tant une seule nuit suffit au plus grand amour pour se dire, et tant mon souvenir s’obstine à me la rappeler uniquement. Ce fut un rire d’un moment, où nos âmes se confondirent... Mais je crois qu’il est un point de l’amour, unique, et que l’âme plus tard, ah ! cherche en vain à dépasser ; que l’effort qu’elle fait pour ressusciter son bonheur, l’use ; que rien n’empêche le bonheur comme le souvenir du bonheur. ”
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Portrait de André Gide André Gide,  L’Immoraliste (1928)

“ Parce que je ne veux pas me souvenir, répondit-il. Je croirais, ce faisant, empêcher d’arriver l’avenir et faire empiéter le passé. C’est du parfait oubli d’hier que je crée la nouvelleté de chaque heure. Jamais, d’avoir été heureux, ne me suffit. Je ne crois pas aux choses mortes, et confonds n’être plus, avec n’avoir jamais été.
Je m’irritais enfin de ces paroles, qui précédaient trop ma pensée ; j’eusse voulu tirer arrière, l’arrêter ; mais je cherchais en vain à contredire, et d’ailleurs m’irritais contre moi-même plus encore que contre Ménalque.
”
Source : Gutenberg

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