“ Cette ville superbe, Syracuse, si bien défendue par l’art et par la nature, si bien fermée du côté de la terre et de la mer, ayant enfin cédé à sa valeur et à son génie, non-seulement il permit qu’elle ne souffrît aucun dommage, mais il la laissa si magnifiquement décorée, qu’elle devint tout à la fois un monument de ses victoires, de sa clémence, de son désintéressement, quand on considérait et quels remparts il avait forcés, et quel peuple il avait épargné, et quelles richesses il avait respectées. ”
Syracuse
Définition et enjeux
Syracuse, ville antique de la Sicile, a longtemps représenté la puissance, la prospérité et la culture grecque méditerranéenne. Cicéron souligne sa résistance héroïque et sa survie après la conquête romaine, tandis que Conrad Malte-Brun met en évidence ses vestiges et ses épreuves historiques.
Jean Bertheroy, à travers ses récits, évoque sa grandeur légendaire et ses crises politiques, liant son destin à celui d’Archimède. Polybe, quant à lui, insiste sur la vertu des Syracusains comme source de sa grandeur. Ces perspectives croisées révèlent une ville à la fois symbole de l’excellence antique et d’une vulnérabilité humaine.
Citations sur “Syracuse”
Conrad Malte-Brun,
Géographie universelle, ou Description de toutes les parties du monde…
(1851-1853)
“ La province dont Syracuse est le chef-lieu occupe la partie sud-est de la Sicile. Syracuse est située sur la côte orientale de l'île. Cette ville, jadis si célèbre par sa puissance, ses richesses, ainsi que par son amour pour les sciences, les lettres et les arts, nous offre un des plus étonnants exemples des vicissitudes des choses humaines. Il ne reste de cette immense cité, qui se composait de cinq vastes quartiers formant pour ainsi dire autant de villes, que quelques débris informes épars çà et là au milieu des vignes, des vergers et des champs de blé. ”
“ Ce petit port, les sales et étroites rues qui traversent l’île d’Ortygie, les remparts déserts qui l’entourent, et le long desquels on voit de misérables filles publiques étendues au soleil en jouant de la guitare à la porte de leurs masures, c’est là tout Syracuse aujourd’hui. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Syracuse, la plus grande des cités grecques et la plus belle de toutes les villes, que semblait enlever jusqu’aux nues le Pégase étincelant... Dorcas fut arraché à ces pensées par l’arrivée d’Hiéron qui ramenait par le bras le grand Archimède. Et jamais triomphateur traînant un héros à son char n’eut sur le front plus d’orgueil que le « bon tyran » flanqué de son glorieux cousin. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Un habitant de Syracuse ? Non, mais des satellites de la tyrannie, Himocrate et Épicyde, qui nous avaient opprimés par la terreur et par la trahison. Aujourd’hui, le trépas de nos oppresseurs nous rend à notre volonté première ; nous venons aussitôt vous livrer nos armes, remettre à votre discrétion nos personnes, notre ville, nos remparts, prêts à subir toutes les conditions que vous nous aurez imposées. La gloire d’avoir pris la première, la plus belle des cités grecques, vient de vous être accordée par les dieux, Marcellus ”
Alexis Pierron, Histoire de la littérature grecque (1850)
“ Jusque dans les siècles les plus polis, et au sein de la civilisation la plus raffinée, à Syracuse par exemple, il conserva sa physionomie antique et sa robuste nature, un peu rustique, mais non pas sans grâce ni sans beauté. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Une crainte superstitieuse leur faisait comparer Archimède à Jupiter armé de la foudre ; — et ils demeuraient muets et confondus dans leur camp de l’Anapos, laissant sous les murailles tout le matériel de guerre. Alors les bourgeois de Syracuse, prenant leurs jeunes fils par la main, les menaient voir ce qu’ils appelaient en raillant la ménagerie romaine, ces béliers, ces onagres, ces scorpions, ces corbeaux de fer qui si longtemps avaient menacé la ville, et qui désormais au repos se contentaient de montrer les dents sans mordre, domptés par l’extraordinaire génie d’un seul homme. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Mais aujourd’hui une émotion différente étreignait les cœurs, et dans ce silence grandissant jusqu’à l’angoisse on sentait que, pour la première fois peut-être depuis cinq siècles qu’elle était fondée, Syracuse sentait faiblir sa foi énergique dans ses destinées. Comme au temps de Timoléon, les roues d’un char firent retentir d’un bruit strident le pavage de marbre ; et l’on vit descendre Andranodore, seul, son corps épais serré dans une tunique de soie claire. ”
