“ Un autre père, Eubulide d’Herbite, très-distingué parmi les siens par son mérite et sa naissance, eut l’imprudence, en défendant son fils, d’inculper Cléomène : peu s’en fallut qu’on ne le dépouillât de ses vêtemens pour le battre de verges. Mais enfin que dire ? comment se justifier ? — Je ne veux point qu’on parle de Cléomène. — Ma cause m’y oblige. — Tu mourras, si tu le nommes. Or, l’on sait que Verrès n’a jamais fait de petites menaces. — Mais il n’y avait pas de rameurs. — Oh ! vous accusez le préteur ! ”
Citations sur “Kléobule de Verrès”
“ Mais n’insistons pas sur l’incroyable impudence du personnage, pour ne pas être forcés de nous abandonner sans relâche à la douleur et à l’indignation. Oui, le temps, la voix et les forces me manqueraient, si je voulais m’exprimer avec la véhémence que devrait inspirer tant d’impudence et d’infamie ! Une fête, grands dieux, en l’honneur de Verrès, chez un peuple que ses actes ont plongé dans l’excès du désespoir ! Oh ! qu’elles sont respectables ces Verrea (45) . Est-il un seul lieu où vous ayez porté vos pas, qui ne doive célébrer ce jour ? ”
“ Voyez-vous cet homme aux cheveux un peu crépus, au teint basané, qui semble nous dire, par la manière dont il nous regarde, qu’il se croit lui-même un grand génie, cet homme qui tient un registre à la main, qui est tout proche de Verrès, et qui lui donne un avis ? C’est ce C. Claudius qui était, dans la Sicile, le confident, le ministre, l’agent du préteur, et presque le collègue de Timarchide : maintenant il occupe un poste si élevé, que ce n’est qu’avec peine qu’il paraît céder au grand Apronius la première place dans l’intimité de Verrès ”
“ Cléomène lui rend grâces ; il approuve fort sa résolution, assure qu’il n’y a pas d’autre parti à prendre. Cependant il lui soumet une réflexion qui lui avait échappé ; c’est que Phalargue de Centorbe ne pouvait être envoyé comme les autres au supplice, attendu que ce capitaine était avec lui sur la galère de cette ville. Quoi donc ! s’écrie Verrès, je laisserai vivre un jeune homme d’une famille si distinguée, citoyen d’une ville si importante, pour qu’il dépose contre moi ! ”
“ Vous connaissez les mœurs perverses et déréglées de Verrès : imaginez-vous, si vous le pouvez, un homme qui aille avec lui de pair dans toutes ses infamies, dans ses honteuses dissolutions : vous aurez une idée de cet Apronius, lequel, comme on en peut juger, non seulement par sa conduite, mais encore par sa taille et tout son extérieur, est comme l’abîme et le gouffre immense de tous les opprobres et de tous les vices. Verrès l’employait en chef dans tous ses adultères, dans le pillage des temples, dans ses impurs festins. ”
“ Verrès aura dans sa maison le riche, le magnifique candélabre du grand Jupiter ! cet inappréciable chef-d’œuvre, qui devait remplir de sa splendeur le temple du maître des dieux, prêtera sa lumière à ces festins honteux et souillés par les débauches les plus scandaleuses ! les ornements du Capitole, placés dans la maison d’un infâme, seront confondus avec les meubles d’une Chélidon ! Pensez-vous que rien puisse jamais être sacré pour Verrès, ou qu’il ait jamais rien respecté, lui, qui ne sent pas encore toute l’énormité de son crime ”
“ Tout n’offre, au contraire, dans Verrès, que le comble de l’opprobre et de l’infamie, joint à l’excès de la grossièreté et de la sottise. Si quelque maison s’ouvre devant un tel homme, ne parait-elle pas s’ouvrir pour demander et recevoir quelque présent ? Vos portiers et vos valets chérissent Verrès ; il est aimé de vos affranchis, adoré de vos esclaves. ”
“ Le malheureux avait la bouche et les yeux pleins de sang ; il tombe ; les bourreaux le voient étendu sur la terre, et ils ne continuent pas moins de lui meurtrir les flancs, afin de lui arracher la promesse de consigner. Dans cet état horrible, on l’emporte comme mort ; bientôt après il n’était plus. Cependant notre pieux adorateur de Vénus, l’aimable et galant Verrès, fit prendre sur les biens de Servilius de quoi faire un Cupidon d’argent massif, qu’il plaça dans le temple de la déesse ; car c’était toujours aux dépens des honnêtes gens qu’il acquittait les vœux de ses orgies nocturnes. ”
