“ Car vos invectives contre le soleil ne le refroidiront pas ; et votre mauvaise humeur ne changera pas l’univers, elle ne changera que vous. Le flambeau de la vérité ne brûle que ceux qui ne savent pas le tenir, ou qui le regardent de trop près. Prétendre que l’ignorance vaut mieux que la science, c’est prétendre qu’il vaut mieux être aveugle qu’avoir deux bons yeux ; et marcher de nuit, que faire route en plein jour. Si la science sans la vertu est nuisible, ce n’est point une raison pour se plonger dans l’ignorance, mais seulement pour enseigner la vertu avant ou avec la science. ”
Résumé
L'œuvre Œuvres de Francis Bacon, rassemblant ses écrits philosophiques et scientifiques, aborde des thèmes tels que la substance, le mouvement, l'infinité et la nature des phénomènes physiques. À travers des réflexions sur la science, la vertu et l'invention, Bacon met l'accent sur l'importance de l'esprit critique et de l'observation.
Son texte combine métaphysique et rationalisme, soulignant la nécessité de lier la connaissance à l'action humaine. Les citations dégagent une vision universelle de l'existence, où la pensée oriente l'homme vers une maîtrise du monde.
Citations de Œuvres (Francis Bacon)
“ Ce sentiment expansif, qui est l’âme du vrai christianisme, est un préservatif et un remède universel ; c’est le vrai panacée. L’homme est organisé par l’amour et pour l’amour ; plus il se rapproche de ce principe et de cette fin, plus il est sain, judicieux, honnête, éloquent, intrépide, aimable, aimé, heureux, et une source de bonheur pour les autres ; plus il s’en éloigne, plus il est malade, dans toute la force de ce mot. La véritable peste en ce monde, c’est l’erreur qui combat cette grande vérité, ou la science oiseuse qui la fait oublier. ”
“ Les bienfaits des grands inventeurs sont éternels, ils se répandent paisiblement sur le genre humain tout entier, et sur toutes les générations suivantes, comme ceux du suprême auteur de toutes choses, dont ils imitent les créations : semblables à ces pluies douces qui arrosent sans bruit des contrées immenses, répandent par-tout la vie et la fécondité. Or, si le genre humain a bien pu placer dans une si grande élévation l’inventeur de tel ou tel art, quels honneurs réserve-t-il donc à celui qui, en inventant l’art même d’inventer, donne ainsi naissance à tout les autres ? ”
“ Or, cet esprit, dont nous parlons, n’est pas simplement une vertu, une énergie, une entéléchie, ou toute autre chose semblable qu’on pourra imaginer, mais une vraie substance, une substance, dis-je, ténue, invisible, occupant un lieu, et ayant des dimensions, en un mot, très réelle. De plus, de même que le suc des raisins n’est rien moins que de l’eau pure, l’esprit en question n’est pas non plus simplement de l’air pur, mais une substance particulière et très ténue, qui, à certains égards, a sans doute quelque analogie avec ce fluide, mais qui, à d’autres égards, est fort différente. ”
“ La véritable unanimité est celle qui règne entre des hommes qui, dans toute la liberté de leur jugement, et après un mur examen, tombent d’accord sur les mêmes points : mais comme cette multitude d’hommes, qui semblent être tous du même sentiment sur la philosophie d’Aristote, ne s’accordent ainsi que par l’effet d’un même préjugé, et d’une même déférence pour une autorité qui les subjugue tous, c’est plutôt un assujettissement commun, une coalition d’esclaves, qu’un vrai consentement. ”
“ Ainsi, la pensée étant le premier principe de tous les mouvement réfléchis, celui qui sait penser, règne visiblement ou invisiblement sur tous ceux qui ne savent que parler ou agir ; il règne en petit sur ses semblables, comme le penseur suprême, qui voit la conclusion dans les prémisses, toutes les conséquences dans le principe, et tous les principes dans l’idée unique, qui réfléchit, par un seul rayon, l’image fidèle et complète de tout ce qui est, fut, sera ou peut être, règne sur l’univers entier qu’il enfante éternellement, d’une seule pensée. ”
“ Le spectacle de cet univers n’est qu’un phénomène infini en tout sens, et unique, qui se développe et se déroule, pour ainsi dire, dans toute l’immensité de l’espace et de la durée, sans y laisser aucun vuide : ses parties, toutes immédiatement ou médiatement contiguës, se poussent, pour ainsi dire, réciproquement, chaque grande période, chaque année, chaque saison, chaque heure, chaque génération d’êtres, enfantée par celle qui l’a précédée, enfante elle-même celle qui la suit, et dont elle recèle le germe dans son sein. ”
