“ Ottawa y a-t-il bien songé ? Pour une ville secondaire, être la capitale de la Confédération, c’est un coup extraordinaire de la fortune. Pour une ville aussi jeune passer avant une ville aussi ancienne que Québec, c’est un manque d’égard. Pour une ville aussi petite, ranger sous elle une aussi grande ville que Montréal, c’est bien de l’ambition. ”
Ottawa
Définition et enjeux
Ottawa, capitale du Canada, incarne un mélange unique d’histoire, de géographie et d’identités culturelles. Plusieurs auteurs l’ont analysée à travers ses contradictions : Hector Fabre souligne son statut improbable de capitale pour une ville jeune et petite, tout en mettant en avant la résilience de son héritage français.
Maréchal Fayolle, lui, met en évidence son urbanisme américain et son rôle de frontière entre les provinces canadiennes. Jean-Baptiste Lagacé, quant à lui, évoque son architecture imposante et son symbole de fierté nationale. Ces perspectives révèlent une ville en perpétuelle négociation entre ses ambitions politiques et ses racines multiculturelles.
Citations sur “Ottawa”
Jules Leclercq, Un été en Amérique, de l'Atlantique aux Montagnes-Rocheuses… (1886)
“ Ottawa n'a pas mieux répondu que Washington aux espérances de ses fondateurs. L'espace ne lui manque pourtant pas ; mais que de rues tracées qui attendent en vain leurs maisons ! C'est comme si la ville était encore à bâtir. La population atteint à peine trente mille âmes : c'est peu pour la capitale de tous les Canadas, c'est-à-dire d'un Empire qui comprend la moitié de l'Amérique du Nord, qui s'étend de l'Atlantique au Pacifique, de la frontière des Etats-Unis à l'océan Arctique. ”
“ Mais c’est aussi bien bâti que Montréal, aussi bien habité que Québec ! On avait fait courir le bruit alarmant qu’Ottawa était une ville s’anglifiant sans cesse et d’où bientôt l’élément français disparaîtrait. Je ne trouve pas cela ; ce qui me frappe au contraire, c’est que vous gardez bien votre terrain, c’est que vous l’agrandissez chaque année. Comme toutes les populations étroitement entourées par les autres races, vous sentez la nécessité de serrer les rangs, de vous compter. ”
Jack London,
Les Vagabonds du rail
(1907)
“ Ottawa est la ville du Canada et des États-Unis où les gens montrent le moins d’empressement à lâcher leurs vieux habits, après Washington, la capitale, qui bat tous les records. Je suis resté deux semaines dans cette dernière ville en quête d’une paire de souliers et, en fin de compte, il m’a fallu partir bredouille pour Jersey City.Mais revenons à Ottawa. À huit heures précises, je commençai ma chasse aux frusques. J’avais trimé sans arrêt, parcouru au moins soixante kilomètres et frappé à un millier de portes, sans même prendre le temps de manger. Eh bien ! ”
Jean-Baptiste Lagacé,
Mon voyage autour du monde
“ Ottawa, où nous venons d’arriver, est une ville au nom baroque, mais qui n’a pas du tout l’air baroque. La noble architecture de l’hôtel du gouvernement et des édifices qui l’avoisinent convient bien au siège de la capitale d’un jeune pays, brillant par ses réalisations et plein de confiance dans son avenir. C’est ainsi que mon père a résumé les impressions que lui a laissées notre visite dans la capitale fédérale du Canada. ”
Maréchal Fayolle, Revue des Deux Mondes
“ Québec est une ville française, Montréal une ville anglo-française ; Ottawa, comme toutes les villes que nous traverserons désormais, est construite à l’américaine, en damier, avec de larges et longues avenues, plantées d’arbres. ”
“ Loin de croire qu’Ottawa deviendra une ville anglaise, je suis porté à espérer que vous finirez par en faire une ville à peu près française. Ce qu’il y a de remarquable dans notre existence nationale, c’est qu’en réalité une fois que nous sommes quelque part nous y restons. Il n’y a rien de plus difficile à arracher que des racines françaises : l’arbre grandit et brave la tempête. ”
M. H. de Lamothe, Le Tour du monde
“ Outaouais ou Ottawa — selon qu’on adopte l’orthographe française ou anglaise (on conserve ordinairement cette dernière quand il s’agit de la ville et non de la rivière) — est une cité tout à fait nouvelle, qui doit son rang et sa fortune un peu à sa position stratégique et beaucoup aux prétentions discordantes des trois ou quatre capitales que s’est données successivement le Canada. ”
