“ Le froid qui jette son linceul blanc sur les prairies, sur les bois, sur les lacs, et jusque sur la fourrure, jusque sur le plumage des animaux ! Le froid qui décolore tout dans le monde matériel comme dans le monde intellectuel, la robe du lièvre et de l’ours aux rivages d’Archangel, les plaisirs de l’homme et le caractère de ses mœurs aux lieux dont il s’approche ! Vous voyez bien que tout se civilise, c’est-à-dire que tout se refroidit. Les nations bronzées de la zône torride commencent à ouvrir leur main craintive et méfiante aux piéges de notre industrie ”
Froid
Définition et enjeux
Le froid, phénomène physique et métaphore profonde, a traversé les œuvres de penseurs et d'écrivains pour illustrer des transformations du monde et de l’âme. George Sand le décrit comme un agent de civilisation, décolorant nature et esprits, tandis que Philarète Chasles le relie à la mortalité, dans un versant existentiel.
Albert Delpit, lui, en fait un symbole de résilience face à la guerre. Ces approches, mêlant observation sensorielle et réflexion philosophique, révèlent le froid comme un miroir des tensions entre destruction et régénération, un thème central dans la littérature et les réflexions sur l’environnement.
Citations sur “froid”
Philarète Chasles,
Études sur W. Shakspeare, Marie Stuart et l'Arétin…
(1852)
“ L'Orage dans le ciel et les vents irrités, Et le froid de l'hiver et l'ardeur des étés, Moi, quand la bise souille à la fin de l'automne, Lorsque ma tête tremble et que mon corps frissonne, Cette étreinte du froid qui me fait tressaillir Me dit que je suis homme et que je dois mourir ”
Henriette Dessaulles,
Lettres de Fadette
“ Pendant que je bavarde à bâtons rompus, un soleil froid fait étinceler la neige sèche, le vent la soulève en tourbillons aveuglants, et j’ai peur du froid, comme j’aurais peur d’un être malfaisant qui me guetterait pour m’étouffer, aussi, je ne bouge pas. ”
“ Le vent glacé soufflait à son aise, soulevant un gris tourbillon de neige, que le froid avait réduite en une poussière corrosive, et enveloppait tout ce qu’il rencontrait de mort ou de vivant sur sa route. ”
Albert Delpit,
Poésies de guerre
“ Car la neige et la faim ont frappé bien des nôtres ! Le froid est dur pendant les grand’gardes de nuit... Mais ta sainte pensée est là qui nous conduit. Mais ton nom bien-aimé résonne à notre oreille. Et tout cela nous rend la chaleur sans pareille. Mystérieux accord appris par la douleur, Qui fait monter le sang plus chaud à notre cœur ! ”
H. Emile Chevalier, Poignet-d'acier, Ou, Les Chippiouais
“ La neige ou la glace partout aux pieds; sur la tête, un ciel froid et terne comme le plomb; autour de soi, un horizon sans ligne, une atmosphère grise, épaisse à ce point qu'on aurait cru la pouvoir saisir avec les doigts. ”
Robert de la Sizeranne, Revue des Deux Mondes
“ L’étendue déserte et froide, un ciel bas et lourd, un océan de sillons où attendent, comme des esquifs surpris par la bonace, une charrue immobile, une herse abandonnée, les corbeaux maîtres de la terre et du ciel, ce peu d’objets, ce vide même évoquent invinciblement le grand mystère de l’hiver : l’engourdissement de la terre, le bienfait du sommeil, du silence et du froid pour les moissons futures. ”
Various, L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905
“ Le froid, le grand purificateur, est venu; sur les boues du chemin, sur les ornières innombrables où s'enfonçaient les hommes et les chevaux, une couche épaisse de glace a fait une route merveilleuse, aussi unie qu'une piste. ”
Jules Case,
Bonnet rouge
(1887)
“ Le froid augmente , si cruel que les mains semblent saigner . Une sorte de crépuscule , le reflet d' on ne sait quel soleil indécis , blafard et glacé , se lève . Sur la pâleur livide du ciel , une hauteur se dessine , noire , surmontée des arêtes ”
“ D’où naissent tour à tour le froid et les chaleurs, Ou des vents inconstants lorsque l’humide haleine Change pour nous des cieux l’influence incertaine, Les êtres animés changent avec le temps : Ainsi, muet l’hiver, l’oiseau chante au printemps. ”
George Sand,
Lettres d’un voyageur
(1857)
“ L'hiver étend ses voiles gris sur la terre attristée, le froid siftle et pleure autour de nos toits. Mais quelquefois encore, à midi, des lueurs empourprées percent la brume et viennent réjouir les tentures assombries de ma chambre. ”
