“ Le lendemain je vis le vieillard et la jeune fille à la même place et dans la même attitude flegmatique ; je ne les vis pas s’émouvoir une seule fois, et le prince Grimani dormit délicieusement pendant les derniers actes. La jeune personne me parut au contraire donner toute son attention au spectacle. Ses grands yeux étaient attachés sur moi comme ceux d’un spectre, et ce regard fixe, scrutateur et profond, finit par m’être si gênant, que je l’évitai avec soin. ”
Grimani
Définition et enjeux
Citations sur “Grimani”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ Beata ne répondit que d’une manière évasive, louant les qualités du chevalier Grimani, et ne manifestant ni un très vif désir de lui appartenir, ni la volonté contraire. Comme le sénateur adorait sa fille et qu’il ne pouvait pas soupçonner la véritable cause du malaise où il la voyait, il fit retarder les préparatifs du mariage. Le chevalier Grimani lui-même était allé au devant de ce désir, averti par la camériste Teresa et le médecin de Beata, qui avait ordonné de la distraire et de l’arracher de son appartement, où elle se consumait dans une solitude douloureuse. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ Le chevalier Grimani, qui était jeune et de haute naissance, avait toutes les qualités aimables d’un homme du monde. D’un extérieur agréable, l’esprit assez cultivé et d’une parfaite distinction, il était digne assurément d’attirer l’attention de Beata. Aussi Lorenzo ne pouvait le voir sans en être douloureusement affecté, et, sans se rendre bien compte de ce qu’il éprouvait, il regardait d’un œil d’envie ce noble et brillant Vénitien qui venait troubler par sa présence les rêves innocens de son cœur. ”
“ Je ne l’ai ni entendu, ni vu, dit le naïf cousin, mais j’en ai beaucoup ouï parler. C’est un grand artiste, à ce qu’on assure. — Très-grand, repartit la Grimani, plus grand que vous de toute la tête. Tenez ! il est de la taille de monsieur... Le connaissez-vous, Monsieur ? ajouta-t-elle en se tournant vers moi. — Je le connais beaucoup, signora, répondis-je d’un ton acerbe ; c’est un très-beau garçon, un très-grand comédien, un admirable chanteur, un causeur très-spirituel, un aventurier hardi et facétieux, et de plus intrépide duelliste, ce qui ne gâte rien. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ C’est le fils de famille, c’est le héros des femmes de haut lieu qu’il séduit par la coupe de son habit et une imperturbable assurance. Le chevalier Grimani appartenait à cette lignée des Léandre, des Lindor et des don Ottavio qui devient si nombreuse dans les sociétés défaillantes, et dont le type, d’une grâce suprême, a troublé le repos de la Grèce. ”
“ Lélio, me dit-il, vous êtes amoureux de la Grimani. — Suis-je donc ensorcelé, m’écriai-je, et d’où vient que je ne puis me débarrasser de cette apparition ? — Et tu ne t’en débarrasseras pas de longtemps, pauvret, me dit la Checchina d’un air demi-naïf, demi-moqueur : cette Grimani c’est le diable. Attends, ajouta-t-elle en me prenant le bras, je me connais en fièvre, et je gagerais... Corpo della Madona ! s’écria-t-elle en pâlissant, tu as une fièvre terrible, mon pauvre Lélio ! — On a toujours la fièvre quand on joue et quand on chante de manière à la donner aux autres, dit le comte ”
Jurien de La Gravière, Revue des Deux Mondes
“ Grimani hésitait à prendre la parole : Cappello se chargea d’exprimer son propre étonnement et celui de son collègue. Il parlait avec tant de véhémence que des galères voisines, chacun put l’entendre. « Que faisons-nous ? disait-il à Doria. Pourquoi n’abordons-nous pas l’ennemi ? Doutez-vous par hasard, que, mes galères et moi, nous soyons disposés à faire notre devoir ? S’il en était ainsi, mettez-vous à l’écart et donnez-nous l’ordre d’attaquer ; vous verrez de quelle façon se comporte en pareille occurrence une flotte vénitienne. » Doria subit sans s’émouvoir l’apostrophe. ”
