“ Connaissez-vous beaucoup de peuples qui ne soient nationalistes, qui ne tiennent pas à leur culture, qui ne soient prêts à la défendre farouchement, qui n’aient l’ambition de l’épanouir ? Et qu’est-ce que tout cela si ce n’est du nationalisme, à quoi l’on donne le prête-nom de patriotisme ? Patriotisme, si l’on veut, lorsque la culture, l’être même de la nation, chance des vieux peuples et des peuples forts, n’obligent nullement aux gestes défensifs. Nationalisme, si le geste défensif s’impose. ”
Nationalisme
Définition et enjeux
Le nationalisme, principe politique apparu à la fin du XVIIIe siècle, vise à légitimer l’existence d’un État-nation pour chaque peuple, défini par des traits culturels, historiques ou linguistiques partagés. Initialement opposé à la royauté, il s’est imposé en Europe au XIXe siècle, façonnant des mouvements d’indépendance ou provoquant des conflits. Des auteurs comme Charles Maurras ou Lionel Groulx ont analysé ses aspects, soulignant sa tension entre patriotisme et affirmation identitaire.
Selon Célestin Bouglé, le nationalisme peut s’accommoder de visions libérales ou autoritaires, illustrant sa richesse idéologique. Sa valeur dépend du contexte : moteur de luttes pour la souveraineté, il a aussi justifié des expansions impérialistes. Cette dualité, entre solidarité nationale et risques de division, reste au cœur des débats contemporains.
Citations sur le nationalisme
Jacques Bainville,
Les Conséquences politiques de la paix
“ Le règne d’un nationalisme inculte, propre aux démocraties qui ne connaissent qu’elles-mêmes, restreint ces circonstances favorables à notre action politique et les anciennes commodités de nos relations extérieures. ”
Ubald Paquin, Le nationalisme intellectuel
“ Le nationalisme, c’est de l’orgueil collectif. Il s’étaye sur un sentiment de fierté nationale qui pousse à la conquête de la gloire. C’est en cultivant notre nationalisme que nous atteindrons la plénitude de notre valeur. ”
“ Pour la défense de notre nationalisme, défense non superflue devant ces Français qui n’admettent de légitime nationalisme que le leur, — comme tous les grands peuples du reste, et comme tous les peuples impérialistes ―, je m’emploie à démontrer les fondements historiques et juridiques de ce qui n’est, en définitive, que notre vouloir-vivre. ”
Jehan d' Ivray, L'Égypte éternelle (1921)
“ Un jour, on est venu lui dire que ce pays était menacé, on a éveillé en lui l’idée de patrie, et voici qu’une pensée nouvelle a germé sous ce front paisible. Ce qui pour les hommes turbulents des villes s’appelait nationalisme est devenu, chez ces simples, le patriotisme le plus pur. ”
Célestin Bouglé,
Ligue des droits de l'homme et du citoyen…
(1903)
“ Mais, direz-vous, n'existe-t-il pas des nationalistes qui, bien loin de jeter l'anathène, avec le Syllabus, aux principes libéraux, s'en réclament, au contraire, et s'y accrochent de toute leur énergie? S'il y a un nationalisme autoritaire, ne connaissons-nous pas aujourd'hui un nationalisme libéral? — Et il est vrai que sur ce point le nationalisme a subi des transformations surprenantes. Nombre de nationalistes aujourd'hui! ”
Le Génie de l'Autriche-Hongrie… (1989)
“ Je présume qu'avec le terme «nationalisme» on désigne les différents schémas créés par la relation entre nation et Etat, ainsi que les programmes politiques mis sur pied pour résoudre cette relation. En Europe orientale, généralement, ce processus fut marqué par la prise de conscience, notamment de la part des politiciens, de la vulnérabilité et de la fluidité des groupes nationaux. ”
Charles Maurras,
Les conditions de la victoire. Tome 1
(1916-1918)
“ Ainsi cet air du temps, nous affectant tous à peu de même manière, imprime jusqu'au fond des cœurs cette vérité essentielle que le plus grand, le plus vivace de tous les intérêts temporels qui nous soient communs sont les intérêts de notre patrie et que, de tous les systèmes politiques en présence, un seul fournit un point de depart assuré, le Nationalisme. ”
Albert Thibaudet,
La vie de Maurice Barrès
“ J’accumule ici, rapidement et à dessein, des noms, qui nous font penser à ce qu’aurait pu être chez nous un nationalisme systématique où des philosophes, des historiens, des artistes et des pédagogues eussent été conduits naturellement à collaborer. ”
Attilio Cabiati,
Fédération européenne ou Ligue des Nations
(1919)
“ La mentalité légitimiste, bataillant encore sur le prin- cipe des nationalités et sur sa dégénération — le nationalisme — dans l'Europe continentale, où l'on continue à croire au dogme de l'épée prenant à tâche de propager, imposer et contrôler une civilisation. ”
