“ ECZÉMA Dans cette chère enfant quelle candeur charmante ! Et pourtant, mon Acné, je vais te houspiller. Tu médis des puissants ; à ton âge, briller Par sa seule beauté, c'est la loi naturelle. Mais, petite, plus tard, lorsque tu seras vieille, Tu pourras regretter d'avoir légèrement Envisagé les faits. Réfléchis mûrement A mes sages avis. Va, crois-en ta maîtresse, Cela ne gâte rien, un bon rang de noblesse. La diathèse, Acné, c'est ce que nos aïeux Ont de plus raffiné, de plus sublime en eux! C'est, dans un jeune sang, l'ineffaçable trace Du glorieux passé de toute notre race ”
Résumé
Citations de Le Parnasse hippocratique, recueil de poésies fantaisistes tirées de différents auteurs plus ou moins drolatiques… ()
“ Flatté d'avoir les mêmes traits, En ressent une joie occulte, Et, rajeuni par tant d'attraits, S'approche encore un peu plus près De la beauté qui le consulte. « Poursuivez ce récit, dit-il, Car votre affaire m'intéresse. — Ah ! monsieur, qu'il était subtil Que l'amour inspire d'adresse! Ses yeux sur mes faibles attraits. Se promenaient avec ivresse... » Le docteur, qu'un même feu presse, N'a pas des regards plus discrets. « Ce n'est pas tout, sa main hardie Saisit la mienne au même instant. » Vous sentez, sans que je le die, Que le docteur en fit autant. ”
“ C'est là le tiers qu'a toujours eu l'hymen Mais quelle femme avait le bon humain ! Combien de fois regretta-t-il sa côte? La belle était aigre, hargneuse, haute ; Pour son bonhomme elle avait trop d'appas; C'était un sot qui ne la valait pas. Jamais époux a-t-il valu sa femme ? Las à la fin des mépris de la dame, Au créateur il fut conter le tout. « Seigneur, lui dit le pauvre époux à bout, Rends-moi ma côte et reprends ta femelle, Ou fais exprès un paradis pour elle. » Anges sous cape en sourirent entre eux : On rit toujours d'un époux malheureux. Le Seigneur, seul, eut pitié de sa peine. ”
“ Qui donc a plus que moi soutenu vos drapeaux ? Qui s'illustra jamais par de plus grands travaux ? Et si, comme autrefois dans le camp des Atrides, La déroute se mit au camp des Syphilides, N'est-ce pas par mes soins ? IODURE DE POTASSIUM Dans quel étrange émoi Te voilà, pauvre ami ! Allons donc ! Calme-toi ! J'aperçois l'étendard de notre souveraine ; Le tambour bat aux champs. UN PAGE Seigneurs, voici la reine ! SCÈNE V LES MÊMES, LA REINE FROTTE, SA SUITE, AXONGE, PUIS SULFUR LA REINE FROTTE Salut à messeigneurs ! Où mon futur époux A-t-il porté ses pas ! Turbith, le savez-vous ? ”
“ Pauvres époux d'une moitié rebelle, Votre malheur n'est pas chose nouvelle ; Et l'art de faire enrager un mari N'est pas un art inventé d'aujourd'hui. C'est un secret aussi vieux que les hommes, Perpétué jusqu'au siècle où nous sommes, Mais où le diable et l'esprit féminin Ont à présent mis la dernière main. Qu'ainsi ne soit : Adam, notre bon père, Fut comme vous dans la même misère ; Hors qu'à présent on peut, chez ses voisins, S'aller parfois venger de ses chagrins. Le pauvre Adam fut bien plus misérable ”
“ Les godets sauteront sous l'effort d'une mine ; Sublimé par la brèche entre, et moi j'extermine Dans Bulbe, Sycosis, dégoûtante moitié De l'arrogant Favus ! Pour eux point de pitié, Tout à feu ! tout à sang ! L'heure de la vengeance A sonné ! Détruisons cette fétide engeance. Puis après, si, toujours brûlé des mêmes feux Qu'en votre coeur aimant allumèrent mes yeux, Vous voulez enchaîner votre vie à la mienne, J'y consens. — Holà ! hé ! que quelqu'un vienne. J'ai besoin de repos, Sulfur, et je m'en vais Vider avec Cinabre un flacon de xérès. ”
“ « Un pareil abcès Depuis quatre jours me tourmente ; Vous seriez ingrate et méchante, Si vous me refusiez le bien Que vous avez par mon moyen : Alix, j'ai besoin de votre aide. Puisque vous portez le remède Qui, sans faute, peut me guérir, Eh quoi ! me verrez-vous mourir, Après que je vous ai guérie ! — Non, dit Alix, non sur ma vie, Je ferais un trop grand péché : Tel crime... Allons donc, je vous prie, Guérissez-vous, frère Pascal ; Approchez vite votre mal. » A ces mots, don Pascal la jette Sans marchander sur sa couchette, L'étend bravement sur le dos, Il l'embrasse. ”
