Résumé

Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées

Au carrefour des abattoirs et des casernes,
Il apparaît, foudroyant et vermeil,
Le sabre en bel éclair sous le soleil.
Masque d’airain, casque et panache d’or ;
Et l’horizon, là-bas, où le combat se tord,
Devant ses yeux hallucinés de gloire !
Un élan fou, un bond brutal
Jette en avant son geste et son cheval
Vers la victoire.
Il est volant comme une flamme,
Ici, plus loin, au bout du monde,
Qui le redoute et qui l’acclame.
Il entraîne, pour qu’en son rêve ils se confondent,
Dieu, son peuple, ses soldats ivres ;
Les astres mêmes semblent suivre,
Si bien que ceux
Qui se liguent pour le maudire
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Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées

La plaine et le pays sans fin
D'un blanc soleil comme la faim,
Où, sur le fleuve solitaire,
Tourne aux remous toute la douleur de la terre.
CHANSON DE FOU
Le crapaud noir sur le sol blanc
Me fixe indubitablement
Avec des yeux plus grands que n'est grande sa tête;
Ce sont les yeux qu'on m'a volés
Quand mes regards s'en sont allés,
Un soir, que je tournai la tête.
Mon frère?—il est quelqu'un qui ment,
Avec de la farine entre ses dents;
C'est lui, jambes et bras en croix,
Qui tourne au loin, là-bas,
Qui tourne au vent,
Sur ce moulin de bois.
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Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées

Il s’en était allé si loin vers l’inconnu
Que son siècle vieux et chenu,
Toussant la mort, au vent trop fort de sa pensée,
L’avait férocement enseveli sous la risée.
Il était oublié, depuis des tas d’années
Vers l’avenir échelonnées,
Lorsqu’un matin la ville éclata d’or
Et de fête pour son apothéose
Et le grandit en une pose
De volonté debout sur un piédestal d’or.
On inscrivit sur le granit de gloire,
L’exil subi, la faim, l’affre et la prison,
Et l’on tressa, comme une floraison,
Son crime ancien, autour de sa mémoire.
On lui prit sa pensée et l’on en fit des lois ;
On lui prit sa folie et l’on en fit de l’ordre :
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