“ Si les Romains ont eu raison, et s’il était de leur intérêt de transporter dans leur patrie les richesses et les ornemens des villes conquises. Syracuse ne doit pas sa beauté à des ornemens apportés du dehors, mais à la vertu de ses habitans. ”
Louis Bertrand,
Revue des Deux Mondes
“ Vers le ciel rouge monte la clameur des bêtes égorgées. La mer violette est moirée d’or, à l’infini. Pressé dans la bordure vermeille de ses rivages, ce port antique de Syracuse est une coupe lumineuse, plus féconde en prestige que tous les miroirs inventés par le génie de son Archimède. ”
“ Voilà la Syracuse de Cicéron telle que l'avaient faite les guerres d'Athènes, de Carthage et de Rome, telle que l'avaient laissée les déprédations de Verrès. Mais la vieille Syracuse, la Syracuse d'Hyéron et de Denys, la véritable Pentapolis enfin, était bien autrement belle, bien autrement riche, bien autrement splendide. Elle avait huit lieues de tour; elle avait un million deux cent mille habitants dont la richesse excessive était devenue proverbiale, au point qu'on disait à tout homme qui se vantait de sa fortune: Tout cela ne vaut pas la dixième partie de ce que possède un Syracusain. ”
“ Là se rassemblaient toutes les femmes avec lesquelles il entretenait un commerce habituel, et le nombre en était incroyable à Syracuse ; là se rendaient aussi tous les hommes qu’il jugeait dignes de son amitié, dignes de partager sa table et ses plaisirs. ”
“ Je vais un peu trop loin toutefois en disant que Syracuse a oublié sa grandeur. On y trouve quelques hommes fort estimables sans doute, mais qui prennent soin de vous entretenir de la gloire passée de leur ville avec une persévérance dont quelques voyageurs, plus ingrats que moi, se sont lassés. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Dans le même instant toutes les bouches qui s’insultaient tout à l’heure avaient retrouvé l’unisson, et sur l’immense Timoléontium, devant le tombeau du plus ferme défenseur de la patrie, entre les statues harmonieuses de la Concorde et de l’Abondance, ce fut une seule clameur répercutée de quartier en quartier, portée jusqu’aux confins de Syracuse sur le front lauré des jeunes Victoires : « Nous ne voulons ni de Marcellus ni d’Annibal, ni de Rome ni de Carthage ! Nous voulons être nos maîtres et garder nos libertés intactes ! » ”
Auguste, comte de Forbin,
Souvenirs de la Sicile
“ Le sol est rocailleux, pierreux sur les sommités, et d’une fertilité merveilleuse dans les lieux bas ; un ruisseau est presque toujours entouré d’aloès, de figuiers, d’orangers, et d’un gazon vert et épais : ce contraste avec celui de la nudité et du ton gris bleuâtre des rochers qui l’environnent, est d’un effet frappant et pittoresque. On n’entre dans Syracuse qu’après avoir passé sous trois ou quatre portes garnies de ponts-levis. Des chaussées prolongées sont jetées sur la mer, qui remplace merveilleusement et remplit les fossés de cette forteresse. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Ô Déesse, — reprit la voix de l’hiérophantide, — protège ceux qui vont combattre pour Syracuse : veille sur les murailles et sur les forteresses ; soutiens le courage des héros ; conserve le sang des justes ; attendris le cœur de nos ennemis. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ L’immense table où devait avoir lieu l’immolation était un morceau unique de marbre de Thasos sans défaut, dont le grain fin et luisant étincelait au soleil comme l’épiderme des blanches statues frissonnantes dans leur nudité. Une console à crosses, imitant la forme des hautes fougères lydiennes, régnait d’un bout à l’autre sous l’autel, et, entre ces volutes, une fresque avait été peinte, retraçant le plus haut fait d’armes de l’histoire de Syracuse : sa lutte contre les Athéniens au temps où la flotte de Nicias fut mise en déroute par le Spartiate Gylippe dans les eaux de la mer de Sicile. ”
Pierre Loti,
Un Jeune Officier Pauvre