“ Je crois que nous traiterons demain les Grimani de manière à leur ôter l’envie d’ébruiter l’affaire. La princesse emmènera sa fille, et un jour Alezia vous bénira d’avoir été plus sage qu’elle ; car l’amour ne vit qu’un jour, et les préjugés ont des racines indestructibles. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ Je n’ai point oublié la visite que nous fîmes à la villa Grimani et la scène qui s’ensuivit le soir, sous la charmille. En chantant avec mon amie Tognina le duo si frais et si élégant de Clari que le cher abbé Zamaria accompagnait sur la mandoline, je croyais exprimer, mes propres sentimens ; j’étais comme enivrée de l’écho de mon âme, et, en contemplant la lune qui s’égayait au-dessus de nos têtes et dont la lumière mystérieuse éclairait discrètement ce paysage enchanté, je compris ce qu’était la poésie de la vie. Je vous voyais, Lorenzo, sans vous regarder. ”
Étienne-Léon de Lamothe-Langon,
Souvenirs d’un fantôme
“ La nuit suivante, elle trouva un nouveau moyen pour s’introduire auprès de Grimani qui, en passant la nuit à travailler avec le doge, s’était imaginé que l’apparition n’oserait point franchir le palais de l’État : elle s’y présenta pareillement, et chaque fois que minuit sonnait, ce furent les mêmes scènes qui se renouvelèrent. Le comte Grimani succombait insensiblement sous les coups du désespoir qui le dévorait ; la vie, la fortune, l’amour, tout était sans charmes pour lui ; il se voyait une existence affreuse que les fantômes tracasseraient toujours. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ La fille du sénateur Zeno épouse dans trois jours le chevalier Grimani. Il s’agit d’empêcher cet odieux sacrifice, et je viens vous en offrir les moyens. Il y a demain une grande fête au casino du Salvadego, où doivent se trouver les Grimani, le sénateur Zeno avec sa fille Beata, et leurs amis les Badoer et les Dolfin. Vous irez aussi, chevalier, et entouré de vos amis, qui vous accompagneront sous un déguisement qu’autorise le carnaval, vous enlèverez la belle Hélène et vous partirez à l’instant pour la terre ferme. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ Arrivés au traghetto, les quatre personnages descendirent sur la Piazzetta, dont la foule encombrait tous les abords. Ils étaient revêtus d’un domino noir, qui était le déguisement le plus commode et celui que préféraient les gens de qualité. Beata, donnant le bras au chevalier Grimani, suivait tristement les deux sénateurs, qui avaient de la peine à se frayer un passage à travers les flots de la multitude qui se précipitait sur la grande place. ”
“ D’ailleurs, l’équipage de la vieille Grimani en particulier attirait toujours une nuée de mendians, car la pieuse dame avait coutume de répandre des aumônes sur son passage. Un grand laquais fut forcé de les repousser pour ouvrir la portière, et j’avançais toujours, conduisant la signora, et toujours suivi du regard inquisitorial de l’abbé Cignola. — Montez avec moi, me dit la signora d’un ton absolu et avec un serrement de main énergique en s’élançant sur le marchepied. — J’hésitais ; il me semblait que ce dernier coup d’audace allait consommer sa perte. ”
George Sand,
La dernière Aldini
“ L'habileté croît si rapidement chez le sexe que six mois de plus ou de moins font souvent que la candeur est fourberie ou la fourberie candeur. Jusque-là je m'étais imaginé que la Grimani avait au moins vingt ans; car elle était si grande, si forte, si brune, et douce dans son regard, dans son maintien, dans ses moindres mouvements, d'une telle assurance, que tout le monde faisait le même anachronisme que moi à son premier abord. ”
Théodore Georgevich, Les noces crétoises : épisode de la domination vénitienne en Crète (1880)
“ Les souffrances et le deuil n'ont pu effacer de ce visage les caractères de sa mâle beauté. La pâleur du héros, la fière attitude qu'il conserve, ses liens, ses larges blessures, le sang qui le couvre l'entourent d'une auréole sublime que la douleur est impuissante à ternir. L'aîné des Kantanoléo répondit aux paroles de Grimani par un signe de méprisant refus. La même proposition vient d'être adressée à Dimitri, mais on constate que l'âme du malheureux jeune homme s'est déjà envolée vers une vie meilleure. Le tribunal continua longtemps sa sinistre besogne. ”
Teodor Tomasz Jeż, Les Uscoques : la patricienne de Venise… (1882)
