“ XIII. La vengeance, elle aussi, a quelque chose d’agréable ; car ce qu’il est pénible de ne pas obtenir, c’est avec plaisir qu’on l’obtient : or ceux qui sont irrités s’affligent au delà de tout de ne pas se venger, et l’espoir de la vengeance les réjouit. XIV. Il est encore agréable de remporter une victoire, et c’est agréable non seulement pour ceux qui ont ce goût, mais pour tout le monde ; car la victoire donne l’idée d’une supériorité, ce qui est, plus ou moins, le désir de tout le monde. ”
Aristote
Résumé
La Poétique d'Aristote, rédigée vers 335 av. J.-C., constitue un ouvrage fondamental de la théorie littéraire, qui examine les formes de l'art poétique, notamment la tragédie, l'épopée et l'imitation. Structurée en deux livres (le second perdu), elle analyse la tragédie comme une imitation d'actions capables d'éveiller la pitié et la terreur, aboutissant à une catharsis émotionnelle.
Aristote distingue les genres selon leur mode d'expression, leur sujet et leur manière de raconter, soulignant la supériorité de la tragédie sur l'épopée grâce à sa densité et sa cohérence. L'ouvrage, malgré ses lacunes — notamment sur la comédie — a profondément marqué la réflexion occidentale sur l'art, en introduisant des concepts tels que la métaphore, l'enthymème et l'imitation. Son influence demeure aujourd'hui dans l'analyse des structures narratives et des émotions humaines.
Citations de Poétique (Aristote)
“ XXXVII. Les choses dont on veut l’existence réelle valent mieux que celles auxquelles on ne demande que l’apparence. De là le proverbe : « C’est peu de chose que la justice, » vu que l’on tient plus à paraître juste qu’à l’être ; mais il n’en est pas ainsi de la santé. XXXVIII. De même une chose plus utile à plusieurs fins, comme ce qui l’est à la fois pour vivre et pour vivre heureux, pour le plaisir et pour les belles actions. C’est ce qui donne à la richesse et à la santé l’apparence d’être les plus grands biens, car ces deux avantages comprennent tous les autres. ”
“ III. L’envie pourrait sembler, au même point de vue, être l’opposé de la pitié, comme se rapprochant de l’indignation et s’identifiant avec elle ; mais c’est autre chose. Il y a bien aussi, dans l’envie, un chagrin qui nous trouble et que suscite aussi la vue d’un succès ; seulement ce n’est pas, alors, le succès d’un indigne qui nous affecte, mais celui d’un égal ou d’un semblable. ”