“ Au premier coup d’œil jeté sur l’inépuisable variété de la nature, il semble qu’elle marche au hazard, et que sa seule règle soit de n’en point avoir ; mais, en l’observant de plus près, on voit aisément qu’en variant à l’infini les parties qu’elle joue, elle ne change pas pour cela les règles du jeu, ni même la durée de ces parties. Mouvement diurne et annuel, soit du globe terrestre, soit des autres planètes, mouvement du soleil même, fonctions vitales dans l’homme et dans tous les animaux ; enfin phénomènes de la végétation, tout est périodique. ”
“ Les uns n’aspirant qu’à leur grandeur et à leur puissance personnelles, voudroient assujettir le monde entier à leur frêle individu, et se font le centre de tout. D’autres, un peu moins égoïstes, mais non moins ambitieux veulent que leur patrie, par sa puissance et son éclat efface toutes les autres nations. D’autres, embrassant dans leur bienveillance illimitée toutes les nations et tous les siècles, sont jaloux d’étendre l’empire du genre humain sur la nature et l’immensité des choses. ”
“ Tout bien considéré, les anciens avoient plus de bon sens que nous ; mais nous avons plus d’esprit qu’eux ; et nous avons même tant d’esprit, que nous n’avons pas le sens commun ; ce qui fait compensation. Car, le sens commun est la faculté qui applique les moyens communs à l’utilité commune : mais nous, à force de chercher le rare, nous rencontrons le pire ; et ce genre d’esprit dont nous nous piquons, n’est qu’un instrument bon pour faire fortune dans un commerce de paroles et d’apparences ; c’est une fausse monnoie dont nous payons de faux monnoyeurs. ”
“ Si les hommes ont dû au seul hazard, ou au pur tâtonnement un assez grand nombre de découvertes importantes, n’est-il pas raisonnable d’attendre de recherches plus multipliées, plus suivies, faites à dessein et à la lumière de la vraie méthode, des découvertes encore plus importantes, en plus grand nombre, plus promptement, et presque sur-le-champ ? Parmi les inventions et les découvertes déjà faites, il en est comme celle de la poudre à canon, de la boussole et de la soie, qui n’étoient pas dans les routes connues, et auxquelles aucune analogie ne conduisoit. ”
“ Tout mortel puissant ou foible, savant ou ignorant, est sans cesse sur le bord d’un abîme et dans une situation semblable à celle du navigateur ; il n’y a entre lui et la mort qu’une planche déjà pourrie, ou qui pourrit d’heure en heure : tout veut vivre éternellement et tout passe comme un songe : hommes, planètes, soleils, tout périt, et l’univers même est mortel. ”
“ La sottise qui nourrit l’espérance, vaut mieux que la sagesse qui la détruit, si la sagesse peut être autre chose que l’art de nourrir ce sentiment : nouvelle raison pour respecter les dogmes de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme : si l’homme vit d’espérance, il est clair que, pour prolonger sa vie, il faut placer au-delà de cette vie, le terme de ses espérances, afin que, ne pouvant jamais y arriver, il conserve toujours ce sentiment ; car, s’il attache son bonheur à une réalité, sitôt qu’il l’a saisie, le plaisir lui échappe. ”
“ C’est un dogme bien commode que celui de l’acatalepsie, espèce de scepticisme mitigé, et qui n’ose paroître tout ce qu’il est ; c’est tout à la fois un instrument de paresse, de vanité, d’envie, de bavardage, et de timidité. Car, en premier lieu, si, avec quelque attention et quelque patience qu’on étudie la nature, toute vraie découverte est impossible, il s’ensuit que toutes les études sont inutiles, et que c’est notre paresse qui a raison. ”
“ C’est à la vieillesse du monde et à son âge mûr qu’il faut attacher ce nom d’antiquité. Or, la vieillesse du monde, c’est ce temps même où nous vivons, et non celui où vivoient les anciens, et qui étoit sa jeunesse. À la vérité, le temps où, ils ont vécu est le plus ancien par rapport à nous ; et à cet égard ils sont nos aînés ; mais, par rapport au monde, ce temps étoit nouveau ; et, sous ce rapport, les anciens étoient, en quelque manière, les cadets de l’univers. ”