Henry Morton Stanley,
Comment j’ai retrouvé Livingstone
“ Le froid vous saisit, tout le corps est glacé. La tête s’alourdit, les tempes ont des battements rapides, le regard se trouble ; vous êtes pris de vertige, et dans le vague où ils apparaissent, tous les objets sont déformés. ”
Élisée Reclus,
Histoire d’un ruisseau
“ On se sent tout à coup saisi par le froid et par un froid humide; l'air stagnant, où les rayons bien aimés du soleil ne pénètrent jamais, a je ne sais quoi d'aigre, comme s'il ne devait pas être aspiré par des poumons humains ”
Pierre Mille,
Paraboles et diversions
(1913)
“ Alors on lève les yeux, on distingue le plomb du triste ciel, les nuées qui s’éplorent, et l’on songe que déjà l’hiver est là-haut, qu’il gèle au-dessus de nos têtes, et que chaque jour, un peu plus, ce grand froid descendra... ”
Erckmann-Chatrian, Contes et romans populaires
“ L’hiver était venu, le froid était excessif, surtout dans les nuits claires où les étoiles fourmillent au ciel, où la lune brillante dessine sur la neige les ombres des grands arbres, avec leurs mille rameaux entrelacés. ”
Victor Hugo,
Les Quatre Vents de l’esprit
“ En hiver la terre pleure ; Le soleil froid, pâle et doux, Vient tard, et part de bonne heure, Ennuyé du rendez-vous. Leurs idylles sont moroses. — Soleil ! aimons ! ― Essayons. Ô terre, où donc sont tes roses ? ”
Émile Zola,
Au bonheur des dames
(1883)
“ Un vent froid qui soufflait, avait déjà séché le pavé. De toutes les rues, éclairées d’un petit jour pâle sous le ciel de cendre, les commis débouchaient vivement, le collet de leur paletot relevé, les mains dans les poches, surpris par ce premier frisson de l’hiver. ”
Alphonse Baralle, Atlas universel, contenant la géographie physique… (1877)
“ L'hiver, un froid véritable lui livrait sa proie, le vin gelait, les hommes aussi; tel y perdit un pied, un autre deux doigts de la main. Si les poursuivants souffrirent à ce point, que penser des fugitifs, des femmes, des enfants? Comines en vit une morte de froid qui venait d'accoucher. ”
Évariste Huc,
Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie…
“ Nous marchions à l’encontre d'un vent si fort et si glacial, que la respiration se trouvait parfois arrêtée, et que, malgré nos bonnes fourrures, nous tremblions à chaque instant d'être tués par le froid. ”
Gabriel Peignot, Lettres de Gabriel Peignot à son ami N.-D. Baulmont… (1857)
“ Le froid a beau être de 5 , 6, 8 degrés, on vous écorche tout vif, et puis, le soir, vous rentrez chez vous, sec comme amadou , froid comme un glaçon et harassé comme la monture du chevalier de la triste figure à qui vous ne ressemblez pas mal. ”
Théodore Lepetit, Principes et exercices élémentaires de composition française… (1860)
“ Le froid qui règne éternellement sur leurs sommets, condense les vapeurs, les convertit en neige, et les ménage avec économie pour rafraîchir et désaltérer la terre pendant les ardeurs brûlantes de l'été. ”
André Gide,
L’Immoraliste
(1902)
“ Il était tard ; je marchais à grands pas ; la neige commença de tomber abondante ; j’étais heureux de respirer enfin un air plus vif, de lutter contre le froid, heureux contre le vent, la nuit, la neige ; je savourais mon énergie. ”
Charles-Marie Leconte de Lisle, Poèmes barbares (Édition définitive… (1889)
“ Le vent froid de la nuit Le vent froid de la nuit souffle à travers les branches Et casse par moments les rameaux desséchés; La neige, sur la plaine où les morts sont couchés, Comme un suaire étend au loin ses nappes blanches. En ligne noire, au bord de l'étroit horizon, Un long vol de corbeaux passe en rasant la terre, Et quelques chiens, creusant un tertre solitaire, Entre-choquent les os dans le rude gazon. J'entends gémir les morts sous les herbes froissées. ”
“ De plus, l’air se prête, en quelque manière, indistinctement et avec une sorte d’indifférence, à la transmission de ces qualités si puissantes et si connues sous les noms de chaud et de froid, d’humidité et de sécheresse. ”
Ernest Jeanbernat, Les mémoires d'un hanneton (1890)
“ Le froid devient de plus en plus vif. Il tombe presque tous les jours une pluie glaciale qui vous pénètre jusqu'à la moelle des os. A peine si j'ai pu quitter mon gîte depuis quatre jours, et je me sens tout engourdi. ”
