Charles de Saint-Julien

Résumé

Charles de Saint-Julien Revue des Deux Mondes

On s’épargnerait ces déclamations stériles, si, au lieu de chercher la Russie dans les souvenirs plus ou moins fidèles de quelques voyageurs, on se donnait la peine d’apprendre sa langue, d’interroger la littérature russe elle-même et les études de mœurs où elle se complaît de plus en plus. C’est là en effet que s’offrent à nous, dans toute leur vérité, les côtés saillans du caractère national, ces oppositions de sentimens et d’idées, par exemple, qui, perpétuées en Russie avec les divisions des classes, s’y effacent toujours à un moment donné devant l’énergique ascendant du patriotisme.
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Charles de Saint-Julien Revue des Deux Mondes

Le seul don Juan possible pour Pouchkine, c’était le héros de son poème satirique d’Onéguine, car Onéguine, c’était Pouchkine lui-même, c’est-à-dire l’homme blasé, non pas celui de notre vieille Europe : celui-là est, comme elle, vieux d’expérience ; la vie n’est plus pour lui qu’un fruit desséché dont il a exprimé le dernier suc, qu’un livre sans secrets, dont il a lu la dernière page ; son intelligence est blasée comme son cœur ; l’abus du raisonnement a tué la raison dans son esprit. Onéguine est au contraire l’enfant d’une civilisation naissante
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Charles de Saint-Julien Revue des Deux Mondes

Mais ce que la Russie doit éviter et ce qui tue l’Europe, c’est un esprit de présomption et d’orgueil ; c’est la maladie du doute et de l’impiété, c’est une certaine inquiétude de caractère et la manie de la discussion, qui détruit toute chose. Préservons-nous de la suffisance de l’Allemagne, de l’égoïsme de l’Angleterre, de la dépravation de la France et de la paresse de l’Italie; alors nous aurons à parcourir une carrière telle que jamais nation n’en a vu de pareille. Considérez l’étendue de cet empire, et vous serez effrayé
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