“ Il est évident que si Dreyfus s’était procuré, pour la décalquer, l’écriture d’un autre officier, il aurait su le nom de l’officier et au procès il l’aurait dit. S’il ne l’a pas dit, c’est qu’il ne l’a pas su ; s’il ne l’a pas su, c’est qu’il n’avait pas décalqué son écriture, et si l’écriture d’Esterhazy n’a pas été décalquée par Dreyfus, c’est que le bordereau était de l’écriture d’Esterhazy et aussi de la main d’Esterhazy ; c’est qu’Esterhazy est le véritable auteur du bordereau, le véritable traître. ”
Jean Jaurès
Résumé
Les Preuves, de Jean Jaurès, est un essai publié en 1898 qui démontre l’innocence d’Alfred Dreyfus et accuse le général Esterhazy d’avoir falsifié le bordereau. En examinant l’écriture, les documents et les fausses déclarations du État-Major, Jaurès révèle les failles des procédures judiciaires et les manœuvres politiques.
Le texte met en lumière les contradictions des experts, les silences des autorités et la responsabilité du colonel Picquart. La conclusion souligne que le bordereau, prétendument rédigé par Dreyfus, est en réalité l’œuvre d’Esterhazy, bouclant ainsi le cercle des preuves.
Citations de Les Preuves (Jean Jaurès)
“ Une part de vérité est acquise : c’est que l’écriture du bordereau est celle d’Esterhazy. Et voici qu’à la troisième étape, avec les dépositions des hommes savants et indépendants que la révolte de leur conscience mène au procès Zola, c’est la vérité complète qui se dévoile et s’affirme. Le bordereau est l’œuvre d’Esterhazy. Le bordereau sur lequel a été condamné Dreyfus est, jusqu’à l’évidence, l’œuvre du louche uhlan. Cette fois, il n’y a plus de réticences, il n’y a plus de mystère, il n’y a plus de mensonge. Ni huis clos, ni expertises dociles, toute la vérité et rien que la vérité. ”
“ Et M. Cavaignac, prenant sur lui de juger tout seul de la valeur du dossier, et de se prononcer à la tribune sur la culpabilité ou l’innocence d’un homme, ne daigne même pas entendre le colonel Picquart ! Il n’écoute que ceux qui, autour de lui, dans l’État-Major, sont acharnés à la perte de Dreyfus ; et il repousse l’homme qui offre la preuve de leur erreur ! C’est d’une témérité prodigieuse ; et quand on tient dans ses mains ou mieux encore quand on prend dans ses mains l’honneur et la liberté d’un homme, c’est d’un parti pris coupable et d’une criminelle légèreté. ”