“ C'est que votre clef n'est pas faite Pour s'adapter juste à son joint; Un artiste expert en apprête Une qui va de point en point ; Aussitôt la chose est facile ; En la remontant tous les jours D'une main ferme, adroite, habile, On aura sûrement l'heure exacte toujours... Si vous demeuriez incrédule, Je saurais prouver promptement Que, pour femme, montre ou pendule, Le tout est de savoir donner le mouvement... O vous, esprits profonds qui lirez cette histoire, Vous me croirez si vous voulez, Mais cette femme, c'est notoire, Chaque an à son mari fit voir de nouveaux nez. ”
“ Au plus ragot, au plus grec des malades, Rien ne coûtaient. Par avis de parents, Pour endormir le vieillard colérique, On eut recours au docte spécifique De Mercuro Bol-Asinos, Jeune docteur qui, par son art magique, Tenait alors le ciseau d'Atropos. Le docteur entre, en perruque carrée, D'un air distrait caresse son jabot ; Sur une enfant pas par trop déchirée Jette un coup d'oeil, puis vient à l'ostrogot, Tâte son pouls, lui fait tirer la langue, En jolis riens lui fait, une harangue, Et puis après avoir vanté son nom, Finit enfin par ordonner l'opium. ”
“ C'est très vainement qu'à sa femme L'époux fait et refait souvent Le saint devoir qu'elle réclame, Il n'en peut avoir un enfant. Il s'en afflige, et fête et prie Tous les saints de la Germanie. Les vieux parents s'en désolaient, Et juraient même qu'ils feraient Pèlerinage en Italie, Si leur nièce grosse ils voyaient. Voeux superflus : dans leur colère Au pauvre époux ils s'en prenaient Et très souvent lui reprochaient D'ignorer ce qu'il fallait faire : Tant fut ce mot dit et redit, Qu'outré d'orgueil et de dépit, Un jour le pauvre époux saisit De sa femme la chambrière ”
“ Le médecin auquel on eut recours, Fut ce docteur, fameux dans l'art où l'on devine Sans s'amuser en vains discours : Du malade, dit-il, que l'on garde l'urine, Et demain nous verrons. Ainsi dit, ainsi fait. Le lendemain Alix, d'un naturel distrait Met en oubli les ordres de la veille Et par esprit de propreté Son premier soin, sitôt qu'elle s'éveille, Fut de jeter cette eau, de rincer la bouteille, Enchaînant sur ses pas, la vie et la santé. Arrive le docteur d'un air de gravité Il demande l'urine. Alix est bien surprise Et reconnaît mais trop tard sa sottise Que faire hélas ! ”
“ Comme il tendait le bras au médecin de province Qu'on venait de faire appeler, « Ne tremblez pas, lui dit le prince, — Moi, monseigneur ? c'est à vous à trembler. » AGNIEL. LE RÉGIME. Le lit, la diète, et sévère abstinence D'oeuvres de chair nargueront Atropos. D'un médecin telle était l'ordonnance A son malade épuisé de repos. Que fait notre homme? abreuvant la maxime D'un bon vin vieux, d'abord il se ranime, Mange en poète et sent du reconfort, Court chez sa belle, où mainte fois s'escrime, Revient au lit, où le trouvant plus fort : « Continuez, dit Purgon, mon régime. » ”
“ Contre l'opium de tout temps déchaîné, Saigne du nez ; mais plus il en murmure, Plus après lui son fils est acharné : Déjà trois fois la coupe salutaire A chancelé dans sa tremblante main ; Déjà trois fois sa bouche sur le verre S'est imprimée et recule soudain. — Monsieur, dit-il, souffrez que je diffère; Bien crois l'opium salutaire et divin Contre mon mal, mais je connais un homme Qui, sans savoir le grec ni le latin, A néanmoins un remède certain ; Et si ce soir je ne dors pas un somme, J'aurai recours à vous demain matin. ”
“ Dans Florence jadis vivait un médecin, Savant hâbleur, dit-on, et célèbre assassin. Lui seul y fit longtemps la publique misère : Là, le fils orphelin lui redemande un père ; Ici, le frère pleure un frère empoisonné. L'un meurt vide de sang, l'autre plein de séné ; Le rhume à son aspect se change en pleurésie, Et par lui la migraine est bientôt frénésie. Il quitte enfin la ville en tous lieux détesté. De tous ses amis morts, un seul ami resté, Le mène à sa maison de superbe structure ; C'était un riche abbé, fou de l'architecture. Le médecin d'abord semble né dans cet art ”
