Victor de Laprade

Victor de Laprade

Résumé

Portrait de Victor de Laprade Victor de Laprade Revue des Deux Mondes

Avec moi, cheminez en foule
Et chantez, peuple industrieux ;
Dieu vous dit dans mon flot qui coule :
Travaillez et soyez joyeux.
LE POÈTE
Pauvre cœur dupe, hélas ! de ta propre imposture,
Tu n’entends que toi-même à travers la nature !
L’esprit qui t’a parlé de joie et d’avenir
T’a promis, ô pasteur, ce qu’il ne peut tenir.
Ainsi, pour t’affranchir de l’ennui qui me ronge,
O folle humanité, tu n’as que le mensonge !
Je trouve ta gaîté plus triste que mes pleurs,
Et mon front ne veut pas de ces trompeuses fleurs.
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Portrait de Victor de Laprade Victor de Laprade Revue des Deux Mondes

Tresse, au bord du verger, tresse encor, pour demain,
Des corbeilles plus grandes,
Et va parer l’autel où ta stérile main
N’apportait plus d’offrandes.
Le désert t’a rendu cette vertu d’aimer
Que l’homme t’a ravie ;
Et l’on nie à ce sein qui t’a pu ranimer
D’avoir en soi la vie !
Il répare en un jour ces longs mois où l’ennui
Appauvrissait ta muse.
Tout s’accroît au désert, tout s’engendre de lui ;
Dans la cité tout s’use.
Crois-en donc à l’instinct qui t’y fait sentir Dieu
La nature est vivante
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Portrait de Victor de Laprade Victor de Laprade Revue des Deux Mondes

Nul ne connaît son port, son vrai nom, ni son âge ;
Ses hôtes les plus vieux sont nés dans le voyage.
Pourtant un récit vague à leurs fils garde encor
Les regrets et l’espoir d’un ciel, d’un pays d’or,
Et, montrant quel chemin doit les y reconduire,
Des signes sont écrits partout sur le navire.
Mais, plutôt que de lire à ce livre sacré,
Chacun se fait un port, une route à son gré.
La nef est bien pourvue, on peut gaîment y vivre ;
Jamais le flot, battant ses flancs doublés de cuivre,
N’entama jusqu’ici le vaisseau paternel,
Et, comme il est antique, il semble être éternel.
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