Marie Pape-Carpantier,
Enseignement par les yeux. Zoologie des salles d'asile et des écoles élémentaires…
(1911)
“ S'ils s'arrêtent pour se reposer un instant, le froid les engourdit, ils s'endorment... Et quand on s'endort dans la neige, on ne se réveille plus ! Ou bien ils s'égarent... Et quand on s'égare dans la neige, on ne retrouve plus son chemin. ”
Jean-Baptiste Beunaiche La Corbière, Traité du froid, de son action et de son emploi "intus et extra" en hygiène… (1866)
“ Mais l'antagoniste de ces admirables et puissants phénomènes de la vie, le froid, apparaît-il? Tout, dans cette belle nature des champs, s'attriste et s'engourdit. S'il devient vif et que son action coercitive se prononce, la plante manifeste sa souffrance, se flétrit; la vie cesse de s'épancher au dehors, les sommités, les feuilles trop délicates se fanent, se détachent de la jeune pousse. ”
Adrien-Théodore Benoît-Champy, Fables et poésies. Passe-temps de vacances… (1871)
“ L'hiver paraît, et son froid salutaire Rend la vigueur aux corps, purifie et resserre Les terrains, par les eaux détrempés, amollis ; Puis la neige suspend aux flancs de la montagne Son manteau blanc comme les lis ”
Arthur Mangin,
L'air et le monde (4e édition)
(1884)
“ Revenons maintenant aux phénomènes de chaud et de froid que présente l'atmosphère. La presque totalité de la chaleur répandue à la surface de la terre et retenue dans son enveloppe gazeuse est fournie par le soleil. ”
“ Elle refroidira les cœurs irrésolus, Y glacera tout germe utile ou salutaire, Et puis elle y fondra comme la neige à terre, Et qui la cherchera ne la trouvera plus. Seulement un froid sombre aura saisi les âmes ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres complètes de Sénèque le Jeune
“ « Le froid et le chaud se contrarient toujours et ne peuvent demeurer ensemble ; le froid passe à l’endroit que le calorique abandonne ; et réciproquement la chaleur revient quand le froid est chassé. » ”
“ Ce soir, un grand ciel clair, surnaturel, abstrait, Froid d’étoiles, infiniment inaccessible À la prière humaine, un grand ciel clair paraît. Il fige en son miroir l’éternité visible. Le gel étreint cet infini d’argent et d’or, Le gel étreint, les vents, la grève et le silence Et les plaines et les plaines ; le gel qui mord Les lointains bleus, où les astres pointent leur lance. Silencieux, les bois, la mer et ce grand ciel Et sa lueur immobile et dardante ! Et rien qui remuera cet ordre essentiel Et ce règne de neige acerbe et corrodante. Immutabilité totale. ”
Auguste Boppe,
Revue des Deux Mondes
“ Le vent n’a amoncelé la neige que d’un côté du col ; nous pouvons donc passer. Mais, à peine sommes-nous sur l’autre versant que la neige, tourbillonnant autour de nous, nous aveugle. Le froid nous glace ”
Heinrich Heine,
Poëmes et légendes
“ L’été brûlant réside sur tes joues ; l’hiver, le froid hiver habite dans ton cœur. Cela changera un jour, ô ma bien-aimée ! L’hiver sera sur tes joues, l’été sera dans ton cœur. ”
Jules Verne,
Quand par le dur hiver
“ Quand par le dur hiver tristement ramenée La neige aux longs flocons tombe, et blanchit le toit, Laissez geindre du temps la face enchifrenée. Par nos nombreux fagots, rendez-moi l’âtre étroit ! Par le rêveur oisif, la douce après-dînée ! Les pieds sur les chenets, il songe, il rêve, il croit Au bonheur ! — il ne veut devant sa cheminée Qu’un voltaire bien doux, pouvant railler le froid ! Il tisonne son feu du bout de sa pincette ; La flamme s’élargit, comme une étoile jette L’étincelle que l’œil dans l’ombre fixe et suit ; Il lui semble alors voir les astres du soir poindre ; L’illusion redouble ; ”
François Rozier,
Cours d’agriculture
“ Les veilles fréquentes & immodérées, les vives passions de l’ame, l’usage des demi-bains, ou des bains trop chauds, ou l’habitude de se chauffer extrêmement les pieds ; l’action subite du froid sur l’habitude du corps, l’impression d’une terreur imprévue, une pluie froide dont le corps se trouve tout d’un coup pénétré. ”
Nouvelles Leçons françaises de littérature et de morale… (1843)
