“ Chanson chantée à un banquet d'anciens internes de l'Antiquaille, au café Casali. La vérole vient de l'amour, Comme l'ivresse vient de boire ; Du moins on le croyait un jour, Aux premiers temps de notre histoire. Depuis l'on sait qu'une nourrice Peut tout autant que Cupidon, Quand le virus a le caprice De mettre un poste au mamelon. Et maintenant, sur ma parole, C'est effrayant De voir comment Bis Vient la vérole. Elle est souvent héréditaire, Alors on ne sait jamais bien Si c'est du père ou de la mère, Ou bien d'un autre qu'elle vient. Car sachons, enfants d'Hippocrate ! ”
Vérole
Définition et enjeux
La vérole désigne historiquement une maladie infectieuse, souvent confondue avec la variole ou la syphilis, dont les symptômes et les soins ont alimenté des débats médicaux. Voltaire la présente comme une « dépuration du sang », tandis que J. Mahé la qualifie de « poison à perpétuité ».
Diderot et ses contemporains en débattent dans des textes mêlant science et poésie, illustrant des perspectives diverses entre l’inoculation, les mesures d’hygiène préventive ou la précision diagnostique. Les réflexions de ces auteurs soulignent l’importance de la médecine préventive, liée à des thèmes tels que la contagion et la vaccination.
Citations sur “vérole”
Voltaire,
Correspondance, I (1711-1735)
“ La petite vérole, par elle-même, dépouillée de toute circonstance étrangère, n’est qu’une dépuration du sang favorable à la nature, et qui, en nettoyant le corps de ce qu’il a d’impur, lui prépare une santé vigoureuse. Qu’une telle petite vérole soit traitée ou non avec des cordiaux, qu’on purge ou qu’on ne purge point, on en guérit sûrement. ”
Voltaire,
DE LA MORT DE LOUIS XV, ET DE LA FATALITÉ…
“ Sa remarque fut négligée ; bientôt cette maladie se déclara, et le roi mourut. Il est à croire qu’il n’avait eu, cinquante ans auparavant, qu’une petite vérole volante, qui n’est pas la petite vérole proprement dite : car le nombre des maladies qui affligent le genre humain est si énorme que nous manquons de termes pour les exprimer. Il en est des maux du corps comme de ceux de l’âme : point de langue qui peigne par la parole toutes ces tristes nuances. Mais il résulte de cet exemple que la petite vérole tue, et que l’inoculation sauve. ”
Jules Roger, Voltaire malade : étude historique et médicale (1883)
“ Mon cher ange, si madame la maréchale de Duras, qui a l'air si résolu, avait fait comme Mme de Montaigu et comme la feue reine d'Angleterre ; si elle avait donné bravement la petite vérole à ses enfants, vous ne pleureriez pas aujourd'hui Madame la duchesse d'Aumont. Il y a trente ans que j'ai crié qu'on pouvait sauver la dixième partie de la nation. Il y a des gens qui, frappés de la mort des personnes considérables enlevées à la fleur de leur âge par la petite vérole, disent : Mais vraiment, il faudrait essayer l'inoculation. ”
J Mahé, Manuel pratique d'hygiène navale… (1874)
“ Car nul ne peut se llatter d'être guéri de la vérole pour toujours et surtout de ne pas la communiquer à sa femme et à ses enfants, quelle que soit l'énergie du traitement qu'on fasse, et quel que soit le temps écoulé depuis les derniers accidents jusqu'au mamariage. Car la vérole est un poison, non à temps, mais à vie, mais à perpétuité. ”
Jean-Baptiste Rast, Correspondante inédite de Albert de Haller… (1856)
“ On ne craint pas assez la petite vérole pour les adopter dans une maladie où la plus grande partie des malades échappe. Je ne suis pas également convaincu que l'inoculation répande la petite vérole, l'espèce qu'elle donne étant beaucoup moins putride que celle que donne la nature. ”
Charles Anglada, Étude sur les maladies éteintes et les maladies nouvelles
“ Il n’est pas douteux que la petite vérole ne soit une maladie nouvelle, c’est-à-dire inconnue aux médecins de l’antiquité grecque et romaine. C’est en vain que quelques auteurs ont prétendu que les anthrax, les épinyctides et autres éruptions semblables de la peau étaient la petite vérole de notre temps. ”
Jean Michel Seguy, Annotations sur le diagnostic et les noms de la vérolette… (1803)
“ Si les signes propres de la vérolette la distinguent de la petite vérole , de même ceux de la petite vérole , distinguent aussi réciproquement cette maladie de la vérolette par les mêmes raisons. Il n'est pas moins important de bien distinguer la rougeole que la vérolette de la petite vérole ; car sans un jugement bien sûr , l'erreur dans le diagnostic aurait des effets tout aussi funestes que ceux qui proviennent du faux jugement dans les différences de là vérolette et de la petite vérole. ”
