“ Ils ont perdu tous deux la partie ; elle est pauvre, et il n’est point aimé. — Alors j’ai raison de dire : « À bas le mariage, » exclama Martel. — Pas tout-à-fait, reprit Blandy. Le mariage est l’acte le plus sérieux de la vie, et on le fait à la légère. Lorsqu’on a dit : J’aime, on croit avoir tout dit. Mais, malheureux, c’est précisément parce que vous êtes amoureux que vous choisirez mal. Attendez que vous le soyez moins pour voir si, par hasard, vous ne vous trompez pas dans votre choix. Et d’abord, dites-moi quels défauts vous voulez que votre femme apporte dans le ménage ? ”
Hector Fabre
Résumé
"Chroniques", d'Hector Fabre, explore les mœurs et les tensions sociales du Canada du XIXe siècle à travers des récits fragmentés. Située entre Québec, Montréal et Ottawa, l'œuvre interroge les rapports de pouvoir, l'ambition conjugale et les stéréotypes de genre, à l'aide de personnages comme Blandy, un député ambitieux, ou Mademoiselle Perret, symbole de la toilette et de la jeunesse.
Les thèmes de l'individualisme, de l'exil et de la quête d'identité s'inscrivent dans un cadre où les contrastes entre le "vrai Canadien" et les illusions sociales prennent forme. Le texte met en lumière une société en transition, où les aspirations personnelles heurtent les conventions.
Citations de Chroniques (Hector Fabre)
“ Le succès appartient à l’énergie. L’homme qui dit résolument : « Je monterai jusque-là, » est aussi sûr d’y parvenir que s’il touchait déjà au but. J’ajouterai, — et je n’ai besoin pour en juger ainsi que de voir l’impression profonde que mademoiselle Perret a produite sur tout l’auditoire, sur moi, — j’ajouterai, que celui-là seul aimera véritablement votre fille qui, spontanément, lui promettra la plus haute destinée, et que l’on sentira, à son langage, à sa conduite, en état de tenir cet engagement d’honneur. — Vous me rendez toute fière, cher docteur. ”
“ Cette galerie s’ouvre par ce superbe personnage de Joseph Prudhomme dont l’effigie majestueuse orne presque tous les coq-à-l’âne contemporains, et se ferme provisoirement par ce marchand de crayons de génie, ce Mangin dont le casque rayonnera dans l’avenir, qui est mort, il y a quelque deux ans, poitrinaire comme une pâle jeune fille, et à qui j’entendais dire un jour, avec un accent inimitable, sur la grande place de Lille : « Ma brave femme de mère m’a dit au sortir de l’enfance : Mangin, tu es bien fait, tu feras ton chemin dans le monde, car un bienfait n’est jamais perdu. » ”