“ Partout ce ne sont plus que des restes flétris, Et des poils arrachés les funèbres débris Jonchent le sol noirci, comme on voit sous l'orage Se courber les épis dans les champs qu'il ravage ! En vain Tricophyton veut arrêter Sulfur: Il voit à ses côtés Microsporon Furfur Tomber assassiné. Dans cet instant suprême, Accablé par le nombre, il est blessé lui-même, Cinabre le saisit; on le charge de fers... Reine, tout est perdu ! vous savez nos revers ! ECZÉMA Ah ! j'ai donc le secret de ma noire tristesse, Du dévorant ennui qui me rongeait sans cesse ! ”
“ Occuper votre esprit. — Apportez des flambeaux ! Aux torches de l'hymen, que ce bûcher s'allume ! Aux parasites, mort ! et que leur cendre fume En l'honneur de saint Louis ! Gloire à notre patron ! La victoire est à nous ! Mort au microsporon ! CHOEUR DES SOLDATS (Reprise) . Gloire à Sulfur ! Honneur à sa vaillance ! Célébrons tous ses exploits par nos chants ! Qu'il soit heureux ! Qu'il règne sur la France ! Couvrons son front de lauriers triomphants ! Fêtons, fêtons l'aimable souveraine Qui va régner ici sur tous les coeurs ! ”
“ Chaque enfant sans vigueur naissait Avec grand'peine on l'élevait : Rarement même on en faisait : La race était prête à s'éteindre ; Un seul enfant mâle restait. On trouve également à craindre Qu'un sang et si pur et si vieux, Si vanté dans la Germanie, Et si digne de ses aïeux, N'expire ou ne se mésallie. A sa cousine on le marie. Cet hymen qui convient si bien Pour l'honneur de la baronne, Et pour la généalogie, En physique ne valait rien. ”
“ Le sein est toujours dur et le ventre tendu. Je puis, et c'est un droit de tout temps reconnu, Je puis tâter et confesser les belles, Sur de pieuses bagatelles. Qu'on trompe un directeur ; que d'un air ingénu, On lui dise s'être abstenu De manger du fruit défendu, Nul mal de ce péché n'est jamais advenu. Mais il faut avec nous des récits plus fidèles. L'aveu le plus naïf aux médecins est dû. Parlez : depuis hier que vous ne m'avez vu, Quel régime avez-vous tenu ? Avez-vous bien soupé, bien veillé, bien couru ? Votre époux de ses droits a-t-il fait quelque usage ? ”
“ Il entraîne après lui les épais bataillons Des brosses de chiendent ; du fond de nos sillons Ils vont nous arracher. Pour hâter la défaite, Sulfur s'élance alors! Il s'est mis à la tête De soldats aguerris dont l'aveugle fureur Rend inutile, hélas ! notre antique valeur ! Au nombre nous cédons ! Le plus affreux carnage Commence autour de nous : ni le sexe, ni l'âge, Ne trouvent de merci près de lâches vainqueurs. Tout périt sous leurs coups. ”
“ La rougissante Acné, l'agaçante Eczéma, Chéloïs au front pur, Syphilis au coeur tendre, Purpura, Sycosis, Ephélis, Ecthyma Sur la peau des mortels préférés vont s'étendre. Le jour luit. Une horde envahit les dortoirs, Portant tabliers blancs avec paletots noirs : Ce sont les ennemis des virus et des lymphes. Ils vont, et devant eux marche le professeur, Comme un faune jaloux qui s'avance, grondeur, Pour troubler vos ébats, belles nymphes. ”
“ AMIDON Vous me pulvérisez ! Je provoque Erythème ; Le trépas seul pourra me sauver de moi-même ! (Il sort éperdu.) SCENE III SULFUR, SAVON-NOIR SAVON-NOIR Voici notre rapport, seigneur ! La friction Vous rend maître aujourd'hui de la position. Les postes avancés de la tranchée ouverte Vous permettront demain de consommer la perte De Crapule aux abois. SULFUR Je veux que dès ce soir Crapule soit à nous, entends-tu, Savon-Noir ? C'est assez de lenteurs ; il faut que la journée Par un succès complet soit enfin couronnée, Il ne me suffit pas d'avoir chargé de fers Le roi de ces États ”
