“ Le cœur du jeune homme se mit à battre plus vite. Il avait oublié et Rosalie, et ses remords de tout à l’heure, et la question qu’il s’était posée. La voix intérieure, celle qui chuchote à l’oreille de notre âme des conseils dont, à la réflexion, nous demeurons nous-même stupéfiés, venait de lui murmurer : « Madame Moraines sera chez elle aujourd’hui... Si j’y allais ? ... » « Si j’y allais ? ... » se répéta-t-il tout haut, et la seule idée de cette visite lui infligea un serrement de gorge et comme un tremblement intérieur. ”
Paul Bourget
Résumé
"Mensonges" de Paul Bourget, publié en 1891, explore les tensions entre amour, moralité et ambiguïté sociale dans le Paris fin-de-siècle. À travers les destins entrelacés de René, Suzanne, Rosalie et Desforges, l’œuvre dévoile les luttes intérieures et les concessions de la vie amoureuse.
Les thèmes de la passion, de la culpabilité et des masques sociaux se déployent dans un cadre où les salons et les relations incertaines reflètent les enjeux de l’époque. L’œuvre, marquée par une prose introspective, questionne la nature des sentiments et les illusions qui les entourent, illustrée par des scènes émouvantes et des dialogues imprégnés de tension.
Citations de Mensonges (Paul Bourget)
“ Il aimait Suzanne, et Suzanne l’aimait. Pourquoi n’essaierait-il pas, au nom de ce sentiment sublime, de l’arracher, elle, à l’infamie où elle gisait, de s’arracher, lui, à ce gouffre noir de la mort vers lequel il se sentait attiré ? Pourquoi ne lui apporterait-il pas cette occasion unique de réparer les hideuses misères de sa destinée ? ... Mais elle, que répondrait-elle ? ... « Je saurai enfin si elle m’aime, » reprenait René.— « Oui, si elle m’aime, avec quelle ardeur elle saisira ce moyen d’échapper au bagne de luxe où elle est enchaînée ! Et si elle dit non ? ... » ”
Paul Bourget,
Mensonges
(1896)
“ Il était cinq heures. René sortit, remonta dans le fiacre et dit : « Rue Murillo. » Tout le long de la route il ferma les yeux, tant était douloureuse l'acuité de sa sensation d'attente. Il s'y mêlait de la honte pour sa propre faiblesse, une appréhension de l'inconnu, une joie profonde à la pensée qu'il allait revoir ce visage aux traits menus, — enfin un peu de cette folle espérance, d'autant plus grisante qu'elle est plus indéterminée, qui pousse cet âge sur des routes nouvelles, simplement parce qu'elles sont nouvelles. ”