Pierre de Coubertin,
Histoire universelle — Tome I
“ Ils ont été les créateurs de ces nationalismes exaltés qui, sous des formes atténuées, subsistent encore dans le monde moderne et qui s’appuient sur une sorte de confiscation de la Providence à leur profit. ”
Alphonse de Lamartine,
Vues, discours et articles sur la question d'Orient
(1840)
“ Je suis homme avant d'être Français , Anglais ou Russe , et s'il y avait opposition entre l'intérêt étroit de nationalisme et l'immense intérêt du genre humain, je dirais, comme Barnave : Périsse ma nation, pourvu que l'humanité triomphe! ”
“ Partout où je vais, je vois la méfiance dans tous les regards, et la haine dans tous les cœurs... Alors que nous caressons ce rêve magnifique d’abolir les frontières et de fraterniser avec les peuples, le stupide nationalisme multiplie les frontières, non seulement de peuple à peuple, de région à région, de village à village, mais d’homme à homme. ”
Victor Du Bled, L’Idée de patrie à travers les siècles
“ Disons encore : l’État, c’est la prose ; la patrie, c’est la poésie de la nation. Certains penseurs divisent en trois groupes les élémens, les conditions d’une patrie ; conditions naturelles : territoire, race, langue ; conditions morales : religion, histoire, communauté de culture ; conditions politiques : unité de gouvernement, identité des intérêts, liberté tout au moins relative. Toutes ces conditions se trouvent rarement réunies chez un seul peuple, et toutefois des peuples à qui plusieurs d’entre elles manquent, n’en font pas moins figure de grande nation. ”
Camille Pelletan,
Les Associations ouvrières dans le passé
“ Imaginez un Empire long d’un millier de lieues, comprenant cent races diverses d’origine, de langue, de religion, de culture ; les nivelant patiemment et les mêlant en un mélange confus, où la corruption servile des nations pourries de l’Orient se joignait à la barbarie des nations de l’Europe. Avec le temps, l’idée de patrie s’efface et avec elle l’idée de droits. ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848
“ Vous avez des mœurs nationales, une langue nationale ; vous vous vantez d’une illustre et ancienne origine reprenez donc votre existence comme nation ! Ayez un roi de votre choix, qui ne règne que pour vous, qui réside au milieu de vous, qui ne soit environné que de vos citoyens et de vos soldats Hongrois, voilà ce que vous demande l’Europe entière, qui vous regarde ; voilà ce que je vous demande avec elle. Une paix éternelle, des relations de commerce, une indépendance assurée, tel est le prix qui vous attend, si vous voulez être dignes de vos ancêtres et de vous-mêmes. ”
Albert Fua, La voix de Victor Hugo dans la guerre mondiale et ses prophéties… (1920)
“ Cette lumière, c'est la clarté de l'avenir dont vous êtes pleins. En face des tyrans, levons haut les nationalités; en présence de la démocratie, inclinons-les. La démocratie, c'est la grande patrie. République universelle, c'est patrie universelle. Au jour venu, contre les despotes, les nationalités et les patries devront pousser le cri de guerre; l'œuvre faite, l'unité, la sainte unité humaine déposera au front de toutes les nations le baiser de paix. ”
René Millet, Revue des Deux Mondes
“ D’abord il s’imagine que ce grand mouvement profite à la nation française ? Mais elle en mourra peut-être. O gens naïfs qui associez la patrie à vos sublimes espérances ! « La vie nationale est quelque chose de limité, de médiocre, de borné. Pour faire de l’extraordinaire, de l’universel, il faut déchirer ce réseau étroit ; du même coup, on déchire sa patrie... Il est probable que le XIXe siècle sera.considéré dans l’histoire comme l’expiation de la révolution. Les nations, pas plus que les individus, ne sortent impunément de la ligne moyenne [3] . » ”
Émile de Girardin,
Conquête et nationalité, par Émile de Girardin
(1860)
“ Vous êtes la nationalité, je suis la liberté. Vous êtes la guerre sans la conquête, je suis la conquête sans la guerre. Vous êtes la révolution, je suis la civilisation. Vous êtes la politique, je suis la logique. ”
Ernest Chesneau,
Artistes anglais contemporains
“ Nation politique d’une habileté extrême au dehors, nation libre à l’intérieur, nation maritime et colonisatrice, industrielle et commerçante, utilitaire, pacifique et pourtant guerrière au besoin, c’est-à-dire pour ses besoins et sans vaine gloriole ”
Emmanuel Cretet, Exposé de la situation de l'Empire français… (1808)
