Émile Verhaeren,
Les Villes tentaculaires, précédées des Campagnes hallucinées
“ Son port est pluvieux de suie à travers brumes, Où le soleil comme un œil rouge et colossal larmoie. Son port est ameuté de steamers noirs qui fument Et mugissent, au fond du soir, sans qu'on les voie. Son port est fourmillant et musculeux de bras Perdus en un fouillis dédalien d'amarres. Son port est concassé de chocs et de fracas Et de marteaux tonnant dans l'air leurs tintamarres. Toute la mer va vers la ville! Les flots qui voyagent comme les vents, Les flots légers, les flots vivants, Pour que la ville en feu l'absorbe et le respire Lui rapportent le monde en des navires. ”
