“ Je vois encore dans cette apologie une prédiction qui vous regarde, juges ; et si le peuple romain vous a bien connus, juges, ce n’est pas en vain qu’il l’aura faite en mourant : « Verrès, disait-il, peut faire mourir les témoins ; mais leur sang n’effacera point ses crimes. Du fond des enfers, ma voix se fera entendre avec plus de force à des juges intègres, que si je paraissais vivant à leur tribunal. Vivant, je ne pourrais prouver que ton avarice ; mais la mort cruelle que tu vas me faire subir déposera de ta scélératesse, de ton audace, de ta cruauté. » ”
Cicéron
Résumé
"Contre Verrès", discours de Cicéron rédigé en 70 av. J.-C., constitue un réquisitoire implacable contre le préteur Gaius Verres, accusé de corruption et de pillage en Sicile. Destinés à dénoncer les malversations de Verres, ces discours allient éloquence et preuves tangibles, détaillant ses vols d'œuvres d'art, ses abus de pouvoir et ses exactions envers les Siciliens.
Révélant les dérives de la noblesse sénatoriale, ils consolidèrent la réputation de Cicéron comme orateur et défenseur de la justice. Publié en cinq parties, ce texte demeure une source précieuse sur la corruption romaine et les enjeux coloniaux.
Citations de Contre Verrès (Cicéron)
“ Attaquer une succession sur laquelle on ne peut avoir aucune action, et cela au profit d’un préteur avide ; se couvrir du nom d’une cité célèbre, et compromettre l’honneur de cette cité en lui imposant le rôle d’une honteuse réclamation ! Ce n’est pas tout : vous n’avez pas même gardé dans l’instruction du procès les apparences de la justice. Dieux immortels ! qu’importe qu’un préteur, abusant de son pouvoir, contraigne les citoyens par la force d’évacuer toutes leurs propriétés, ou qu’il leur donne de la sorte un tribunal obligé de prononcer, sans les avoir entendus, l’arrêt de leur ruine ? ”
“ Vous étiez préteur, et des soldats siciliens avaient pour toute nourriture des racines de palmier, alors que des brigands se nourrissaient du froment de la Sicile ! Ô spectacle douloureux, à jamais déplorable ! la gloire de Rome et le nom du peuple romain ont, sous les yeux d’une multitude immense, été en butte à la risée des plus vils ennemis ! Un pirate, sur un misérable esquif, dans le port de Syracuse, s’est promené en triomphateur d’une flotte romaine, tandis que ses rameurs faisaient jaillir l’onde écumante jusque dans les yeux du plus inepte et du plus lâche des préteurs ! ”
