“ Alissa ! aie pitié de moi, de nous deux !... Ta lettre me fait mal. Que j’aimerais pouvoir sourire à tes craintes ! Oui, je sentais tout ce que tu m’écris ; mais je craignais de me le dire. Quelle affreuse réalité tu donnes à ce qui n’est qu’imaginaire et comme tu l’épaissis entre nous ! Si tu sens que tu m’aimes moins... Ah ! loin de moi cette supposition cruelle que toute ta lettre dément ! Mais alors qu’importent tes appréhensions passagères ? Alissa ! dès que je veux raisonner, ma phrase se glace ; je n’entends plus que le gémissement de mon cœur. ”
Alissa
Définition et enjeux
Citations sur “Alissa”
Nouvelle Revue Française, La Nouvelle Revue Française
“ Tout mon bonheur ouvrait ses ailes, s’échappait de moi vers les deux. — Je n’y parviendrai pas sans toi, dis-je ; et le front dans ses genoux, comme un enfant pleurant, mais d’amour et non point de tristesse, je repris : pas sans toi — pas sans toi !... Puis le jour s’écoula comme les autres jours. Mais le soir Alissa parut sans le petit bijou de saphirs. Fidèle à ma promesse, le lendemain, dès l’aube je partis. ”
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“ L'Alissa que tu prétends aimer encore n'est déjà plus que dans ton souvenir ; un jour viendra où tu te souviendras seulement de l'avoir aimée. — Tu parles comme si rien la pouvait remplacer dans mon cœur, ou comme si mon cœur devait cesser d'aimer. Ne te souviens-tu plus de m'avoir aimé toi-même, que tu puisses ainsi te plaire à me torturer ? Je vis ses lèvres pâles trembler ; elle murmura d'une voix presque indistincte : — Non... non... ceci n'a pas changé dans Alissa. ”
“ Oh ! rends-moi ce bonheur que j’avais ; je ne puis pas m’en passer. Je t’aime assez pour t’attendre toute ma vie ; mais, que tu doives cesser de m’aimer ou que tu doutes de mon amour, Alissa, cette pensée m’est insupportable. — Hélas ! Jérôme, je n’en puis pas douter. Et sa voix en me disant cela était à la fois calme et triste ; mais le sourire qui l’illuminait restait si sereinement beau que je prenais honte de mes craintes et de mes protestations ; il me semblait alors que d’elles seules vînt cet arrière-son de tristesse que je sentais au fond de sa voix. ”
Jean Croué,
La Nouvelle Revue Française
“ Nous étions assis à présent sur le cadre des châssis ouverts qui laissaient déborder au hasard d'énormes tiges de concombres dont les derniers fruits étaient cueillis. Alissa m'écoutait, me questionnait ; jamais encore je n'avais senti sa tendresse plus attentive, ni son affection plus pressante. Crainte, souci, même le plus léger émoi s'évaporait dans son sourire, se résorbait dans cette intimité charmante comme les brumes dans le parfait azur du ciel. ”
“ Alissa ! qui donc épouserais-je ! Tu sais pourtant que je ne puis aimer que toi... et tout à coup, la serrant éperdument, presque brutalement dans mes bras, j’écrasai de baisers ses lèvres. Un instant comme abandonnée je la tins à demi renversée contre moi ; je vis son regard se voiler ”
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“ Vois-tu, mon enfant, il n’y a rien de tel que la franchise... Pauvre Alissa, elle m’a parlé aussi de son père qu’elle ne pouvait quitter... Oh ! nous avons beaucoup causé. Elle est très raisonnable cette petite ; elle m’a dit aussi qu’elle n’était pas encore bien convaincue d’être celle qui te convenait ; qu’elle craignait d’être trop âgée pour toi et te souhaiterait plutôt quelqu’un de l’âge de Juliette... Ma tante continuait ; mais de tout le reste je faisais bon compte ; une seule chose m’importait : Alissa refusait de se marier avant sa sœur. — Mais Abel n’était-il pas là ! ”
Ramon Fernandez,
André Gide
(1931)
“ Si, comme il me paraît évident, Alissa est l'héroïne non seulement de l'amour-vertu, mais de la passion, et d'une passion très humaine, si la forme religieuse que prend sa passion témoigne autant de sa lucidité que de son exaltation, n'est-ce pas qu'elle a interprété d'une certaine manière la constante passivité de Jérôme, et non pas uniquement comme le signe de son admiration ? ”