Henry George,
Précis de l'histoire de la petite vérole…
(1853)
“ Il est à regretter que la petite vérole ne se puisse classer parmi ces maladies dont la virulence semble s'adoucir avec le temps. Quelquefois elle paraît passer sur nos têtes et nous atteindre à peine ; à d'autres époques incertaines, elle revient comme le fléau le plus formidable qui afflige l'espèce humaine. Le docteur Jenner a laissé le récit d'une variole épidémique qui régna dans le Glocestershire, en 1791. ”
Charles-Louis Philippe,
Bubu de Montparnasse
“ Il eut ensuite une idée de vérole ! Eh ! s’il n’avait pas la vérole ! s’il n’avait pas la vérole ! Alors il lui sembla que ce serait retrancher quelque chose à sa gloire. Il marchait avec tant de passion que ses jambes semblaient soulevées. S’il n’avait pas la vérole, il était grand temps de l’avoir. ”
Charles-Louis Philippe,
Bubu de Montparnasse
“ J’ai vu passer les femmes qui ont dix-huit mois de vérole et qui pleurent. Elles mettent leur tête sous leur bras et pleurent en disant : « Jamais je ne guérirai. » Les médecins les consolent en éclatant de rire. J’ai vu passer les vieilles. Comme des bêtes elles écartent les jambes. Elles sont un pauvre gibier que l’on blesse et qui se laisse faire sans une plainte, ayant l’habitude des blessures. ”
François Rozier,
Cours d’agriculture
“ En général, il paroît que le sang étoit beaucoup enflammé. Si un enfant fût mort à la même époque d’une maladie, & avec les mêmes symptômes, on auroit jugé qu’il étoit mort d’une petite vérole rentrée. La ressemblance du claveau avec la petite vérole des hommes est frappante, soit qu’on l’examine dans ses commencemens & dans ses progrès, soit dans les effets & dans les suites ; on a même vu plusieurs brebis dont la peau de la tête, sur-tout près des lèvres, restoit gravée & couturée comme le visage d’un homme qui a eu la petite vérole la plus maligne. ”
Sauveur-François Morand,
Opuscules de chirurgie , par M. Morand…
(1768-1772)
“ Les femmes grosses attaquées de la vérole doivent être traitées avec ménagement pour les doses des frictions, sauf à en donner plus long-tems. On peut sans risque les baigner. Il y a quelques maladies symptomatiques de la vérole, qui résistent quelquefois au traitement mercuriel, quoique la vérole soit guérie ; sçavoir : les glandes gonflées dans les aînes, sur lesquelles il est bon de s'informer du malade s'il n'en avoit point avant de contrarier la vérole ; car il y a des personnes qui en ont presque toute la vie. ”
Jean-Baptiste Rast, Correspondante inédite de Albert de Haller… (1856)
“ C'est un ouvrage bien volumineux, mais c'est celui qui me convient le mieux parce qu'il ne me demande que de la lecture et que l'essentiel a été préparé dans les 40 années qui précèdent l'édition : j'ai 0.000 extraits de livres que j'ai faits moi-même dans le courant de ces années. La petite vérole fait ici des ravages. Une jeune dame de condition est morle le 29e jour de l'éruption d'une petite vérole confluente ; un jeune gentilhomme, de l'inoculation qui ne laisse pas que d'avoir ses partisans. ”
Henry George,
Précis de l'histoire de la petite vérole…
(1853)
“ « Cette maladie peut passer à travers le corps humain avec tous les degrés de douceur ou de sévérité. » Dans une notice (ou mémoire) communiquée par Jenner à la Société de médecine et de chirurgie, il rapporte le cas d'une dame qui, peu de jours avant ses couches, rencontra une personne d'un aspect dégoûtant, ayant le visage couvert de petite vérole. ”
Henry George,
Précis de l'histoire de la petite vérole…
(1853)
“ « De petites taches marquent la peau, les yeux sont tendus, et le feu sacré consume les membres, » ne peuvent, en aucune manière, s'entendre de la peste ou de l'érysipèle. Le terme feu sacré se trouve aussi dans beaucoup de vieilles chroniques du XIe et du XIIe siècle, appliqué à la description de la petite vérole. « Le peuple mourait misérablement, leurs membres étant brûlés par un feu sacré qui les rendait noirs. » Telles sont, en partie, les preuves qui ont servi à soutenir l'opinion que « la petite vérole est une maladie très ancienne dans le monde (p. 17) . » ”
Henry George,
Précis de l'histoire de la petite vérole…
(1853)
“ Ne peut-on raisonnablement conjecturer que la source de la petite vérole est une matière morbide d'une nature particulière, engendrée par une maladie du cheval, et que des circonstances accidentelles peuvent s'être maintes fois, reproduites, effectuant de nouveaux changements dans ce virus, jusqu'à ce qu'il ait acquis la forme contagieuse et maligne sous laquelle nous le voyons ordinairement exercer parmi nous ses ravages? ”
