“ Osez prendre le pas sur le consul lui-même. L’objet le plus sacré du respect des mortels, C’est l’or, et s’il n’a point encore ses autels, Comme la Bonne Foi, la Paix et la Concorde, Il est d’autres honneurs qu’à lui seul on accorde, Et dans tout l’univers son culte révéré, Pour n’être pas public, n’en est pas moins sacré. Mais si le magistrat, sur sa chaise curule, Lui-même du produit d’une mince sportule, Suppute, au bout de l’an, le honteux revenu, Que fera ce client affamé, demi-nu, Qui n’attend que de là, dans sa triste misère, Sa toge, ses souliers, son pain, sa bonne chère ? ”
Juvénal
Résumé
Les Satires de Juvénal, rédigées entre 100 et 127 apr. J.-C., forment un chef-d’œuvre de la poésie satirique latine. À travers seize poèmes en hexamètres, l’auteur dénonce la décadence morale, l’hypocrisie, la corruption et les excès de la société romaine, visant les politiques, les aristocrates et les comportements dépravés.
Les thèmes fréquents — luxe, inégalité, débauche — s’illustrent par des exemples percutants, tels que les mœurs de Domitien ou les vices des femmes. L’œuvre, organisée en cinq livres, combine ironie et indignation, laissant une empreinte durable sur la critique sociale, avec des citations immortelles comme quis custodiet ipsos custodes ou mens sana in corpore sano.
Citations de Satires (Juvénal)
“ C’est au gladiateur qu’Hippia sacrifie Son époux, ses enfants, sa sœur et sa patrie. Sans ce titre, il n’est plus qu’un homme indifférent, Qu’un autre Véïenton. Hippia te surprend ; Mais regarde plus haut : vois, sous le diadème, Quels rivaux sont donnés à l’empereur lui-même ; Vois les affronts de Claude : à peine il s’assoupit : Sa femme qui l’observe et que l’ombre enhardit, Seule avec une esclave, auguste courtisane, S’échappe, et, pour cacher un rang qui la condamne, Sans bruit, le front voilé, trompant tous les regards, Préfère un lieu d’opprobre au palais des Césars. ”
“ Romains, pour expier ces détestables vices, Est-ce un censeur qu’il faut, ou bien des aruspices ? Si du sein d’une femme il naissait un taureau : Si des flancs d’une louve il sortait un agneau : Serait-ce un plus sinistre, un plus affreux présage ? Quoi ! ce même Gracchus, ce noble personnage Qui du temple de Mars descendant les degrés, Suait sous le fardeau des boucliers sacrés, C’est lui que nous voyons de l’épouse nouvelle, Revêtir sans pudeur la robe criminelle ! Dieu d’un peuple berger, Dieu vengeur de nos murs, Quel génie en nos cœurs souffla ces feux impurs ? ”