“ Il reste à Ottawa à prouver qu’elle mérite son bonheur. Elle va être le centre de notre monde politique ; elle va donner l’hospitalité à une élite sociale ; elle possédera une bibliothèque magnifique. ”
Maréchal Fayolle, Revue des Deux Mondes
“ La ville d’Ottawa est en effet bâtie au bord de la rivière du même nom, qui sépare les deux provinces de Québec et d’Ontario. Or, la province d’Ontario est au régime sec, — cela veut dire, qu’on n’y boit que de l’eau, — tandis que celle de Québec a gardé le droit de boire du Saint-Julien, du Château-Laffitte, du Rœderer, etc. Heureux habitants d’Ottawa ! Ils peuvent à volonté se mettre par hygiène au régime de l’eau pure et quand il devient trop plat et monotone, que la tentation est trop forte, il suffit de passer les ponts ! ”
Charles Canivet, Les colonies perdues (1884)
“ Ottawa a 15,000 habitants et communique avec l'Ontario par le canal Rideau. Ottawa est une ville toute récente; et ce sont les Anglais qui ont défriché et livré à la culture les bords de la rivière qui a donné son nom à la capitale du Canada. Sous la domination française et même pendant les commencements de la domination anglaise, la région de l'Ottawa n'a été exploitée que par la compagnie de la Baie d'Hudson, pour le commerce des pelleteries. ”
“ En quatre heures, le train eut atteint Ottawa, la capitale du Dominion, qui, du haut d’une colline, domine la contrée environnante, cité superbe dont la prétention plus ou moins justifiée est d’occuper le centre du monde. ”
Paul-Henry de Belvèze, Lettres choisies dans sa correspondance… (1882)
“ J'ai quitté le haut Canada n'ayant vu et entendu que des paroles et des actes sympathiques et respectueux pour le gouvernement de l'Empereur, et pour moi personnellement pleins de bienveillance et de satisfaction. La vallée de l'Ottawa récemment peuplée a déjà des chemins de fer, des canaux et une grande ville, Bytown ou Ottawa-City, bâtie où d'épaisses forêts s'élevaient il y a vingt-cinq ans ; la population, contrairement aux autres parties du haut Canada, comprend un nombre assez grand de Canadiens français. ”
“ On rit des fiables d’autrefois. C’est la même généreuse hospitalité, la même cordialité entre compatriotes, la même sympathie pour le talent. Vous avez prouvé à tous ceux qui viennent à Ottawa que le sort ne s’est pas trompé en la faisant capitale. Ottawa est déjà une grande ville ; vos rues sont si belles et si larges que lorsqu’on retourne à Québec après la session on prend ses rues étroites pour les passages de l’hôtel Russell ”
Eugène Réveillaud, Histoire du Canada et des Canadiens français
“ Le gouvernement fédéral a sa capitale à Ottawa, sur la rive droite de l’Outaouais. Ottawa est une ville neuve qui, fondée depuis vingt-cinq ans à peine, compte aujourd’hui près de 30,000 habitants [17] . C’est par des considérations stratégiques à la fois et politiques, et pour couper court aux disputes de préséance entre les anciennes cités canadiennes, Québec, Montréal, Toronto, que le cabinet de Londres a fixé à Ottawa le siège du gouvernement canadien. ”
Jules Verne,
Robur-le-conquérant
“ Après Montréal, vers une heure et demie du soir, ils passèrent sur Ottawa, dont les chutes, vues de haut, ressemblaient à une vaste chaudière en ébullition qui débordait en bouillonnements de l’effet le plus grandiose. ”
Alfred Mousseau, Les vermoulures
“ À Ottawa, le progrès pour nous, c’est d’être respectés et traités avec justice ; à Québec, le progrès consiste à augmenter nos forces et pour ce à nous donner une bonne administration, et à travailler à nous faire grandir d’abord financièrement, moralement et intellectuellement, puis, peu à peu, numériquement. ”
Léon Boillot, Aux mines d'or du Klondike
“ Il n'est que temps pour se préparer à la navigation.Il est trop tard pour songer à retourner à Bennett ce jour-là; aussi restons-nous à souper et à causer. Notre agent est un enthousiaste; comme pays rien ne vaut le Canada, et comme ville rien ne peut se comparer à Ottawa. En parlant il se redresse de toute la hauteur de ses six pieds, ses yeux brillent, sa moustache se hérisse, et la main étendue, éloquent, il en énumère les beautés non pareilles. Quelle situation et quel climat! La rivière et les bâtiments du Parlement, et ses rues montantes, et ses rues descendantes! ”
