André Gide

André Gide

Philoctète (1899)

Résumé

Portrait de André Gide André Gide Philoctète (1899)

Peuples abandonnés dans le désert, c’est sur vous seulement que je pleure. — Toi, prince disparu, que je te haïsse, le sais-je ?... mais je languis d’ennui, de faim, de lassitude pour t’avoir tellement aimé ; et le doux souvenir de chaque de tes nuits me fait sentir, hélas plus désolée ma plus définitive solitude.
Je n’aimais point le peuple jusqu’alors, mais dès lors j’eus pitié de lui. — L’aimais-tu ? — Pour quel bien est-ce donc que tu le menais loin des villes ? — Car le bruit de tes noces n’a pas retenti jusqu’à nous. Nous n’avons pas entendu les cymbales.
Source : Gutenberg

Portrait de André Gide André Gide Philoctète (1899)

La mer n’était pas loin ; par les fortes marées, la nuit, on entendait faiblement le bruit des vagues. Parfois ils descendaient jusqu’à la plage ; c’était par une vallée étroite et tortueuse, sans ruisseau ; des ajoncs, des genêts y croissaient et le vent y chassait du sable ; puis la plage s’ouvrait : c’était un golfe, sans barques, sans navires ; pourtant la mer y était calme. L’on voyait, presque en face, sur la côte recourbée et qui semblait au loin former une île, en ce point même, l’on apercevait comme la grille fastueuse d’un parc ; au soir elle luisait comme de l’or.
Source : Gutenberg

Portrait de André Gide André Gide Philoctète (1899)

Je disais les travaux plus aisés ; la volupté plus souriante, l’azur plus clair, l’air moins brûlant, la nuit moins enflammée. — Y serons-nous bientôt ? demandait-il. — Nous y serons bientôt, répondais-je, — Chante encore, El Hadj bien aimé ! — Là-bas, chantais-je, coulent des eaux non plus salées. Ah ! que seront doux à nos pieds les cailloux glacés des rivières...
A chanter, la moitié de la nuit se passait.
Je ne sais si mon chant donnait de l’assurance au prince, mais moi j’en étais extraordinairement fortifié. Ce que je chantais devenait ; après l’avoir chanté j’y croyais.
Source : Gutenberg

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