“ Verrès s’en est emparé, et cependant ce vol ne l’a pas satisfait. Vis-à-vis le temple, dans une place découverte et très-spacieuse, s’élèvent deux statues, l’une de la déesse et l’autre de Triptolème, également belles et colossales. Leur beauté les mettait en danger ; mais, grâce à la double difficulté du déplacement et du transport, leur grandeur les sauva. Dans la main droite de Cérès, était une Victoire admirablement travaillée. Par ordre de Verrès, elle fut arrachée à la statue et emportée chez lui. ”
“ Un préteur, dans sa province, pourra dire à un homme honorable, riche et vivant avec splendeur : Vendez-moi vos vases ciselés. N’est-ce pas lui dire : Vous n’êtes pas digne de posséder d’aussi belles choses, elles sont faites pour un homme comme moi ? Un homme comme vous, Verrès ! Vous vous croyez donc plus que Calidius ? ”
“ Il faut que l’incendie qui l’a consumé paraisse avoir été l’effet de la volonté des dieux, non pour détruire le temple du très-bon, très-grand Jupiter, mais pour avertir les mortels d’en élever un autre plus brillant et plus magnifique. Vous avez, Catulus, entendu Q. Minucius Rufus vous dire qu’il avait logé le roi Antiochus dans sa maison à Syracuse ; qu’il savait que le candélabre avait été porté chez Verrès ; qu’il savait aussi qu’il n’avait pas été rendu. ”
“ Verrès prend chaque pièce dans ses mains ; il loue, il admire. Le roi est enchanté que la fête soit agréable à un préteur du peuple romain. On se sépare. Dès ce moment Verrès ne s’occupe plus, comme la suite l’a fait voir, qu’à trouver le secret de faire sortir de la province le roi entièrement pillé et dépouillé. Il lui envoie demander les plus beaux des vases qu’il a vus chez lui. C’était pour les montrer à ses ciseleurs. Le roi, qui ne connaissait pas l’homme, les donne avec plaisir et sans aucun soupçon. Verrès fait demander aussi le vase d’une seule pierre. ”
“ Quelquefois aussi on affecte fort bien d’ignorer certaines choses ; par exemple : De qui disait-on qu’étaient ces statues ? Mais de qui encore ? Vous m’en faites souvenir, c’est de Polyclète. Ce qui sert à plus d’une fin ; car souvent un orateur paraît avoir une vue, et il en a une autre, comme Cicéron en cet endroit. En effet, en reprochant à Verrès la fureur qu’il avait pour les statues et pour les tableaux, il a soin qu’à force d’en parler, on ne lui impute pas la même maladie. ”
“ Notre flotte était à Pachynum. Comme il y avait des troupes dans le fort, ou que du moins il devait y en avoir, Cléomène se flatta qu’avec les soldats qu’il en pourrait tirer, il compléterait le nombre de ses matelots et de ses rameurs ; mais l’avarice de Verrès n’avait pas moins dégarni les forts que les flottes. On ne trouva dans la place que très-peu d’hommes : presque tous avaient obtenu leur congé. Cléomène, en brave amiral, fait appareiller le vaisseau de Centorbe, redresser les mâts, déployer les voiles, couper les câbles ”
“ Oui, pour le moment, dit Cléomène, puisqu’il le faut ; nous chercherons plus tard quelque moyen de nous en débarrasser. XLI. Ce plan conçu et arrêté, Verrès sort brusquement du palais prétorien, ne respirant que le crime, la fureur et la cruauté. Il arrive au forum. Les capitaines sont mandés ; comme ils ne craignaient rien, ne soupçonnaient rien, tous viennent avec empressement. Ces malheureux, tout innocens qu’ils sont, se voient, d’après son ordre, chargés de fers. Ils réclament la justice du préteur (73) ; ils demandent ce qu’ils ont fait pour être ainsi traités. ”