“ Montréal, Ottawa, Trois-Rivières et Québec sont situés sur la rive nord de deux fleuves qui, pour ainsi dire, n’en font qu’un, et c’est précisément cette rive qui n’a pas de chemins de fer ! Entre la capitale du Dominion et la capitale de la province il n’y a pas de communication directe ; cette chose inconcevable, inexplicable, nous la voyons tous les jours, nous en gémissons, et depuis vingt ans, toutes les fois qu’il s’est agi d’y porter remède, qu’est-ce donc qui en a empêché ? qu’est-ce qui empêche d’avancer d’un pas ? ”
Joseph-Étienne Guinard,
Les noms indiens de mon pays
“ La ville d’Ottawa, sur la rivière du même nom, est l’ancienne Bytown. En 1858, la reine Victoria la choisit pour capitale du Haut et du Bas-Canada ; neuf ans plus tard, en 1867, Ottawa devenait la capitale de tout le pays. Le maire Dickinson avoua avec raison qu’Ottawa était redevable surtout à G.-Étienne Cartier d’avoir été choisie comme capitale du Canada. En janvier 1844, deux Oblats, les Pères Telmon et Dandurand, arrivèrent à Bytown pour desservir les hommes des chantiers et pour atteindre plus facilement les Indiens du Témiscamingue, de l’Abitibi et de la Baie James. ”
Ch. Gailly de Taurines, La Nation canadienne
“ Les pyramides de planches s'amoncellent partout. Du haut de la terrasse du parlement d'Ottawa, qui domine le fleuve d'une hauteur de trente à quarante mètres, tout un panorama de planches se déroule à la vue et c'est à peine, tant les rives sont encombrées de piles de bois, de magasins et d'usines, si l'on aperçoit cette chute de la Chaudière où le fleuve Ottawa précipite d'un seul coup les quatre mille mètres cubes de ses eaux! ”
Paul Morin, Héroïsmes d’antan, victoires d’aujourd’hui
“ L’Ontario est, de plus, la province où est située la capitale du pays, Ottawa, aimable petite cité, pleine de jardins et d’édifices aussi riches qu’élégants. C’est dans cette ville que le Chemin de Fer National du Canada dirige le Château-Laurier, nommé d’après un illustre homme d’état, et qui est un des plus beaux hôtels de l’univers. La province d’Ontario, elle aussi, longe de très près les États-Unis, et ici, il n’est peut-être pas superflu d’écrire quelques mots sur les relations qui existent entre le Canada et ses voisins, les États-Unis américains. ”
Castor, Le pays, le parti et le grand homme
“ Et ce qui est vrai pour Ottawa, n’est-il pas aussi un peu vrai pour Québec ? Pourquoi, sans aucune nécessité quelconque, autre que celle de faire brasser par la clique seule nos affaires politiques, choisir pour premier à Québec, un homme qui auparavant n’avait probablement jamais consacré quarante-huit heures à l’étude spéciale de notre politique provinciale, lorsque, dans la législature provinciale, se trouvaient nombre de vétérans de dix et quinze ans de service, aussi bien doués pour le moins que le nouveau premier ? ”
Xavier Marmier,
Gazida (2e édition)
(1879)
“ Il arrive souvent que notre sotte machine de chair et d'os se regimbe contre la royauté de l'âme ; n'est-il pas juste que ses animales exigences soient quelquefois un peu réprimées? Cet Ottawa, qu'on appelle à juste titre la Grande-Rivière, ces beaux points de vue qui l'environnent, ce canot, inventé par des peuplades qui n'avaient jamais reçu une leçon scientifique, et ces hommes qui le conduisent, tout est nouveau pour moi. ”
“ Qu’en échange de tant d’avantages, la future capitale reçoive largement les exilés qui vont s’asseoir à son foyer, qu’elle s’efforce de renouer la chaîne brisée de leurs habitudes, qu’elle leur rende, petit à petit, l’aisance et le confort qu’ils ont laissés derrière eux. Québec avait été formé par la nature et l’esprit de ses habitants pour être une capitale. Ottawa n’a pas de meilleur parti à prendre que d’imiter ce modèle et de faire en sorte que le monde officiel, depuis le ministre jusqu’au plus humble fonctionnaire, retrouve Québec sur les bords de l’Outaouais. ”
Laurent-Olivier David,
Laurier et son temps
“ Je le connais seulement pour l’avoir vu et observé au parlement ; mais il me parut toujours doué d’une fascination plus grande qu’aucun des chefs que j’ai pu voir et observer à la Chambre des Communes anglaise, de 1882 à 1892. De fait, je crois qu’il est impossible à quiconque fréquente un peu la tribune de la presse à Ottawa, de ne pas subir son charme attirant. ”