“ On sera peut-être choqué de nous voir attaquer ainsi les philosophes, anciens et modernes, tous à la fois, et renverser, d’un seul coup, tous les systèmes ; on auroit sans doute raison de l’être, si nous nous permettions d’user contre eux de personnalités ; mais ce n’est ni à leurs talens, ni à leur caractère, ni à leurs personnes que nous en voulons, c’est seulement à leur marche, à leur méthode, à laquelle nous pensons qu’on doit préférer la notre, que nous ne regardons point comme une production du génie, mais comme un présent du hasard, comme un fruit du temps. ”
“ Nous avons, il est vrai, réprouvé les abstractions, mais seulement cette sorte d’abstractions a qu’on fait témérairement avant l’observation et l’expérience. Quant à celles qui n’en sont que des dérivations et des conséquences, que le sommaire et l’extrait, nous les croyons nécessaires. Qui connoît la cause d’une nature (ou qualité) , telle que la chaleur ou la blancheur, dans certains sujets seulement, n’a qu’une science imparfaite. Celui qui est en état de produire tel effet particulier dans les sujets qui en sont le plus susceptibles, n’a également qu’une puissance imparfaite. ”
“ Et ce qu’il faut encore compter pour quelque chose, c’est que, par le moyen des navigations et des voyages de long cours, qui se sont si fort multipliés de notre temps, on a découvert dans la nature et observé une infinité de choses qui peuvent répandre une nouvelle lumière sur la philosophie. De plus, ne seroit-ce pas une honte pour le genre humain, d’avoir fait de nos jours tant de découvertes dans le monde matériel, et de souffrir en même temps que les limites du monde intellectuel fussent resserrées dans le cercle étroit des découvertes de l’antiquité ? ”
“ L’aimant agit à travers les corps de toute espèce, même les plus durs et les plus compacts. Mais ce qui est encore plus étonnant, c’est que, de toutes ces actions qui s’exercent dans l’air, milieu commun à toutes indifféremment, il n’en est pas une seule qui fasse obstacle à une autre : je veux dire que, dans le même temps et dans la même masse d’air, passent et repassent, dans toutes les directions possibles, tant d’images diverses d’objets visibles, tant de sons délicatement articulés, tant d’odeurs spécifiquement différentes, comme celles de la violette, de la rose, etc. ”
“ Quant à ceux qui rapportent tout à Dieu, c’est avec raison qu’ils le font ; car tout doit se terminer là : mais, au lieu de s’élever par degrés, comme ils le devroient, ils sautent, pour ainsi dire, à la cause première. Il n’est pas douteux que la loi sommaire et unique, dont toutes les autres ne sont que des cas particuliers, et qui, par son universalité, constitue la véritable unité de la nature, ne soit subordonnée à Dieu : c’est cette loi même dont nous parlions plus haut, et qui est comprise dans ce peu de mots, l’œuvre que Dieu a exécutée depuis le commencement jusqu’à la fin. ”
“ Ainsi, c’est la foi qui doit être notre seul guide dans cette question, et c’est dans les livres destinés à l’affermir, que nous devons chercher la vérité ; mais la matière, une fois créée, auroit-elle pu, dans l’espace d’un nombre infini de siècles, se distribuer ainsi d’elle-même, et, en vertu de la seule force que le souverain auteur de toutes choses lui avoit imprimée, en la créant, s’arranger dans le meilleur ordre possible, comme elle l’a fait en un instant, par l’action puissante du Verbe divin ? ”
“ Quand tous les hommes, dans tous les âges se seroient réunis, ou se réuniroient par la suite, le genre humain tout entier s’adonnant à la philosophie, et tout le globe se couvrant d’académies, d’instituts, de collèges, d’écoles, de sociétés de savans ; néanmoins, sans une histoire naturelle et expérimentale, de la nature de celle que nous prescrivons et recommandons ici, jamais la philosophie et les sciences n’auroient fait ou ne feroient des progrès vraiment dignes de la raison humaine. ”
“ Heureux qui, ayant découvert les causes de tout, a su mettre sous ses pieds les vaines terreurs, le destin inexorable et le fracas de l’avare Acheron. C’est avec le même jugement que l’auteur de cette fiction que nous expliquons, ajoute, pour encourager les hommes et fortifier leur âme, que ce héros d’une si haute stature ne laissa pas de traverser l’océan dans un vase de terre, de peur qu’ils n’allèguent pour excuse la fragilité de leur nature, et ne s’imaginent, ou ne prétendent, qu’elle est tout-à-fait incapable d’une telle force et d’une telle confiance. ”
