“ Osez prendre le pas sur le consul lui-même. L’objet le plus sacré du respect des mortels, C’est l’or, et s’il n’a point encore ses autels, Comme la Bonne Foi, la Paix et la Concorde, Il est d’autres honneurs qu’à lui seul on accorde, Et dans tout l’univers son culte révéré, Pour n’être pas public, n’en est pas moins sacré. Mais si le magistrat, sur sa chaise curule, Lui-même du produit d’une mince sportule, Suppute, au bout de l’an, le honteux revenu, Que fera ce client affamé, demi-nu, Qui n’attend que de là, dans sa triste misère, Sa toge, ses souliers, son pain, sa bonne chère ? ”
Juvénal
Élements biographiques
Juvénal, poète satirique romain du Ier siècle, est l’auteur des Satires, seize poèmes en hexamètres qui dénoncent avec acuité la décadence morale et sociale de Rome impériale. À travers une langue vigoureuse et ironique, il révèle les vices des élites, les hypocrisies politiques et la corruption des mœurs, en contraste avec l’idéalisation des anciens Romains.
Son œuvre, malgré son anonymat partiel, a profondément marqué la tradition satirique, influençant des auteurs comme Boileau et Kant. Les Satires restent un témoignage précieux sur la vie urbaine et les tensions de l’Antiquité tardive.
Citations de Juvénal
“ C’est au gladiateur qu’Hippia sacrifie Son époux, ses enfants, sa sœur et sa patrie. Sans ce titre, il n’est plus qu’un homme indifférent, Qu’un autre Véïenton. Hippia te surprend ; Mais regarde plus haut : vois, sous le diadème, Quels rivaux sont donnés à l’empereur lui-même ; Vois les affronts de Claude : à peine il s’assoupit : Sa femme qui l’observe et que l’ombre enhardit, Seule avec une esclave, auguste courtisane, S’échappe, et, pour cacher un rang qui la condamne, Sans bruit, le front voilé, trompant tous les regards, Préfère un lieu d’opprobre au palais des Césars. ”
“ Tombe, après le combat, sous un glaive étranger. Ainsi, pour mettre un terme à la guerre civile, Le voulait sa fortune et celle de la ville ! Ce supplice du moins épargna Céthégus ; On ne mutila point le corps de Lentulus ; Et Catilina même, exempt d’un tel outrage, Fut trouvé tout entier sur le champ du carnage. Aux autels de Vénus, une mère, en tremblant, Se présente inquiète et d’un pied chancelant : O Vénus, de tes dons embellis ma famille ; Répands-les sur mon fils, et surtout sur ma fille ; Tel est le vœu timide et plein d’anxiété Qui fait battre son cœur tendrement agité. ”
