“ En le défendant, celui qu’oppriment toutes les forces brutales, toutes les passions d’une société déclinante, c’est toi que tu défends en lui, ce sont les tiens, c’est ton droit à la liberté, et à la vie, si précairement conquis, au prix de combien de sang ! Il n’est donc pas bon que tu te désintéresses d’un abominable conflit où c’est la Justice, où c’est la Liberté, où c’est la Vie qui sont en jeu et qu’on égorge ignominieusement, dans un autre. Demain, c’est en toi qu’on les égorgera une fois de plus... Et puis, regarde où cette affaire Dreyfus nous a amenés les uns et les autres. ”
Octave Mirbeau
Résumé
Octave Mirbeau, dans L’Aurore (1898), dénonce avec force l’affaire Dreyfus, symbole de l’injustice et du nationalisme toxique en France. En s’appuyant sur les figures de Dreyfus, Arthur Meyer ou Mme Henry, il révèle un système corrompu par les imposteurs, les préjugés et l’esprit de groupe.
Les thèmes du meurtre, de la liberté menacée et de la quête de vérité dominent, dans un récit où les intellectuels sincères s’opposent à un État-Major complice. L’œuvre, à la croisée de l’engagement et de l’analyse sociale, incarne un cri contre l’infamie et l’aveuglement de l’époque.
Citations de L’Aurore (Octave Mirbeau)
“ Où qu’il aille, quoi qu’il fasse, toujours il verra le mot meurtre immortellement écrit au fronton de ce vaste abattoir qu’est l’humanité... Alors, cet homme à qui, dès l’enfance, l’on inculque le mépris de la vie humaine, que l’on voue à l’assassinat légal, pourquoi voudrait-on qu’il recule devant le meurtre, quand il y trouve un intérêt, ou une distraction ? Au nom de quel droit la société condamne-t-elle des assassins qui n’ont fait, en réalité, que se conformer aux lois homicides qu’elle édicte, et suivre les exemples sanglants qu’elle leur donne ?... ”
“ C’est un instinct vital qui est en nous, qui est dans tous les êtres organisés et les domine... comme l’instinct génésique. Et c’est tellement vrai que, la plupart du temps, ces deux instincts se combinent si bien l’un par l’autre, se confondent si totalement, l’un dans l’autre, qu’ils ne font, en quelque sorte, qu’un seul et même instinct, et qu’on ne sait plus lequel des deux nous pousse à donner la vie, ou à la reprendre, lequel est le meurtre et lequel est l’amour... ”