“ Chanson chantée à un banquet d'anciens internes de l'Antiquaille, au café Casali. La vérole vient de l'amour, Comme l'ivresse vient de boire ; Du moins on le croyait un jour, Aux premiers temps de notre histoire. Depuis l'on sait qu'une nourrice Peut tout autant que Cupidon, Quand le virus a le caprice De mettre un poste au mamelon. Et maintenant, sur ma parole, C'est effrayant De voir comment Bis Vient la vérole. Elle est souvent héréditaire, Alors on ne sait jamais bien Si c'est du père ou de la mère, Ou bien d'un autre qu'elle vient. Car sachons, enfants d'Hippocrate ! ”
“ De gros spores m'ont fait des offres séduisantes, Et je me suis moqué de leurs façons galantes. Mon coeur avait parlé ; ma seule ambition C'est de m'accommoder à ma position. Je n'ai point de fierté et je suis bonne fille ; Je n'aime pas les vieux parchemins de famille. Je ne sais pas vraiment où l'on court aujourd'hui : Chacun veut à son tour qu'on s'occupe de lui ”
“ Que le rapport parfait de l'enfant aux détroits, Ne rend jamais pour lui les bassins trop étroits. Que du chef de l'enfant la plus grande étendue, Aux épaules toujours fraye une libre issue. Quand de l'enfant à terme on fait l'extraction, On attend la douleur pour chaque attraction. Des membranes craignez d'opérer la rupture, Laissez, le plus souvent, ce soin à la nature. ”
“ Dès le matin; au jour levant, On sonne à votre appartement : C'est votre doucheur vigilant Qui vous aborde en souriant, Et d'un drap mouillé, fraîchement, Vous couvre le corps promptement, Puis vous frictionne rudement, Sans trop vous êcorcher pourtant ; Vous vous recouchez grelotant, Et vous dormez à l'avenant. Le lendemain, c'est différent, Autre exercice intéressant : Dans un maillot, comme un enfant, On vous enferme artistement, De façon à rendre impuissant Toute espèce de mouvement. ”
“ OEil bleu, nez retroussé, teint frais, un vrai joyau, Un bijou digne du pinceau Et du ciseau de Micbel-Ange. La belle n'avait encor que quatorze ans, Ignorait tout, mais avait grande envie De tout savoir. Un beau jour de printemps, Où le soleil, les fleurs, tout nous convie A prendre l'air, à jouir des instants Où les fleurs s'empressent d'éclore, Rose, c'était son nom, dans un bosquet de Flore Se promenant, trouva le jardinier, Le dos courbé, s'occupant à soigner Les jeunes fleurs. ”
“ Au même instant le tuyau se déroule de lui-même. Un jet de vapeur frappe au visage Eczéma, Herpès, Acné, Pemphigus, qui tombent la face contre terre. Une vapeur sulfureuse cache pour quelques moments la scène; quand elle s'est dissipée, on aperçoit l'armée de Sulfur rangée en bataille ; un bûcher est dressé au milieu du théâtre. Des spores enchaînés, des chevaliers crapuleux couverts de blessures sont près de lui. ”
“ Un médecin, docteur vraiment habile, Pour le guérir demanda cent écus. « L'ami, dit le richard, quelle erreur est la vôtre? Il ne faut pas deux yeux pour gagner son cercueil. Moi ! vous compter cent écus pour un oeil ! A ce prix, je donnerais l'autre. » ”
“ Pauvre enfant ! le nerf vague aux mille fantaisies Donne seul à ton coeur son rythme bondissant ; Seul il rougit parfois ton visage innocent De l'éclat sans chaleur des pudeurs cramoisies. Pour le dompter, veux-tu connaître un moyen sûr ? N'épuise plus en vain les sources martiales, Mais laisse-toi conduire aux choses nuptiales. Au soleil de l'amour, ouvre tes yeux d'azur, Suis la loi ; deviens femme, et qu'en ton sein expire Dans les blancheurs du lait, la pâleur de la cire. Dr G. C. L'UROLOGIE. Un écolier d'assez joli minois Etait au lit pour maladie. ”
“ Ces mots au médecin, frappé de la puissance Des paroles et des esprits, Donnèrent à penser. Quoi ! dit-il, des écrits Auraient tant de pouvoir ? poussons l'expérience, Voyons... De ce moment il n'employa plus rien Que ce remède, et l'on s'en trouva bien. Il ordonna, pour guérir leurs contraires, Les Montesquieu, les Rousseau, les Voltaire, Les d'Alembert, les Diderot, Les Marmontel, les Saurin, les d'Arnaud, Duclos, Dorat, et Gresset et Lemierre ; D'autres encore y furent joints ; Et le docteur, bientôt, grâce à ces soins, Se vit couru de la nation entière. ”
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