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“ Peu à peu nos propos ainsi s’enhardirent. — Alissa, lui dis-je un matin que l’air charmant riait et que notre cœur s’ouvrait comme les fleurs, — à présent que Juliette est heureuse, ne nous laisseras-tu pas, nous aussi... Je parlais lentement, les yeux sur elle ; elle devint soudain pâle si extraordinairement, que je ne pus achever ma phrase. — Mon ami ! commença-t-elle, et sans tourner vers moi son regard — je me sens plus heureuse auprès de toi, que je n’aurais cru qu’on pût l’être... mais crois-moi ; nous ne sommes pas nés pour le bonheur. — Que peut préférer l’âme au bonheur ? ”
“ Vois ! j’attendais d’abord le mariage de Juliette ; j’ai compris que tu attendisses aussi son bonheur ; elle est heureuse ; c’est toi-même qui me l’as dit. J’ai cru longtemps que tu voulais continuer à vivre près de ton père ; mais à présent nous voici tous deux seuls. — Oh ! ne regrettons pas le passé, murmura-t-elle. À présent j’ai tourné la page. — Il est temps encore, Alissa. — Non, mon ami, il n’est plus temps. Il n’a plus été temps du jour où, par amour, nous avons entrevu l’un pour l’autre mieux que l’amour. ”
“ Alissa était pareille à cette perle de grand prix dont m’avait parlé l’Évangile ; j’étais celui qui vend tout ce qu’il a pour l’avoir. Si enfant que je fusse encore, ai-je tort de parler d’amour et de nommer ainsi le sentiment que j’éprouvais pour ma cousine ? Rien de ce que je connus ensuite ne me paraît mieux digne de ce nom, — et d’ailleurs, lorsque je devins d’âge à souffrir des plus précises inquiétudes de la chair, mon sentiment ne changea pas beaucoup de nature : je ne cherchai pas plus directement à posséder celle que, tout enfant, je prétendais seulement mériter. ”
“ Alissa était déplaisamment colorée ; et bientôt la gêne de sentir accrochées l’une à l’autre nos mains moites nous les fit laisser se déprendre et retomber chacune tristement. Nous nous étions trop hâtés et arrivâmes au carrefour bien avant la voiture que, par une autre route et pour nous laisser le temps de causer, la tante faisait avancer très lentement. Nous nous assîmes sur le talus ; le vent froid qui soudain s’éleva nous transit, car nous étions en nage ; alors nous nous levâmes pour aller à la rencontre de la voiture... ”
“ Mon oncle vint. Alissa sentit que je le trouvais vieilli. Il était devenu dur d’oreille, entendait mal ma voix ; l’obligation de crier pour me faire comprendre abrutissait mes propos. Après le déjeuner, la tante Plantier, ainsi qu’il avait été convenu, vint nous prendre dans sa voiture ; elle nous emmenait à Orcher avec l’intention de nous laisser, Alissa et moi, faire à pied, au retour, la plus agréable partie de la route. Il faisait chaud pour la saison. La partie de la côte où nous marchions était exposée au soleil et sans charme ; les arbres dépouillés ne nous étaient d’aucun abri. ”
“ Je n’entrais jamais sans émotion dans cette chambre ; je ne sais de quoi s’y formait une sorte de paix mélodieuse où je reconnaissais Alissa. L’ombre bleue des rideaux aux fenêtres et autour du lit, les meubles de luisant acajou, l’ordre, la netteté, le silence, tout racontait à mon cœur sa pureté et sa pensive grâce. ”
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“ Alissa soulève les pieds de sa sœur et les embrasse tendrement. Ma tante et le prétendant maintiennent Juliette sous les épaules, à demi renversée dans leurs bras. Abel soutient la tête qui retomberait en arrière, — et je le vois, courbé, couvrir de baisers ces cheveux abandonnés qu’il rassemble. Devant la porte de la chambre je m’arrête. On étend Juliette sur le lit ; Alissa dit à M. Teissière et à Abel quelques mots que je n’entends point ; elle les accom pagne jusqu’à la porte, nous prie de laisser reposer sa sœur, auprès de qui elle veut rester seule avec ma tante Plantier... ”
“ Ce fut mon oncle qui me reçut. Alissa se sentant souffrante était déjà montée dans sa chambre et sans doute s’était aussitôt couchée. Je causai quelques instants avec mon oncle, puis repartis... Si fâcheux que fussent ces contretemps, en vain les accuserais-je. Quand bien même tout nous eût secondés, nous eussions inventé notre gêne. Mais qu’Alissa, elle aussi, le sentît, rien ne pouvait me désoler davantage. ”