Eugène Réveillaud, Histoire du Canada et des Canadiens français
“ À la surprise générale, son choix n’avait porté ni sur Québec, ni sur Montréal, ni sur Toronto, qui se disputaient les prétentions à cet honneur, mais sur une ville naissante, une bourgade dont le nom, la veille encore, était à peu près inconnu : Ottawa, sur la rivière Outaouais, affluent du Saint-Laurent. Les conseillers de la reine s’étaient décidés, paraît-il, pour des raisons stratégiques, éloignant la capitale de la frontière américaine, afin de la mettre, en cas de guerre avec les États-Unis, à l’abri d’un coup de main. ”
Émile Benoist, L’Abitibi, pays de l’or
“ À Ottawa, c’est dans cette sorte de forteresse qu’est l’Hôtel de la Monnaie ou dans les caves non moins bien défendues de la Banque du Canada, que l’or va dormir. Entre les États, l’or donne lieu comme à une partie de cache-cache la belle bergère. ”
“ Mais, M. l’abbé, vous avez plus qu’une soixantaine de députés et de sénateurs à Ottawa ; vous êtes maîtres du gouvernement de votre province, maîtres du gouvernement de vos grandes municipalités. Alors... Cet « alors » voulait dire : De quoi vous plaignez-vous ? Jules Fournier a écrit un jour d’écœurement : « Rien n’est plus lâche à Ottawa qu’un député canadien-français. » Plus tard, Léo-Paul Desrosiers, au même poste, mais plus calme, a écrit presque la même chose. ”
“ Le Père Leduc m’écrivait quelques jours plus tard : « Mgr Leccisi est venu me dire, hier soir, toute sa joie de vous avoir parlé : l’argument du timbre-poste bilingue et celui des déclarations pro-autonomistes des hommes d’État anglo-canadiens ont fait effet. » Incidemment le secrétaire de la Consistoriale m’avait révélé une manœuvre des Irlandais pour obtenir la division du diocèse d’Ottawa. Pour nos braves coreligionnaires, l’élément anglophone de la capitale était forcément destiné à s’accroître, soutenaient-ils, attiré par le rôle politique d’Ottawa. ”
Benjamin Sulte,
Au coin du feu, histoire et fantaisie
“ La contrée depuis la rivière Ottawa va en montant jusqu’à ce point, où elle atteint un niveau de mille pieds au-dessus de la ville. Les montagnes commencent là. Ce sont les contreforts ou plutôt les pieds des Laurentides. Si l’on continue, cette hauteur est bientôt dépassée ; la grande chaîne qui va du Labrador au lac Huron domine tous ces pitons nombreux qui coupent le paysage, enserrent des lacs, contortionnent des rivières, et feront un jour ressembler le pays à la Suisse, de poétique mémoire. ”
Louis-Antoine Dessaulles,
À Messieurs les électeurs de la division de Rougemont
“ Ottawa fut donc choisi, et cette décision qui ne pouvait jamais être acceptée ici, aura toujours l’effet de démontrer que ce n’est pas en Angleterre qu’il nous faut aller chercher la sagesse et les lumières dont nous croyons avoir besoin pour conduire nos affaires. Elle démontre qu’il suffit d’en appeler à la métropole pour qu’une absurdité soit commise. C’est une leçon qui nous est venue fort à propos et qui nous engagera, je l’espère, à ne nous en reposer sur personne, dorénavant, pour faire ce que nous pouvons faire nous-mêmes. ”
Antoine Labelle,
Pamphlet sur la colonisation dans la vallée d’Ottawa
“ Pour le théâtre de nos opérations colonisatrices, nous avons choisi la vallée de l’Ottawa parce que c’est dans cette direction que la colonisation se porte avec plus de vigueur, que notre population doit naturellement s’écouler que les bonnes terres sont plus à notre proximité et en plus grand nombre. Tout le commerce de ces nouveaux cantons devra nécessairement converger à Montréal. Il n’est que juste de recueillir le fruit de nos sacrifices. ”
“ Je puis vous assurer d’avance que vous êtes attendu par un auditoire d’élite qui vous prouvera que les Canadiens français d’Ottawa sont reconnaissants à ceux des leurs qui leur tendent la main, et les hommes et les femmes de demain vous diront un éternel « Merci ».Mme Marchand, très active, très charitable, très répandue alors dans la société bourgeoise et politique d’Ottawa, réunit fréquemment en son salon des représentants des deux races. Voici ce qu’elle raconte dans une entrevue donnée au journal La Frontière et publiée le 5 octobre 1944. ”