J Mahé, Manuel pratique d'hygiène navale… (1874)
“ Que devient l'homme de mer accablé par ces fléaux, ou seulement, par un seul, car la mort arriverait avant qu'un seul homme puisse les supporter tous ensemble? S'il se trouve aux colonies, dans des lointaines stations des climats chauds, malheur à lui! Nous le plaignons. Car la vérole est encore bien plus féroce dans ces pays que dans le nôtre. De plus l'anémie affaiblit si vite le vérolé qu'il devient très-difficile de lui faire un bon traitement qu'il ne pourrait supporter sans risquer de périr. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Vous ne voulez pas apparemment qu’il reste beaucoup de ces animaux-là sur terre : car, sans compter les dangers auxquels vous les exposez, vous avez si bien fait votre compte qu’un jour la petite vérole emportera tous les ans régulièrement la dixième partie de cette espèce, et que la sœur de cette petite vérole empoisonnera la source de la vie dans les neuf parties qui resteront ”
J Mahé, Manuel pratique d'hygiène navale… (1874)
“ Alors si le malheureux vérolé n'est pas soumis à un traitement très-énergique et continué pendant longtemps, quelquefois même malgré cela, alors le mal fait encore des progrès. Comme un clou qui s'enfonce dans les chairs à mesure qu'on frapperait dessus, le venin subtil et perfide de la vérole pénètre de la surface du corps jusqu'au fond des organes. ”
Henry George,
Précis de l'histoire de la petite vérole…
(1853)
“ Quand on considère l'intime connexion qui existe entré la surface et les parties internes du corps humain, et que les fonctions vitales sont souvent altérées et même détruites par des lésions et des maladies en apparence légères de cette surface, on n'est pas surpris que, dans les cas de petite vérole confluente, le dérangement de tout le système prenne très souvent un caractère fort dangereux et fort difficile à traiter. ”
Henry George,
Précis de l'histoire de la petite vérole…
(1853)
“ De telles relations sont certainement douloureuses, mais c'est un devoir pour nous de les donner; et, pour compléter l'affreux tableau, il ne faut qu'être familiarisé avec les souffrances et l'aspect dégoûtant d'une personne en qui la petite vérole confluente est arrivée à son plus haut période. Ceux dont les études et les recherches se sont dirigées vers ces matières, soit par curiosité, soit par devoir, seront surpris de la mortalité causée encore aujourd'hui par la petite vérole. Dans la seule ville de Londres elle fait périr annuellement plus d'un millier de personnes. ”
Charles Nodier,
Thérèse Aubert
(1819)
“ Je ne lui vis pas d’yeux, mais je n’avais jamais remarqué les effets de la petite vérole, et je ne m’en formais qu’une idée vague. — C’est un accident commun, lui dis-je, qui ne dure qu’autant que la maladie et qui ne doit pas t’effrayer. ”
Henry George,
Précis de l'histoire de la petite vérole…
(1853)
“ TRAITEMENT DE LA PETITE VÉROLE. 61 modernes publiées sur la variole. Dans son Histoire de la petite vérole, M. Moore conclut ainsi un chapitre sur le traitement, général et local suivi par les anciens clans les cas de variole. « Chose étrange, que presque chaque effort tenté par ces gavants hommes pour faire le bien, n'a produit que du mal! Il fallut des siècles pour que la pratique s'établît d'abandonner les pustules à elles-mêmes. Car ne plus rien faire est souvent le dernier progrès de la médecine. » ”
Jean Baptiste Debourge, Le livre des jeunes mères, ou Les mille et un conseils sur la manière d'élever les enfants (1861)
“ La petite vérole se trouvant, de sa nature, une des maladies les plus éminemment et les plus instantanément contagieuses de toutes celles qui affligent l'humanité, le virus de cette si meurtrière affection ayant le funeste privilége de conserver intacte, et pendant bien des années, toute sa maligne activité, on ne saurait trop prendre de précautions afin de se soustraire à sa délétère influence. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Voici quels sont à peu près les points de la question, qu’on peut regarder comme bien éclaircis : 1o La petite vérole naturelle attaque l’homme à tous les âges, et il est très-rare d’y échapper dans une longue carrière. 2o La petite vérole naturelle est beaucoup plus dangereuse que l’inoculation ; et les progrès que la médecine a faits en cinquante ans dans l’art d’inoculer sans danger sont plus certains et plus grands, à proportion, que ceux qu’elle a pu faire dans l’art de traiter la petite vérole naturelle. 3o Il est très-rare, pour le moins, d’avoir deux fois la petite vérole naturelle ”