Jean Croué,
La Nouvelle Revue Française
“ Brusquement le désir me saisit d'aller surprendre Alissa, que pourtant je venais de quitter... Je traverse la ville en courant, sonne à la porte des Bucolin ; déjà je m'élançais dans l'escalier. La bonne qui m'a ouvert m'arrête : — Ne montez pas, Monsieur Jérôme ? ne montez pas : Madame a une crise. Mais je passe outre : — Ce n'est pas ma tante que je viens voir... La chambre d' Alissa est au troisième étage. Au premier, le salon et la salle à manger ; au second la chambre de ma tante d'où jaillissent des voix ; la porte est ouverte, devant laquelle il faut passer ”
“ je ne chérissais plus qu’un fantôme ; l’Alissa que j’avais aimée, que j’aimais encore n’était plus... Eh ! sans doute nous avions vieilli ! cette dépoétisation affreuse, devant quoi tout mon cœur se glaçait, n’était rien, après tout, que le retour au naturel ; lentement si je l’avais surélevée, si je m’étais formé d’elle une idole, l’ornant de tout ce dont j’étais épris, que restait-il de mon travail, que ma fatigue ?... ”
“ Je me demande parfois si son intonation pathétique n’est pas l’effet plutôt du doute que de la foi. La foi parfaite n’a pas tant de larmes ni de tremblement dans la voix. — C’est ce tremblement, ce sont ces larmes qui font la beauté de cette voix — essayai-je de repartir, mais sans courage, car je ne reconnaissais dans ces paroles rien de ce que je chérissais dans Alissa. ”
“ Quand on commence à discuter avec une femme, on est perdu... Écoute : en couchant au Havre samedi, nous pouvons être à Fongueusemare dimanche matin et rentrer ici pour le premier cours de lundi. Je n’ai pas revu tes parents depuis mon service ; c’est un prétexte suffisant et qui me fait honneur. Si Alissa voit que ce n’est qu’un prétexte, tant mieux ! Je m’occuperai de Juliette pendant que tu causeras avec sa sœur. Tu tâcheras de ne pas faire l’enfant... ”
“ Non ; ce qui nous décontenança plutôt, c’était ce rôle absurde de fiancés qu’on nous contraignait d’assumer, cet empressement de chacun à nous laisser seuls, à se retirer devant nous : — Mais tante, tu ne nous gênes nullement ; nous n’avons rien de secret à nous dire, s’écriait enfin Alissa devant les indiscrets efforts de cette grosse femme pour s’effacer. — Mais si ! mais si, mes enfants ! je vous comprends très bien ; quand on est resté longtemps sans se revoir, on a des tas de petites choses à se raconter... — Je t’en prie, tante ; tu nous désobligerais beaucoup en partant ”
“ Il ne me paraît pas qu’Alissa y fût sensible et fît rien à cause de moi, ou pour moi, qui ne m’efforçais que pour elle. Tout, dans son âme sans apprêt, restait de la plus naturelle beauté. Sa vertu gardait tant d’aisance et de grâce qu’elle semblait un abandon. À cause de son sourire enfantin, la gravité de son regard était charmante ; je revois ce regard si doucement, si tendrement interrogateur se lever et comprends que mon oncle ait, dans son désarroi, cherché près de sa fille aînée soutien, conseil et réconfort. ”
“ — Asseyons-nous, dit-elle en se laissant tomber dans un fauteuil. — Si je te comprends bien c’est au souvenir d’Alissa que tu prétends rester fidèle. ”
“ C’est ainsi que nous reprîmes l’habitude l’un de l’autre. Je comptais sur cette accoutumance plus que sur n’importe quelle explication. Le souvenir même de notre séparation déjà s’effaçait entre nous, et déjà diminuait cette crainte que souvent je sentais en elle, cette contraction de l’âme qu’elle craignait en moi. Alissa, plus jeune qu’à ma triste visite d’automne, ne m’avait jamais paru plus jolie. Je ne l’avais pas encore embrassée. Chaque soir je revoyais sur son corsage, retenue par une chaînette d’or, la petite croix d’améthystes briller. En confiance, l’espoir renaissait dans mon cœur ”
Jean Croué,
La Nouvelle Revue Française