“ Casimir DELAVIGNE. (La Fille du Cid.) TABLEAUX (1) . l'Hiver. Mais c'est loin de nos yeux, aux plaines de l'Éther, Que s'exercent en grand les rigueurs de l'hiver : Là, des molles vapeurs monte l'amas immense ; Son souffle les surprend, les saisit, les condense. Quel magasin du ciel fournit ces froids amas De globules glacés, de givre, de frimats? Quand l'eau monte en vapeur à la céleste voûte, Si le froid la saisit, déjà formée en goutte, Alors la grêle tombe, et ses grains bondissants Battent à coups pressés nos toits retentissants. ”
Friedrich Nietzsche,
Par delà le bien et le mal
(1886)
“ Si froid, si glacial, qu’on s’y brûle les doigts ! La main qui le saisit recule d’effroi ! — Et il y en a qui prennent cela pour de la chaleur ! ”
James Fenimore Cooper,
Le Bourreau de Berne
“ Et d’un autre côté, il était très probable que quelques minutes d’un froid si intense, augmenté par la violence du vent, suffiraient pour glacer les sources de la vie dans les êtres si faibles qui étaient confiés à ses soins. ”
Charles Dickens,
Les Grandes Espérances
(1861)
“ La nuit était froide et sèche, le vent pénétrant, il gelait ferme, un homme serait mort en passant cette nuit-là dans les marais. Je levais les yeux vers les étoiles, et je me figurais combien il devait être terrible pour un homme de les regarder en se sentant mourir de froid, sans trouver de secours ou de pitié dans cette multitude étincelante. ”
“ Le temps est presque froid. Le soleil radieux Depuis hier au soir nous a fait ses adieux ; Le ciel, d’un bout à l’autre, est d’un gris monotone. Sous les arbres feuillus l’ombre se pelotonne, Bleue & tranquille ; un jour aveuglant, odieux Cesse de l’accabler de traits insidieux ; Dans l’accord des couleurs pas une ne détonne. Le regard ébloui de trop vives clartés, Brûlé par la splendeur des rayonnants étés, Se détend, se repose & contemple, paisible, Les arbres estompés, les contours amollis, Le vallon qui se creuse en mystérieux plis, Et l’horizon rendu par la pluie invisible. ”
Étienne Dupont, Les prisons du Mont Saint-Michel… (1913)
“ Peu vêtus le jour, mal couverts la nuit, ils sentent vivement l'impression du froid. Les lieux qu'ils habitent sont ou mal chauffés ou même ne le sont pas du tout. Ajoutez aussi que la nature peu substantielle de leurs aliments, développant peu de chaleur intérieure, les rend encore bien plus sensibles à l'influence du froid et, surtout, du froid humide. ”
“ Mais, quoique nous puissions donner à la chaleur la plus grande intensité, par le moyen du feu, nous n’avons en notre disposition qu’un froid très foible ; par exemple, le froid naturel de l’hiver, ou ce froid artificiel que nous pouvons nous procurer par le moyen de la glace et de la neige, combinées avec le nitre. ”
Honoré de Balzac,
Le Colonel Chabert
(1832)
“ Que voulez-vous ! notre soleil s’est couché, nous avons tous froid maintenant. ”
René Grousset,
Sur les traces du Bouddha... (6e édition…
(1929)
“ Ajoutez à cela des rafales de vent et des tourbillons de neige dont on est assailli à chaque instant ; de sorte que, même avec des souliers doublés et des vêtements garnis de fourrures, on ne peut s'empêcher de trembler de froid. Lorsqu'on veut manger ou dormir on ne rencontre aucun endroit sec où se reposer. ”
Jean-Joseph Regnault-Warin, Histoire politique et militaire du Gal La Fayette… (1831)
“ Ce qui les rend plus pernicieuses encore, c'est le passage rapide des chaleurs excessives au froid le plus âpre. Ajoutez à cela que leur situation entre la mer et les montagnes les soumet à des pluies abondantes. ”
“ S'il arrive un accident, que de regrets! Alors l'imagination s'en mêle; toutes les catastrophes de la montagne se présentent à votre esprit. Vous rêvez ponts de neige manquant sous vos pas, vous vous sentez précipité dans ces crevasses béantes, vous entendez les craquements terribles de l'avalanche qui se détache et va vous ensevelir, vous disparaissez, le froid de la mort vous saisit, et vous vous débattez dans un effort suprême!... ”
Pour être belle (1913)
“ Le grand danger, que je vous ai signalé déjà, à plusieurs reprises, réside dans la sensation du froid suivie immédiatement de la sensation du chaud. La peau redoute toujours ces contrastes précipités. Sortez donc, dès qu'il fait froid, avec des gants fourrés et, à l'intérieur des habitations, si vous n'avez pas la température suffisante, donnez à vos mains un exercice qui développe de la chaleur. ”
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