“ Chez Montpetit, le caractère restait en deçà du talent qui était grand. Non que le courage intellectuel ni le courage moral ne lui fissent gravement défaut. Il savait se donner à une cause ; il savait même se compromettre. Peut-être y mettait-il trop de prudence, trop de réserve. Il se donnait ; mais il se donnait avec mesure, en se reprenant. Il parlait fort de temps à autre, mais toutes portes bien closes. Or, l’on sait comme la jeunesse, en particulier, aime l’absolu, les hommes entiers, le don entier. Par son enseignement, par son talent, il enchanta une première génération. ”
Lionel Groulx
Résumé
« Mes mémoires » de Lionel Groulx, publié dans les années 1950, est un récit introspectif mêlant réflexions historiques, engagements politiques et récits personnels. À travers ses souvenirs, l’abbé et historien québécois explore le nationalisme canadien-français, l’enseignement, ainsi que la tension entre identité locale et universalisme.
Ses textes, riches de citations percutantes, dénoncent les clichés sur le « nationalisme étroit » tout en défendant une culture distincte, ancrée dans l’histoire et la foi. L’œuvre, marquée par ses liens avec L’Action française, révèle un esprit de résistance intellectuelle et un souhait d’originalité à travers la tradition.
Citations de Mes mémoires (Lionel Groulx)
“ La Louisiane, c’était, ai-je dit plus haut, le pays du « destin manqué ». De ce splendide pays, après l’avoir vu, l’avoir visité, l’image tragique ne pouvait que m’assaillir plus fortement. Impossible d’oublier la vérité cruelle : la France avait perdu là sa dernière chance de demeurer en Amérique du Nord. Qu’une colonie puissante, selon le rêve d’Iberville, eût pu s’établir aux bouches et le long du Mississipi, qu’elle eût donné la main à la Nouvelle-Espagne, et qui peut douter que l’histoire de la Nouvelle-France n’eût pas connu un autre dénouement que celui de 1760 ? ”
“ Par origine, par histoire, par culture, par droits politiques, nous sommes des Canadiens français. Admettre ces réalités indiscutables n’implique nullement, de notre part, le noir dessein de nous diminuer, de nous isoler, comme s’évertuent à le crier tant d’inconscients. En cet univers si lié, de facture si communautaire, quel peuple, au reste, a bien les moyens de s’isoler ? Nous ne dynamitons les ponts avec personne, ni avec notre pays, ni avec l’Amérique, ni avec le monde. ”