“ Unissez ce qui ne sera pas désuni dans le ciel. Qu'il ne soit pas dit que la volonté d'Annunziata Grimani a été courbée par qui que ce soit, fût-ce par Andrea Tiepolo lui-même. On peut la briser, mais non la faire plier! Bénissez-nous, mon Père. Unissez-nous les mains. A ces mots, elle s'était agenouillée. Djordji se mit à genoux à côté d'elle. Ils se tenaient les mains; le père Cyprien les recouvrit de l'étole, et, tenant le gouvernail de la main gauche, il éleva la droite au-dessus de leurs têtes inclinées. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ Il étoit toujours dangereux qu’un peuple aussi naturellement léger et séditieux, poussé par beaucoup de seigneurs puissants aussi légers et aussi amateurs de trouble que ce peuple, et appuyés et dirigés, par le cardinal Grimani, ne donnât encore beaucoup d’inquiétude et peut-être d’occupations au dedans, tandis que les armées en avoient tant en Lombardie. ”
“ Je vais le trouver, répondit Nasi, car je vois que vous n’êtes disposée à écouter aucune parole sage. Et je vais avec lui faire préparer deux chambres pour lui et pour moi dans l’auberge du village que vous voyez d’ici au bout de l’avenue. Si vous étiez encore exposée à quelque offense de la part de M. Hector Grimani, vous n’auriez qu’à faire signe de votre fenêtre et à faire sonner la cloche du jardin, nous serions sous les armes à l’instant même. Mais soyez tranquille, il ne reviendra pas. Vous allez donc vous emparer de l’appartement de Lélio, qui est plus convenable pour vous que celui-ci. ”
Jurien de La Gravière, Revue des Deux Mondes
“ Ne pouvait-on employer ce délai si malencontreux à quelque entreprise, ne fût-ce que pour se procurer aux dépens de l’ennemi des rameurs ? La flotte était très incomplètement aimée ; mainte galère, dans l’escadre du pape surtout, ne comptait guère plus de deux hommes par rame. La circonstance est des plus favorables à l’exécution d’un coup de main : si Doria s’attarde à Aigues-Mortes et à Gênes, Barberousse, de son côté, perd un temps précieux à faire fabriquer du biscuit à Négrepont. Grimani insiste pour qu’on le laisse tenter, avec ses seules forces, une descente dans le golfe de l’Arta. ”
P. Scudo, Revue des Deux Mondes
“ Le chevalier Grimani n’a droit qu’à mon estime, et plût à Dieu que je fusse plus digne d’apprécier les nobles qualités qui le distinguent ! — Eh bien ! répondit Lorenzo avec un redoublement de tendresse, en saisissant de nouveau la taille de Beata, qu’il entraîna doucement sur le balcon, qui vous arrête, et pourquoi résister à l’amour qui1 nous convie à ses félicités ? Y a-t-il sur la terre un bonheur comparable à celui de deux âmes qu’une attraction divine a rapprochées malgré les obstacles de la société ? ”
Giovanni Giacomo Casanova,
Casanova – Histoire de ma vie
“ Partant, je devois me tenir sur mes gardes principalement la nuit. J’aurois eu trop tort de mepriser l’avis du sage vieillard. Je ne marchois qu’en compagnie, ou en gondole. Madame Manzoni m’en fit compliment. La justice, me disoit elle avoit dû m’absoudre ; mais l’opinion generale savoit à quoi se tenir, et Razzetta ne pouvoit pas m’avoir pardonné. Trois ou quatre jours après, M. Grimani m’annonça l’arrivée de l’eveque. ”
George Sand,
La dernière Aldini
“ Dans ses bons jours, il m'appelle sa chère fille; et quand les étrangers lui demandent si je suis sa fille en effet, il répond, faisant allusion à son projet favori: «Sans doute, puisqu'elle sera comtesse Grimani.» Voilà pourquoi à Naples, où j'ai passé un mois, et où l'on ne me connaît guère, et dans ce pays-ci que j'habite depuis six semaines, où je ne vois ni ne connais personne, on me donne toujours un nom qui n'est pas le mien...—Signora! ”
Emile Vincens, Histoire de la République de Gênes
“ Quant aux nobles gibelins, on exila quelques membres des deux principales familles; il fut libre aux autres de rester; en somme, la révolution fut contre toute la noblesse. La dernière violence de ces journées tomba sur Robello Grimaldi; rencontré dans la rue, il fut attaqué par le peuple. Quand le doge vint au secours, on lui cria de laisser exercer la vengeance de sa famille sur la race qui avait causé la ruine de son oncle: tel était en ce moment l'esprit de la multitude; Grimaldi leur fut dérobé à grande peine. ”