“ Elle reprit : — Tu sais que chez moi comme à Fongueusemare tu seras toujours bienvenu. Tu feras plaisir à ton oncle et à Juliette en allant là-bas... — Vous voulez dire à Alissa. — C'est vrai ! Pardon... Croirais-tu que je m'étais figuré que c'était Juliette que tu aimais ! jusqu'à ce que ton oncle m'eût parlé... il n'y a pas un mois... Tu sais, moi, je vous aime bien, mais je ne vous connais pas beaucoup ; j'ai si peu l'occasion de vous voir !... et puis je ne suis guère observatrice ; je n'ai pas le temps de m'arrêter à regarder ce qui ne me regarde pas. ”
Ramon Fernandez,
André Gide
(1931)
“ Quand Jérôme découvre Alissa à genoux, et du même coup la vocation spirituelle de sa vie, la sympathie, l'amour le surprend. C'est un choc, une impression sensible analogue aux impressions vivifiantes des Nourritures. Il n'a pas appelé cette révolution de son être, nulle trace, chez Jérôme ou chez C. II l P, de « l, mno:::r-uuaglnatIon». ... ». Et cet amour dure, s'organise et se perpétue en lui en dépit de la résistance de son égoïsme, en dépit des difficultés particulières que sa nature offre à la satisfaction harmonieuse de ses vœux. ”
André Lemoyne,
Œuvres de André Lemoyne
“ Quel singulier personnage! reprit Alise, moitié songeuse, moitié souriante. Il faudra sans doute que la demoiselle qui pourrait en vouloir vienne lui demander sa main. C'est le monde renversé. Il s'est fort peu inquiété, du reste, du portrait flatteur et à grands traits que tu esquissais de mon humble personne ... et comme il a dégringolé dans l'escalier avec son quadrupède, quand tu lui as parlé de ses ruines et de Maître Gerbier! ”
“ Je vis s’agiter devant moi, pareilles à des fantômes, les images de l’inceste et du désespoir. Ému du souvenir de ce qui avait été, effrayé de l’idée de ce qui eût pu être, je me voyais à la fois l’amant de la mère et le mari de la fille. Alezia, cette enfant que j’avais vue au berceau, était là, devant moi, me parlant en même temps de son amour et de celui de sa mère. ”
Jules Lermina,
Alise
(1893)
“ Et alors , dit niaisement Alise , vous ne pouvez pas me dire où est mon mari ? – Pour ça non , ma petite dame . Il vous aura donné une fausse adresse , bien sûr . – Quelque rouerie , gronda l' hôtelière , qui devinait une femme trompée et s' irritait , par esprit de corps . Ces gueux d' hommes sont tous les mêmes ! Soudain , Alise laissa tomber sa tête dans ses mains et se mit à sangloter . Elle commençait à se sentir à bout de forces ; les nerfs tendus depuis si longtemps se brisaient . Quelque chose se rompait en elle , lui laissant l' écœurement de son impuissance . ”
“ Sachez, afin d’en rire et de mépriser de semblables idées autant que je les méprise, sachez qu’ Alezia séduite par vous dans la maison de sa tante, après avoir été votre maîtresse pendant un an, pourvu que la chose se fût passée sans bruit et sans scandale, pourrait encore faire ce qu’on appelle un bon mariage, et qu’aucune grande maison ne lui serait fermée. Elle entendrait chuchoter autour d’elle, et quelques femmes austères défendraient à leurs filles, nouvellement mariées, de se lier avec elle ; mais elle n’en serait que plus à la mode et entourée de plus d’hommages par les hommes. ”
“ Mais si vous épousiez Alezia, fût-il prouvé qu’elle est restée pure comme un ange jusqu’au jour de son mariage, on ne lui pardonnerait jamais d’être la femme d’un comédien. Vous êtes un de ces hommes sur lesquels aucune calomnie n’a de prise. Beaucoup d’hommes sensés penseraient peut-être qu’Alezia a fait un noble choix et une bonne action en vous épousant ”
Jules Lermina,
Alise
(1893)
“ Ce bandit est de la police ... et c' est lui qui , il y a cinq ans , a livré son frère ... oui , mon Victor , celui dont le portrait est là ... Donnez - le - moi... auprès de la glace ! Troublée , saisie d' un malaise qu' elle ne s' expliquait pas , Alise détacha le petit cadre et le remit à madame Davidot , qui , en un paroxysme de douleur et de colère , couvrait la miniature de baisers , tout en répétant : – Mouchard !... assassin !... – Mais , enfin , s' écria Alise , de qui parlez-vous donc ?... – C' est vrai ... vous ne comprenez pas , vous ne savez pas qui est le mouchard ... ”