“ À BORD DU VAISSEAU LE JEAN-BART Syracuse (Sicile) , janvier 1870.Terre classique, oliviers séculaires, et toujours l'Etna étincelant de neige au milieu des nuages... Cela fait penser aux vieux paysages de l'École italienne; des ruines antiques dans des campagnes pastorales, des bergers et des chèvres... On sent tout le triste charme de l'hiver; mais c'est un hiver si doux qu'on n'est pas étonné de voir autour de soi des palmiers, des fleurs et des cactus. Syracuse est lugubre et mystérieuse comme le moyen âge... ”
“ Cette ville admirable, que Timée appelle la plus grande de toutes les villes grecques et la plus belle du monde, cette citadelle incomparable, ce double port qui pénètre jusqu’au sein de In cité, ces quais étendus baignés par les eaux, ces larges rues, ces portiques, ces temples, ces murailles, toutes ces merveilles rassemblées ne faisaient pas que, sous la verge de Denys, Syracuse fût une république ; car aucune d’elles n’appartenait au peuple, et le peuple lui-même appartenait à un seul homme. ”
Raymond Weill, La Phénicie et l'Asie occidentale… (1939)
“ C'est une belle période pour Syracuse, nonobstant les révolutions politiques et toutes leurs secousses. En ce siècle, les villes de la Grande Grèce participaient aux vicissitudes historiques des états de la Grèce propre, dont le gouvernement, en chaque ville ou chaque capitale de confédération, voyait alterner, en un lent mouvement de balance, le régime aristocratique et le régime de la tyrannie démocratique. A Syracuse, on abolit la tyrannie et l'importance politique de la ville s'accentue, en même temps que sa prospérité en concomitance avec celle du pays entier. ”
“ L’île fut attachée à la terre ferme par une digue et un pont, et la ville qu’on y avait bâtie primitivement devint une citadelle où l’on enferma, à l’abri de toute attaque, les dieux de Syracuse, ses rois morts et ses rois vivans. Pour les Syracusains, laissant à Ortygie les temples, les palais des princes et leurs tombeaux, ils s’établirent dans les beaux et somptueux quartiers de l’Acradine, de Tycha, d’Épipoli et de Néapolis. ”
“ Le comte de Syracuse était non seulement un jeune homme, mais même presque un enfant; il avait, à ce que je crois, dix-huit ans à peine. D'abord, cette extrême jeunesse effraya ses sujets; quelques espiègleries augmentèrent les inquiétudes; mais bientôt, au frottement des affaires, l'enfant se fit homme, comprit quelle haute mission il avait à remplir en réconciliant Naples et Palerme; il rêva pour cette pauvre Sicile ruinée, abattue, esclave, une renaissance sociale et artistique. ”
“ Quant à ce dont plusieurs de vous peut-être ont entendu parler, cette apologie faite par les Syracusains, en vertu d’un décret public, quoique la déposition d’Heraclius vous ait appris dans la première audience en quoi consiste cet éloge, je reviendrai néanmoins sur ce sujet, quand je parlerai de tout ce qui concerne Syracuse. Vous verrez que jamais homme n’a été aussi haï d’aucun peuple, que Verrès l’a été et l’est encore des Syracusains. ”
Jurien de La Gravière, La Marine de Syracuse
“ Le danger touchait de plus près Syracuse, et cependant Syracuse ne sut pas complètement oublier qu’aux jours où Nicias campait sous ses murs, Agrigente avait paru sourire à sa ruine prochaine. Les Syracusains se portèrent donc sans la moindre ardeur au secours de la grande cité rivale. L’épouvante causée par la férocité d’Imilcon leur ouvrit enfin les yeux et leur fit comprendre toute l’imprudence de leur égoïsme. Le peuple alors se souvint d’Hermocrate. On peut éteindre à plaisir un flambeau et le rallumer; il faut y regarder à deux fois avant de supprimer un grand homme. ”
Jules-Amable Pierrot, Choix de compositions françaises et latines… (1875)
“ Gélon entra dans Syracuse, et pour elle, il oublia son ancienne patrie; dès ce jour, vous fûtes ses concitoyens et ses enfants d'adoption, il eut pour vous les affections d'un compatriote et les entrailles d'un père. Epuisée de forces, appauvrie de citoyens par les guerres civiles, Syracuse voyait son enceinte déserte et ses murailles sans défenseurs. Que fit Gélon ? Pour réparer tout ce sang répandu, toute cette population tarie, il versa dans'la ville des colonies qui la fécondèrent. ”
Auguste, comte de Forbin,
Souvenirs de la Sicile