Valentine Vattier d'Ambroyse, Le littoral de la France (1883-1889)
“ Il est possible de le dire, les Grimaldi peuvent s'estimer plus honorés encore des grandes actions de leurs ancêtres que de l'origine reculée de leur dynastie. Sur ce sujet de l'origine des princes monégasques, nous empruntons à M. GUSTAVE SAIGE la citation suivante 1. « Il nous paraît infiniment probable que, dans la lettre écrite le 29 mars 1437, par Thomas Frégosc (doge de Gênes) au roi René, en faveur de Grimaldi, c'est à la seigneurie de GRIMAUD qu'il fait allusion quand il parle des possessions des Grimaldi en Provence « dont ranci tiquité est immémoriale ». ”
E.-B. Chabert-Plancheur, Gibalin de Grimaldi (1872)
“ J'ai vingt ans et je suis un Grimaldi! Le sang commande au sang. Notre noble famille est alliée à celle du roi de France ; l'intrépide et valeureux Roland était notre parent!... Ah! bonne mère ! ah! mon père! bénissez, oui, bénissez votre enfant très soumis, qui ne cessera jamais de porter haut le nom sans tache que vous m'avez transmis. La dame de Grimaldi ne put résister plus longtemps à ces paroles douces et justes d'un enfant tendrement aimé. Son amour de mère éprouva même une vive — 73 — satisfaction en entendant Gibalin mettre si haut et si bien l'honneur de son nom et de la famille. ”
E.-B. Chabert-Plancheur, Gibalin de Grimaldi (1872)
“ « Gentil messire de Grimaldi, lui était-il dit, connaissant par la renommée toute la bonté de votre coeur, une dame qui a été mal menée par un seigneur de la cour vient vous prier humblement de la défendre. « Jusqu'à ce jour, elle n'a pu encore trouver justice, parce que n'étant pas noble, personne ne veut tenir l'épreuve pour elle. « Si vous êtes aussi brave qu'on vous dit gentil, ce soir, peu de temps après le couvre-feu, promenez-vous sur la promenade des Ormes. « Une clame qui a foi en vous. » ”
Théodore de Banville,
Gringoire
“ SIMON FOURNIEZ. Quel soir d’été ? Gringoire s’accoude d’abord sur le fauteuil du roi, puis sans prendre garde à ce qu’il fait, s’y assied tout à fait. Olivier-Le-Daim s’élance vers lui furieux, mais le roi, du regard, arrête le barbier, et lui fait signe en souriant de ne pas troubler Gringoire. GRINGOIRE, se laissant aller à l’extase de sa rêverie, et peu à peu finissant par oublier la présence de ceux qui l’entourent. voyez-vous, un poëte qui a faim ressemble beaucoup à un papillon affolé. ”
E.-B. Chabert-Plancheur, Gibalin de Grimaldi (1872)
“ La terre était rougie de sang. Les blessés, les morts tombaient, poussant des cris de douleur. - 39 — L'armée chrétienne combattait cependant toujours avec une rare intrépidité, et la victoire lui semblait être enfin assurée quand tout à coup le seigneur de Grimaldi est enveloppé de tous côtés par les Sarrasins, qui le pressent et le resserrent au milieu d'eux pour le faire prisonnier. Ses braves vassaux l'ont aperçu. Un instant, ils le croient perdu et semblent prêts à se débander; mais Gibalin, d'un coup d'oeil rapide, a jugé de la position difficile et dangereuse où se trouvait son père. ”
Denis Diderot,
Œuvres complètes de Diderot
“ Sur les sept heures, ils se sont mis à des tables de jeu, et MM. Le Roy, Gimm, l’abbé Galiani et moi, nous avons causé. Oh ! pour cette fois, je vous apprendrai à connaître l’abbé, que peut-être vous n’avez regardé jusqu’à présent que comme un agréable. Il est mieux que cela. Il s’agissait entre Grimm et M. Le Roy du génie qui crée et de la méthode qui ordonne. Grimm déteste la méthode ; c’est, selon lui, la pédanterie des lettres. Ceux qui ne savent qu’arranger feraient aussi bien de rester en repos ”
Victor Hugo,
Oeuvres illustrées, de Victor Hugo…
“ Gringoire, de plus en plus effaré, pris par les trois mendiants comme par trois tenailles, assourdi d’une foule d’autres visages qui moutonnaient et aboyaient autour de lui, le malencontreux Gringoire tâchait de rallier sa présence d’esprit pour se rappeler si l’on était à un samedi. Mais ses efforts étaient vains ; le fil de sa mémoire et de sa pensée était rompu ; et doutant de tout, flottant de ce qu’il voyait à ce qu’il sentait, il se posait cette insoluble question : — Si je suis, cela est-il ? si cela est, suis-je ? ”