Jean Michel Seguy, Annotations sur le diagnostic et les noms de la vérolette… (1803)
“ Les erreurs de nom entraînant celle des choses, il en résulte qu'on a beau prévenir bien des gens, que la vérolette ne garantit pas de la petite vérole, c'est toujours une petite vérole, répondent-ils, égarés sur la nature de la maladie, par l'impropriété du nom employé pour la désigner ”
Jean-Jacques Leroux, Cours sur les généralités de la médecine pratique et sur la philosophie de la médecine… (1825-1826)
“ Si pendant le travail de la suppuration le malade tombe dans le coma, s'il y a de la carphologie, des mouvemens convulsifs, sa fin est très-prochaine. 161. Je pourrais multiplier les signes d'une petite vérole que j'appelle maligne; mais je crois en avoir dit assez pour vous guider dans le prognostic que vous aurez à porter. 162. La petite vérole peut être inoculée naturellement d'un individu à un autre pendant ses quatre périodes; mais il est de remarque que c'est au moment de la suppuration et de la dessiccation que l'on est plus exposé à contracter la maladie. ”
Jean-Jacques Leroux, Cours sur les généralités de la médecine pratique et sur la philosophie de la médecine… (1825-1826)
“ La petite vérole, ou la variole, ou trivialement la picote, est une maladie éruptive aiguë essentiellement contagieuse et épidémique. Jusqu'à la découverte de la vaccine, on pouvait dire avec La Condamine qu'il n'y avait à l'abri de la petite vérole que ceux qui ne vivaient pas assez long-temps pour la contracter. ”
André Lebel, Vade-mecum des jeunes gens, ou Guide pratique des maladies syphilitiques…
“ Le chancre induré, soivrce-de la vérole, peut toujours être prévenu. Pourquoi ne ferait-on pas pour le virus de la vérole ce que l'on fait chaque jour pour le virus de la rage ? Etrange aberration ! Vous cautérisez vite dans une maladie heureusement rare, et vous ne faites rien pour une maladie si répandue si souvent funeste ! ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ Si j’avois actuellement la petite vérole, dira quelqu’un, je conviens qu’il n’y auroit que six contre un à parier pour ma vie ; mais j’espere être du nombre de ceux qui ne l’ont jamais, & cette espérance diminue beaucoup le danger que je cours. Oui, répond M. de la Condamine, l’espérance de n’avoir jamais la petite vérole diminue le danger dont vous êtes menacé ; mais de si peu de chose que le risque d’en mourir un jour, vous qui jouissez d’une pleine santé, differe très-peu du risque du malade chez qui la petite vérole vient de se déclarer. ”
Joseph Juglar, Histoire analytique de la variole… (1802)
“ Cette maladie, connue aussi sous le nom de vérolette, de petite vérole volante, de fausse petite vérole, etc. se distingue d'abord de la vraie variole par l'absence des symptômes précurseurs : la fièvre commence ordinairement sans frisson : la chaleur qui suit est peu Considérable, et ne dure que douze ou vingt-quatre heures , tout-au-plus quarante heures : l'éruption se fait quelquefois sans qu'on s'en apperçoive, au premier ou au second jour, rarement au troisième. ”
Henry George,
Précis de l'histoire de la petite vérole…
(1853)
“ On le transporta à la maison des pauvres de Kensington. Je le vis là, le 21, pour la première fois. Il avait la figure fort enflée, et couverte d'une éruption de petite vérole confluente, ainsi que le reste du corps, excepté l'abdomen; les pustules étaient innombrables, et de larges et livides portions de la peau excoriée, se voyaient çà et là. Tel était l'état général du malade. Le ventre était libre-, l'urine abondante; l'esprit calme; pouls 110; la gorge très douloureuse, et la déglutition très difficile. ”
Adrien Proust,
Douze conférences d'hygiène : rédigées conformément au plan d'études du 12 août 1890…
(1895)
“ La variole ou petite vérole est l'une des plus contagieuses et des plus graves des fièvres éruptives; elle a été, pendant de longs siècles, une des plus grandes calamités pour l'espèce humaine et ça été le triomphe de la médecine prophylactique de trouver un moyen sûr et commode de se mettre à l'abri de cette maladie. ”
Arsène V Bonnière, Traité complet des maladies contagieuses des organes génito-urinaires de l'homme et de la femme… (1866)
“ C'est dans l'intervalle qui sépare l'emploi du mercure de l'apparition retardée des accidents spéciaux de la vérole, qu'il importe de prémunir le malade contre des dehors qui pourraient lui inspirer une sécurité fâcheuse. ”
