“ Si Charles ressemblait à René je serais peut-être le premier à le pousser hors de Damper, mademoiselle, dit M. Després avec vivacité. Il n’entre pas dans mes idées d’obliger mes enfants à calquer leur vie sur la mienne. Si je me défie des caprices et des illusions, j’aiderai de tout mon pouvoir une vocation qui me paraîtra sérieuse. Ce n’est pas après le plaisir, l’indépendance sans frein, la vie molle et luxueuse que court René, et à votre place j’applaudirais à la résolution qu’il a prise. Il est intelligent, entreprenant, mais froid, sensé, travailleur, et d’un caractère solide. ”
Zénaïde Fleuriot
Résumé
"Mon sillon", de Zénaïde Fleuriot, explore les tensions entre aspirations individuelles et pressions familiales à travers les parcours de Mélite, René et Charles, dans un cadre rural marqué par Damper. L'œuvre mêle réflexions sur le bonheur, la déception et la recherche de liberté, illustrée par les dialogues tendus avec M.
Després et les lettres émues de Mélite. Les thèmes de l'avenir, des sentiments et des liens familiaux (tante, oncle, notaire) structurent une narration où les personnages oscillent entre espoir et désillusion, dans un Paris symbolique en pleine mutation. La rigueur des décisions, qu'elles concernent le travail ou l'amour, révèle une quête d'authenticité.
Citations de Mon sillon (Zénaïde Fleuriot)
Zénaïde Fleuriot,
Mon sillon
(1872)
“ MÉLITE A RENÉ. Damper, J'ai attendu, j'attends, mon cher René, et comme soeur Anne je ne vois rien venir. Le battement d'ailes de tes espérances n'a pas réveillé les miennes qui ne dorment jamais, mais il les a rendues tout à fait importunes. A chaque courrier c'était un remue-ménage, un babil sans trêve ni fin. Et tu restes muet. C'est un bien mauvais signe. Serions-nous à notre seconde espérance trompée ? Heureusement que l'espérance est renommée pour avoir la vie dure, et que la notre ne se déconcerte pas pour si peu. ”
“ Ce mensonge n’était après tout qu’une peccadille bien permise, M. Brastard avait des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Je sentais l’indignation m’agiter le sang et les nerfs, car parmi tous ces plans, tous ces projets, tous ces regrets, toutes ces espérances, le nom de celle qui se croit aimée et qu’il a feint d’aimer n’a pas été prononcé une fois. Il s’est beaucoup attendri sur son désastre financier, sur ce que lui réserve l’avenir s’il manque l’affaire de son mariage, il n’a pas trouvé une parole d’attendrissement pour celle qui peut lui échapper par une révélation. ”