“ Mais celle de Syracuse, que Marcellus, et vainqueur et armé, vit sans y toucher, qu’il crut devoir céder à la religion, que les Syracusains et tous ceux qui sont domiciliés dans leur ville honoraient avec une dévotion particulière, l’objet non-seulement de la curiosité, mais du culte de tous les étrangers, Verrès n’a pas craint de l’arracher de son temple. ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang (1878)
“ Depuis ce temps, l'histoire de Syracuse se confond avec celle de la Sicile, dont elle fut la capitale jusqu'en 878. A cette époque, elle fut prise et ruinée par les Sarrasins. De terribles tremblements de terre, en 1693 et 1757, achevèrent sa ruine. Rois, tyrans et chefs de Syracuse. SYRACUSE, v. des États-Unis (New-York) , à l'extrémité S. du lac d'Onondaga, à 180 k. N. O. d'Albany, à l'intersection des canaux d'Érié et d'Oswego; env. 30 000 h. (elle en avait seulement 250 en 1820) . Belle ville, rues larges, se coupant à angle droit; plusieurs chemins de fer. Grande exploitation du sel. ”
William Shakespeare,
Œuvres complètes de Shakespeare…
“ ANTIPHOLUS d’Éphèse.—Le duc, et tous ceux de la ville qui me connaissent, peuvent attester avec moi que cela n’est pas vrai ; je n’ai jamais vu Syracuse de ma vie. LE DUC.—Je t’assure, Syracusain, que depuis vingt ans que je suis le patron d’Antipholus, jamais il n’a vu Syracuse : je vois que ton grand âge et ton danger troublent ta raison. (Entre l’abbesse, suivie d’Antipholus et de Dromio de Syracuse.) L’ABBESSE.—Très-puissant duc, voici un homme cruellement outragé. (Tout le peuple s’approche et se presse pour voir.) ”
Charles Rollin,
Abrégé de l'Histoire ancienne de Rollin…
(1834)
“ DEPUIS que Syracuse était rentrée en possession de sa liberté, par l'extinction de la famille de Gélon, il s'était passé environ soixante ans. Syracuse jouissait tranquillement des avantages que procure à un Etat une longue paix. On s'appliquait sans crainte à la culture des terres et à la nourriture des troupeaux ; ce qui rendait les peuples de Sicile , et en particulier ceux de Syracuse, fort puisttans et extrêmement riches. La ville de Syracuse était dans cet état d'opulence et de puissance , lorsque Denys l'asservit de nouveau , et s'en rendit le tyran. ”
“ Je passe sous silence beaucoup de faits qui trouveront leur place ailleurs, ou dont j’ai déjà parlé dans les différentes parties de cette plaidoirie. Je ne dirai point que la place publique de Syracuse, où pas une goutte de sang ne fut répandue à l’entrée de Marcellus, a, depuis l’arrivée de Verrès, regorgé de celui d’une infinité de Siciliens innocens ; que le port de Syracuse, où jamais n’avaient pénétré nos flottes ni celles des Carthaginois, a été ouvert, sous sa préture, à un misérable brigantin de Cilicie et à d’autres pirates ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Himocrate pâlit, mais ne sourcilla point. Il savait bien ce que signifiait cette menace, cette exclamation comminatoire. Le Pétalisme, c’était la ressource suprême du peuple de Syracuse, lorsque, excédé par les exigences d’un tyran ou les menées perfides d’un citoyen, il voulait à toute force se débarrasser de lui. ”
“ Le théâtre, l’amphithéâtre, le nymphæum, la voie des tombeaux, les fortifications de l’Épipole, élevées par Denys le Tyran, et surtout ces latomies grandioses, qui jouent un si grand rôle dans l’histoire de Syracuse, font la plus vive impression. Rien ne peut rendre l’effet de ces carrières à ciel ouvert, d’une profondeur énorme, au fond desquelles s’étalent, à l’abri des masses taillées par la scie antique, de frais et luxuriants jardins de figuiers et d’orangers. ”
“ Faute d’un homme semblable, ou plutôt faute d’hommes, car la garnison était trop faible, Syracuse, abandonnée par la noblesse et par toutes les personnes de distinction qui avaient pris la fuite, Syracuse resta livrée aux horreurs d’une maladie effroyable, augmentée par la licence et l’oubli de tous les devoirs sociaux. ”
Jean Bertheroy,
Les Vierges de Syracuse
“ Je me disais : voilà l’homme qui sera le défenseur invincible de Syracuse ; à lui seul, il pourra plus pour la sécurité de la ville que toutes les armées et que toutes les murailles. Archimède souriait toujours. Le général Himocrate se permit de prendre la parole : — Grand roi, serait-il question d’une nouvelle guerre ? Pour l’instant, il me semble que vos ennemis vous laissent assez en repos. — Il faut toujours prévoir l’avenir, interrompit Hiéron. Rome d’un côté, Carthage de l’autre, n’ont jamais cessé de nous menacer, malgré une paix apparente. ”
