“ Mais j’ai hâte d’arriver, messieurs, au service capital que la race sémitique a rendu au monde, à son œuvre propre, et, si l’on peut s’exprimer ainsi, à sa mission providentielle. Nous ne devons aux Sémites ni notre vie politique, ni notre art, ni notre poésie, ni notre philosophie, ni notre science. Que leur devons-nous ? Nous leur devons la religion. Le monde entier, si l’on excepte l’Inde, la Chine, le Japon et les peuples tout à fait sauvages, a adopté les religions sémitiques. Le monde civilisé ne compte que des juifs, des chrétiens ou des musulmans. ”
Ernest Renan
Résumé
Melanges, recueil d’essais d’Ernest Renan, explore les enjeux de la civilisation, de la religion et des cultures antiques à travers des réflexions sur la France, l’Italie, l’Égypte, la Grèce ou la Sicile. L’ouvrage, publié au XIXe siècle, interroge la contribution des races sémitiques à la religion universelle, la pérennité de la beauté grecque, ou le rôle de la philologie dans la compréhension des textes anciens.
Renan y mêle critique historique, méditations philosophiques et observations sur l’architecture ou l’art, affirmant que la civilisation progresse par une « raison lente et une science approfondie ». Ce texte, à la fois erudité et poétique, souligne l’importance de l’héritage culturel tout en questionnant l’avenir de l’Europe.
Citations de Melanges (Ernest Renan)
“ Ce qui empêche de mourir, c’est le rayon divin de la beauté, ce quelque chose de gracieux, de serein, de charmant, que la Grèce eut en partage, et que le moyen âge, si l’on excepte peut-être les troubadours provençaux de la belle époque, ne connut guère avant Dante et Pétrarque. L’inspiration religieuse au moyen âge fut admirablement grandiose ; mais l’élégance, la liberté de la vie, manquèrent ; l’art et la littérature, qui sont le reflet de la vie, ne pouvaient avoir une finesse que la société n’avait pas ; le style et le goût firent défaut presque en toute chose. ”
“ Les sentiments tendres, profonds, mélancoliques, ces rêves d’infini où toutes les puissances de l’âme se confondent, cette grande révélation du devoir qui seule donne une base solide à notre foi et à nos espérances, sont l’œuvre de notre race et de notre climat. Ici donc l’œuvre est mêlée. L’éducation morale de l’humanité n’est le mérite exclusif d’aucune race. La raison en est toute simple : la morale ne s’apprend pas plus que la poésie ; les beaux aphorismes ne font pas l’honnête homme ; chacun trouve le bien dans la hauteur de sa nature et dans l’immédiate révélation de son cœur. ”