“ Il semble que ces gens-là, dans le plus secret de leurs pensées, doutent un peu de la vérité de la religion et de l’empire de la foi sur les sens ; qu’ils aient sur toutes ces choses certaine défiance ; et voilà sans doute pourquoi la recherche de ces vérités, qui ont pour objet les opérations de la nature, leur paroit si dangereuse. Mais aux yeux de tout homme qui a sur ce sujet des idées saines, la philosophie naturelle est, après la parole de Dieu, le préservatif le plus sûr contre la superstition, et l’aliment de la foi le mieux éprouvé. ”
“ Voilà une vérité peu honorable pour celui qui la dit, mais très solide : l’art de vivre et de faire vivre est au premier rang : l’art de mourir et de tuer n’est qu’au second. Mais il ne faut pas oublier non plus que ce second art fait un peu partie du premier ; car, si le faux courage est un vice destructeur, le vrai courage est une vertu conservatrice ; notre espèce, ainsi que les autres, étant toute environnée de dangers, et l’art de prolonger la vie du corps politique n’étant pas moins nécessaire que l’art de prolonger la vie des individus qui le composent. ”
“ Un curé croit voir, dans la lune, son clocher ; une femme sensible, son amant ; et un courtisan, son despote ; chacun, en un mot, l’objet dont il a l’imagination remplie. Cependant il nous semble que cette fable s’appliquerait, avec beaucoup plus de justesse, à une femme d’un rang très élevé, qui étant passionnée pour un homme d’une classe très inférieure, mais doué du talent de plaire s’abaisse à l’aimer, le va trouver en secret, lui fait toutes les avances et prend soin de sa fortune, en partie par tendresse, en partie par vanité, et pour avoir moins à descendre et à rougir. ”
“ Avant que certaines choses aient été découvertes, la possibilité d’une telle invention lui semble incroyable mais sont-elles inventées, il lui semble au contraire incroyable qu’elles aient pu si long-temps échapper aux hommes. Or, c’est cette inconséquence même qui est pour nous une raison d’espérer qu’il reste encore une infinité de découvertes à faire, soit en saisissant certaines propriétés encore inconnues, soit en transportant d’un genre dans l’autre, et en appliquant, à l’aide de cette méthode expérimentale que nous désignons sous le nom d’expérience lettrée, les propriétés déjà connues. ”
“ Mais cette tranquillité artificielle qu’on se procure un instant, en voyant les choses tout autres qu’elles ne sont, ou en se crevant méthodiquement les yeux pour ne les point voir, on la perd dès qu’on est obligé de les employer telles qu’elles sont ; sitôt qu’on veut appliquer à la réalité des choses toute cette science idéale, on retombe avec nous dans l’infini, sans s’être procuré le fil de l’analyse pour s’en tirer, et l’on court de méprise en méprise. ”
“ Or, la vertu est en effet une science ; car, être vertueux, c’est savoir ce qu’on doit faire, et savoir faire ce qu’on doit. Mais dire que la science est utile, c’est dire une chose triviale ; au lieu que dire que la science est nuisible, c’est avancer un paradoxe aussi facile à soutenir que tout autre. Car, tout ayant ses avantages et ses inconvéniens, il y a toujours quelque chose à blâmer dans ce que loue le grand nombre, et quelque chose à louer dans ce qu’il blâme. ”
“ Et l’effet qui, par hazard, lui est commode lui paroît avoir pour but sa commodité. Trop occupé de lui-même, il croit, il veut que tout s’en occupe. Tel voudroit que l’univers entier eût été fait exprès pour lui, et a force de désirer que cela soit, finit par croire que cela est. Nul d’entre nous n’a le cœur assez grand, ni l’esprit assez élevé, pour comprendre une fois combien peu de place il occupe dans l’univers et combien peu son imperceptible existence y est importante. ”
“ Ce n’étoit rien moins que des subtilités, de la nature de celles dont nous parlons ici, et qui, n’étant à la vérité d’aucun usage pour le moment, sont pour la suite d’une utilité infinie. Au reste, que les hommes tiennent pour certain que toute analyse très exacte et toute discussion très approfondie, qui n’a lieu qu’après la découverte des axiomes, ne vient qu’après coup et qu’il est alors trop tard ; que le véritable, ou du moins le principal temps où ces observations si fines sont nécessaires, c’est lorsqu’il s’agit de peser l’expérience et d’en extraire les axiomes. ”
