“ Qu'elle semblait n'avoir connu du jour que l'aube, Et qu'au soir de la mort, où, sans aucun regret, Jusqu'aux jardins du ciel, elle s'envolerait Doucement de sa vie obscure et solitaire, N'ayant rien laissé d'elle aux buissons de la terre, Le parfum, exhalé dans un soupir dernier, Serait depuis longtemps connu du ciel entier. AUX MOINES Moines venus vers nous des horizons gothiques, Mais dont l'âme, mais dont l'esprit meurt de demain. Qui retrempez l'amour dans ses sources mystiques Et le purifiez de tout l'orgueil humain. ”
Émile Verhaeren
Résumé
Émile Verhaeren, dans Poèmes, explore une gamme de thèmes liés à la nature, à la spiritualité et aux sentiments humains, à travers des images poétiques et des métaphores profondes. Les motifs récurrents de la nuit, de la lumière, des moines et des plaines évoquent un dialogue entre le monde terrestre et l’au-delà.
Les citations révèlent une sensibilité à la fois méditative et lyrique, mêlant l’orgueil humain à la douceur de la nature. L’œuvre, traversée par des images comme les « flots » ou les « croix de fer », invite à une méditation sur l’éphémère et l’éternel, dans un style marqué par la puissance des images et la densité symbolique.
Citations de Poèmes (Émile Verhaeren)
“ Le froid gerce le sol des plaines assoupies, La neige adhère aux flancs râpés d’un talus vert Et par le vide entier grincent des vols de pies. Avec leurs fins rameaux en serres de harpies, De noirs taillis méchants s’acharnent à griffer, Un tas de feuilles d’or pourrissent en charpies ; On s’imagine entendre au loin casser du fer. C’est l’infini du gel cruel, il incarcère Notre âme en un étau géant qui se resserre, Tandis qu’avec un dur et sec et faux accord Une cloche de bourg voisin dit sa complainte, Martèle obstinément l’âpre silence — et tinte Que, dans le soir, là-bas, on met en terre un mort. ”
“ A l'horizon, par où les longs chemins perdus Marchent vers le matin, à la lueur des chaumes, Flottent, au son du vent, des formes de fantômes Qui rasent les gazons de leurs pieds suspendus. Car c'est l'heure où, là-bas, les Anges, en guirlande, Redescendent cueillir, mélancoliquement, Dans les plaines de l'air muet, le lys dormant, Le lys surnaturel qui fleurit la légende. On les rêve passant sur les cimes, où luit, Comme des baisers d'or, l'adieu de la lumière, Ils vont par le sentier, le champ et la bruyère, Et, le doigt sur la bouche, ils écoutent la nuit. ”