“ Je vous parlerai du premier des besoins des nations , la justice ; de l'instruction publique, des sciences et des arts, des branches nombreuses de l'administration intérieure, des cultes, des finances, et de nos principaux rapports avec les peuples du continent. Ce récit nous ramenera sur cette guerre impitoyable et sans terme que nous soutenons contre un seul peuple. La gloire de notre nation le blesse, sa force l'alarme; l'indépendance de son commerce et de son industrie l'inquiète. Tout est encore soumis au sort des armes ”
Friedrich List,
Système national d’économie politique
“ Par la guerre, une nation peut être privée de son indépendance, de ses biens, de sa liberté, de sa constitution et de ses lois, de son originalité propre et en général du degré de culture et de bien-être qu’elle a déjà atteint ”
Emperor of the French Napoleon I, Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III
“ La discorde se taît, les factions sont comprimées; l'intérêt de la patrie règne sur tous les intérêts. Le gouvernement ne connaît d'ennemis que ceux qui le sont de la tranquillité du peuple.La paix continentale a été conclue par la modération. Votre puissance et l'intérêt de l'Europe en garantissent la durée.Vos frères, vos enfans rentrent dans vos foyers, tous dévoués à la cause de la liberté, tous unis pour assurer le triomphe de la république. ”
Thomas-Anquetil, La guerre en 1866. Tome premier… (1866)
“ Les libertés politiques, l'indépendance nationale et le principe des nationalités sont devenus, aujourd'hui, les garanties indispensables du progrès, de la morale publique et de la sécurité des empires. ”
Pages d'histoire. Gambetta en 1869… (1904)
“ Songez que l'étranger est sur notre sol ! C'est au nom de la patrie comme au nom de la liberté politique, — deux choses que je ne séparerai jamais, — c'est au nom de ces deux grands intérêts, et comme représentant de la nation française qui sait se faire respecter au dedans et au dehors, que je vous adjure d'assister dans le calme à la rentrée de vos représentants sur leurs sièges ! ”
De la politique étrangère du cabinet français (1845)
“ Voilà ce que dirait un gouvernement vraiment national en France ! un gouvernement ami de la paix, mais qui ne voudrait pas acheter le pardon d'une révolution et la paix des vaincus au prix de la dignité de sa politique, de la sûreté de ses frontières, et de la nationalité de ses alliés naturels ! ”
Pierre Guillaume Frédéric Le Play,
La constitution essentielle de l’humanité
(1881)
“ Les grandes nations, qui figurent dans l’histoire comme les modèles de l’humanité, ont toutes compris qu’elles avaient un puissant intérêt à instituer des hommes d’élite, chargés de réprimer cette tendance par leur exemple et leur autorité. Comment donc est-il toujours arrivé que ces mêmes nations ont obéi tôt ou tard à une inspiration contraire ? Pourquoi certaines races ; jadis classées comme modèles, sont-elles maintenant acharnées à la discorde ? Pourquoi détruisent-elles avec une sorte de fureur les institutions et les hommes qui autrefois avaient en charge les services de paix ? ”
Collectif, Encyclopédie anarchiste
“ Diviser le monde en nations ; tout faire pour donner à chacune d’elles une physionomie particulière, un caractère spécifique ; lui donner une langue et une histoire ; des mœurs et une morale en opposition avec les expressions collectives des autres nations ; soutenir une presse et une littérature qui chantent les louanges des « qualités » de son pays, de sa nation, de sa race ; développer le sentiment de supériorité de domination, d’autorité ”
Henri Delassus,
L’Américanisme et la conjuration antichrétienne
“ « Je jure de n’avoir d’autre patrie que la patrie universelle. » Je jure de combattre à outrance, toujours et partout, les bornes-frontières des nations, les bornes-frontières des champs, des maisons et des ateliers, et les bornes-frontières de la famille. ”
Sándor Petőfi,
Poésies magyares
“ Amoindrie, mais non écrasée, La nation vit dans la patrie. C’est à toi, univers, patrie de nations, Que bravement elle s’adresse : Dix siècles de souffrance ne méritent-ils pas La vie complète ou bien la mort ? ”
Auguste Blanc, Histoire des conspirations et des exécutions politiques… (1846)
“ Sans elle vos capitaux et vos bras iraient féconder, améliorer la terre étrangère, laissant inculte ce sol de la patrie que les vertus de nos aïeux convertirent en terre classique de l'homme et de la loyauté. ”
Bernard Sarrans,
La France et la liberté, par B. Sarrans jeune
(1861)
“ C'est aujourd'hui ou jamais le moment de rallier à soi toutes les forces vives de la patrie, tant dans son intérêt propre que dans celui des nationalités pour lesquelles elle a déjà répandu tant de sang et d'or. ”