“ Tel fut aussi le sentiment des plus illustres de ses successeurs, de Locke, de Newton, de Leibnitz, de Boërrhave, de Haller, de Condillac, de Buffon, qui n’ont pas cru s’abaisser en marchant sur ses traces, et à la lumière de sa méthode, aussi sublime que simple, et d’autant plus nécessaire, qu’il n’y en a pas deux. Les esprits inférieurs, qui ont fait gloire de les copier en tant de choses, semblent avoir rougi de les imiter en cela. Plus on a besoin de guide, plus on veut marcher seul ; et ceux qui ont le plus besoin de lunettes, sont précisément ceux qui dédaignent le plus d’en porter. ”
“ La corrélation sympathique et l’action réciproque entre les corps qui ont fait partie d’un même tout, ou qui ont été en contact l’un avec l’autre, est ce qui nous paroît le plus incroyable. Cependant, comme nous nous sommes fait une loi de tout approfondir, et de ne rien admettre ou rejeter sans l’avoir soumis à l’examen, nous ferons aussi quelque légère mention de ce genre de sympathies. C’est une expérience assez triviale, que celle d’enlever les verrues, en les frottant avec quelque substance, qu’on laisse ensuite se putréfier, ou en général, se décomposer. ”
“ Mais un exemple vraiment clandestin sur ce sujet, c’est l’aimant armé de fer, ou plutôt le fer dans un aimant armé. Car la loi de la nature porte qu’à une certaine distance, un aimant armé n’attire pas le fer avec plus de force que ne le fait un aimant non armé. Mais si vous approchez davantage le fer, alors l’aimant armé portera un poids beaucoup plus grand que le même aimant sans armure ; différence qui n’a d’autre cause que l’analogie de substance du fer avec d’autre fer. ”
“ Pour mériter aisément une place honorable en philosophie, il faut y entrer par la méchanique, et dans la méchanique, par l’horlogerie ; celui de tous les arts qui, en embrassant le plus grand nombre de moyens de ce genre, exige la théorie la plus précise et la plus complète : cette manière de commencer donne à l’esprit de l’étendue, de la force, de la justesse et de la netteté. Elle fait qu’il n’est pas long-temps dupe des aperçus éblouissans, et qu’il ne s’effraie point à la vue d’un assemblage très compliqué. ”
“ Le fait est que nous ne pouvons imaginer ni même concevoir l’univers ni comme fini ni comme infini. Nous venons de nous assurer du premier point : quant au second, je dis qu’à proprement parler, nous n’avons aucune idée positive de l’infini nous croyons l’avoir, parce que nous employons souvent ce mot, et croyons n’avoir point de mots sans idées. Mais au fond nous ne l’avons point ; ce n’est qu’une idée négative, ou une négation d’idées, une destruction hypothétique, ou abstraction d’idées positives, c’est-à-dire, d’idées qui aient un objet réel. ”
“ Mais, comme je le disois plus haut, il est très difficile de faire quelque expérience nouvelle de cette nature ; car je ne suis pas assez maître de ma croyance et de ma persuasion, pour me faire accroire ce qu’au fond je ne crois point du tout. Il m’est donc impossible de faire sur moi-même une telle expérience. Et la difficulté est encore plus grande qu’elle ne le paroît au premier coup d’ail ; en supposant même que l’imagination ait un pouvoir tel que celui dont il s’agit, pour peu qu’un homme imaginât avec quelque doute, ou quelque crainte, cette disposition même nuiroit d’autant à l’effet. ”
“ Obligé de soutenir une lutte pénible, à chaque page, à chaque ligne, à chaque mot, j’éprouve de fréquentes lassitudes, dans cette longue carrière qu’un triple devoir m’oblige de fournir jusqu’au bout ; mais l’espoir de bien mériter de la partie la plus vivante et la plus précieuse de cette grande et généreuse nation qui, depuis tant d’années, éclaire et réchauffe l’univers entier, me ressuscitant, pour ainsi dire, à chaque instant, j’avance avec vigueur vers le but, sans m’arrêter et sans me presser. En travaillant pour la jeunesse, je me rajeunis, en quelque manière, par ma pensée ”
“ VII. La recherche et la découverte de la texture cachée, et de l’intime constitution des différens corps, est un objet tout aussi neuf que la découverte du progrès caché et de la forme. Nous ne sommes encore qu’à l’entrée du sanctuaire de la nature, et nous ne savons pas nous ouvrir un passage pour pénétrer dans l’intérieur. Cependant, en vain se flatteroit-on de pouvoir, avec succès et à volonté, douer d’une nouvelle nature un corps donné, ou le transformer en un corps d’une autre espèce, si au préalable on n’a une parfaite connoissance de la manière de transformer ou d’altérer les corps. ”
Termes fréquents
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