“ Je consens volontiers que les appariteurs, les licteurs, les messagers, jouissent du même privilège. Occupez-vous sérieusement de tout ce qui intéresse la réputation du préteur. Il recommande Verrès au zèle d’Apronius ; il l’exhorte à le soutenir contre ses ennemis. Votre réputation, Verrès, n’a rien à craindre avec l’activité et la haute influence d’Apronius. Vous avez du courage et de l’éloquence. Quel brillant et magnifique éloge Timarchide fait d’Apronius ! Qui pourrait, selon moi, ne pas estimer Apronius, lorsque Timarchide lui accorde un si haut suffrage ? Vous êtes en fonds pour agir. ”
“ Déjà plus d’une fois une foule de Siciliens et de citoyens romains l’avaient vu dans cet accoutrement. Quand la flotte eut un peu gagné la haute mer, elle vint, le cinquième jour, relâcher à Pachynum (63) . Les matelots mouraient de faim : des palmiers sauvages croissent en abondance en cet endroit, comme dans presque toute la Sicile : ces malheureux en arrachèrent les racines pour soutenir leur existence. Cléomène, qui croyait devoir représenter Verrès par son luxe et par son immoralité, aussi bien que par l’autorité dont il était revêtu, fit comme lui dresser une tente sur le rivage ”
Cicéron,
Discours choisis
(1863)
“ Car Messine, d'ailleurs si remarquable par sa situation, ses murailles et son port, est dépourvue de ces curiosité qui font les délices de Verrès. Il y avait chez Héjus une chapelle, monument antique et respectable qu'il avait hérité de ses pères. On y voyait quatre statues d'un travail exquis, et d'une beauté capable de ravir, je ne dis pas seulement Verrès, cet homme intelligent, cet habile connaisseur, mais encore chacun de nous qu'il traite de bonnes gens et d'hommes sans goût. ”
“ Il semble impossible, juges, de rien ajouter à tant de scélératesse, de démence, de cruauté, et l’on a raison de le croire ; car, si l’on veut comparer Verrès à tous les autres scélérats, combien il les a tous laissés loin derrière lui ! Mais c’est avec lui-même qu’il dispute de crimes : toujours il s’étudie à surpasser son dernier forfait par un nouvel attentat. Je vous ai dit que Cléomène avait fait excepter de la condamnation Phalargue de Centorbe, parce qu’il montait avec lui le vaisseau amiral. ”
“ C’est au milieu d’une telle société que vivait son fils, déjà dans l’âge des passions, sans doute afin que, si la nature l’avait formé sur un autre modèle que son père, l’habitude et l’éducation le forçassent à lui ressembler. Là aussi fut introduite la courtisane Tertia, que Verrès avait enlevée adroitement à un musicien de Rhodes. Il paraît qu’elle causa dans le camp les plus grands troubles. C’était pour l’épouse du Syracusain Cléomène et pour celle d’Eschrion (19) , toutes deux nobles et de bonne maison, un cruel sujet de dépit de voir la fille du mime Isidore admise dans leur société. ”
“ Toutes ces statues de Praxitèle, de Myron, de Polyclète, ont été vendues à Verrès six mille cinq cents sesterces (15) . Oui, lisez les registres d’Heius. Registres d’Heius. J’aime à voir ces fameux artistes que les connaisseurs élèvent jusqu’au ciel, rabaissés à ce point par l’estimation de Verrès. Un Cupidon de Praxitèle, seize cents sesterces (16) . Assurément c’est de là qu’est venu ce proverbe : J’aime mieux acheter que demander. ”
Cicéron,
Discours choisis
(1863)
“ Pour moi, je considère les autres crimes et les autres injustices de Verrès comme dignes d'être punis par le blâme ; mais à ce dernier trait surtout mon coeur est saisi de douleur et d'indignation, rien ne me paraît si atroce et moins supportable. Les monuments du grand Africain serviront à décorer la maison de Verrès, maison de débauche, d'opprobre et d'infamie 1 Les trophées du plus religieux et du plus sage des Romains, la statue de la chaste Diane, seront placés par Verrès dans ce repaire d'hommes perdus et de femmes débontées ! ”
“ Quel objet pourra désormais être sacré pour Verrès, et lui paraître digne de respect, lui à qui un pareil attentat n’inspire aucun remords, qui se présente devant la justice sans avoir, comme tous les accusés, la ressource d’invoquer le très-bon, le très-grand Jupiter, et d’implorer son assistance ”