Émile de Laveleye,
L’Allemagne depuis la guerre de 1866
“ Les causes de ces faits contradictoires ne sont rien moins que les plus nobles conquêtes et les plus grands principes dont s’enorgueillit l’époque moderne, — l’égalité de tous, la souveraineté populaire, le régime constitutionnel et parlementaire, les découvertes de la science, la diffusion des lumières, la culture de la philologie et des lettres. Le mouvement des nationalités a donc ses racines dans ce qui constitue le caractère distinctif des sociétés actuelles, et il tire sa force justement de ce qui fait la leur. ”
F. Renard, La vraie France (1873)
“ C'est au nom des intérêts de la patrie que parlent ceux des conservateurs dont nous voulons essayer de combattre les doctrines, ou plutôt les tendances; c'est au nom des intérêts de la patrie que nous leur répondrons. Ou plutôt, c'est la notion même de patrie que nous donnerons pour base aux considérations que nous allons présenter ; c'est en elle que nous creuserons les fondements de notre argumentation. Et nous ne considérerons d'autre but que la restauration de la patrie dans sa vérité et dans sa force. ”
Armand Hayem, Quelques conséquences du principe des nationalités… (1868)
“ C'est aussi qu'à considérer, les principes que mettent aujourd'hui en avant les gouvernements, les peuples nous ont semblé être plutôt conduits à l'ère de paix à laquelle ils aspirent, par la guerre et par la conquête, que par la forme du gouvernement et la liberté. ”
Juvénal,
Œuvres complètes de Juvénal et de Perse
“ Certes ! la patrie te doit beaucoup, quand tu lui donnes un nouveau citoyen, pourvu toutefois que tu le rendes utile à la patrie, qu'il sache fertiliser la terre, servir ses concitoyens et dans la guerre et dans la paix : tout dépend des habitudes et des sentiments que tu lui inspireras. ”
Offrandes à Bonaparte, par trois étrangers (1810)
“ De quelque nation que vous soyez, avez-vous vu déployer chez vous, dans ces momens décisifs, plus de caractere, plus de désintéressement, plus d'union ou de fermeté? Avez-vous chez vous moins de civilisation, moins de faiblesses et moins de passions? Et avec cette expérience que vous avez sous vos yeux, croyez-vous que la tactique révolutionnaire aurait eu moins de prise sur vous ? Vous dites qu'aucune autre nation n'aurait été, comme la nation Française, pendant une suite de quinze ans, le jouet de tant d'événemens. ”
James Guillaume,
L’Internationale, documents et souvenirs
“ Voici pourquoi : l'Internationale est et doit être un État dans les États ; qu’elle laisse ceux-ci marcher à leur guise, jusqu’à ce que notre État soit le plus fort. Alors, sur les ruines de ceux-là, nous mettrons le nôtre, tout préparé, tout fait, tel qu’il existe dans chaque Section. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
“ Convaincus que notre liberté et notre indépendance, loin d’avoir jamais été hostiles vis-à-vis des états limitrophes, ont, au contraire, servi, dans tous les temps, d’équilibre et de bouclier à l’Europe, et peuvent lui être plus utiles que jamais, nous comparaissons devant les souverains et les nations, avec la certitude que la voix de la politique et de l’humanité se feront également entendre en notre faveur... ”
Louis Dumur,
Les Deux Suisse, 1914-1917
(1917)
“ C'est cette patrie qu'il faut défendre, c'est l'idée qu'elle représente dans le monde, sa mission, son rôle, son exemple : c'est cette patrie, fondée sur le libre accord des volontés dans le respect du droit. ”
“ Pour expliquer les caractères de notre civilisation, comprendre les problèmes fondamentaux qui se posent à elle, saisir entre autres l’antagonisme entre l’internationalité et la nationalité avant la guerre, il faudrait remonter les temps et exposer, dans ses grands traits tout au moins, la succession des événements dont la répercussion est venue jusqu’à nous. ”
Charles Le Goffic,
Revue des Deux Mondes
“ Je vais vous dire une chose qui choquera peut-être quelques hommes, comment les appellerai-je ? des hommes qui s’intitulent à tout propos des hommes du XIXe siècle, et cette chose, la voici : à mon avis, le principe de nationalité, le principe de ce que je nommerai le patriotisme local, est une chose non seulement anoblissante en elle-même, mais grandement utile au point de vue matériel. ”
Léon Bourgeois,
Pour la Société des Nations
“ Manifestons à cet égard, librement, et sans engager notre Gouvernement, nos sentiments et nos espérances ; disons très haut qu’un grand pays s’honore en cherchant à résoudre, par des voies pacifiques, les difficultés de sa politique. ”
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