“ J’ai adopté le sens de Binet, suivi par M. V. Le Clerc. (131) . Des deniers de son pupille Malleolus. Asconius prétend que l’esclave Chrysogon, dont il est ici question, appartenait à Verrès, et non pas à Malleolus. Les modernes l’ont entendu tout autrement. ”
“ Alors ils déclarent au préteur qu’ils avaient cru, sur des ouï-dire, que les coupes de Pamphile avaient quelque valeur, mais que c’étaient deux misérables pièces indignes de figurer parmi la vaisselle de Verrès. Le préteur prononce qu’il est du même avis. En conséquence, Pamphile emporte ses vases, tout parfaits qu’ils sont. Pour moi, je l’avoue, bien que jusqu’alors j’eusse regardé comme un faible mérite d’être connaisseur en bagatelles de ce genre, je ne concevais pas qu’un pareil goût pût se rencontrer dans un être que je savais d’ailleurs n’avoir rien qui ressemblât à un homme. ”
“ Oui, juges, sachez qu’Apronius, un homme né dans la fange, élevé pour l’infamie, agent de toutes les débauches et de toutes les turpitudes de Verrès, a retenu pendant deux jours un chevalier romain sans abri et sans nourriture ; pendant deux jours, aux yeux de tous les Léontins, au milieu de la place publique, Matrinius, arrêté, gardé à vue par les satellites d’Apronius, n’a recouvré sa liberté qu’après avoir souscrit aux conditions que ce misérable lui avait imposées. ”
“ Mais comment les tuteurs pourraient-ils, au nom de leur pupille, donner au préteur une somme considérable ? Quel moyen de la faire entrer dans leurs comptes et de se mettre à l’abri de toute poursuite ? ils n’en voyaient aucun. Ils ne pouvaient d’ailleurs imaginer qu’il serait assez malhonnête homme pour porter les choses aussi loin. Malgré les sollicitations qu’on leur fit, ils ne se prêtèrent à aucun accommodement. Verrès ne consulta plus que celui qu’il voulait gratifier de la succession. ”
“ C’est, répond-il, pour a voir livré la flotte aux pirates. Le peuple se récrie, et s’étonne que Verrès soit assez impudent, assez audacieux, pour attribuer à autrui un désastre dont son avarice était la seule cause ; que, soupçonné lui-même d’être l’associé des brigands, il accuse les autres d’être leur complice ; enfin qu’il ne s’avise de cette accusation que quinze jours après la destruction de la flotte. Cependant tous les yeux cherchaient Cléomène, non pas que cet homme, de quelque manière qu’il se fût comporté, parût mériter qu’on le punît ”
Cicéron,
Discours choisis
(1863)
“ Et Verrès se saisira de tout ce qu'il y a de plus beau, en quelque lieu qu'il le trouve 1 Il sera le seul qui possédera des choses rares ! Sa maison absorbera les richesses de tant de maisons ! C. Claudius a-t-il tout rendu à Héjus, afin que Verrès pût lui tout enlever ? Mais ce Cupidon ne demandait pas une maison prostituée au plaisir, ni des leçons de débauches ; il se plaisait dans cette chapelle héréditaire. Il n'ignorait pas que les ancêtres d'Héjus le lui avaient laissé avec d'autres monuments de leur religion ; il ne cherchait pas, pour être honoré, l'héritier d'une courtisane. ”
“ Tous, animés du même sentiment, tous s’exprimant dans le même sens, avec la même indignation, se rendent en masse à la maison où logeait Verrès : ils en assaillent la porte à coups de pierres ; ils la forcent avec des leviers, ils l’entourent de bois et de sarments ”
“ IX. Oui, je vous fais grâce de tous ces détails : aussi bien je prévois ce que m’opposera Hortensius. Il avouera que ni la vieillesse du père, ni l’âge tendre du fils, ni les larmes de l’un et de l’autre, n’ont prévalu dans l’esprit de Verrès sur l’intérêt et le salut de sa province. Il dira que, sans la terreur et la sévérité, il est impossible de gouverner ; il demandera pourquoi les faisceaux sont portés devant les préteurs, pourquoi on leur a donné des haches, pourquoi l’on a bâti des prisons, pourquoi nos ancêtres ont décerné tant de supplices contre les coupables ? ”
