“ Nul ne rit de l’extase où leur âme se noie ; Et, s’ils n’entendent plus les hymnes de la joie, Ils ne frémissent plus des cris de la douleur. Ils sont loin des savants dont la main sèche tremble, Loin des hommes de doute heureux d’un vain baiser ; Mais, forts d’un grave amour, ils viennent seuls poser Sur l’immense inconnu l’œil et le cœur ensemble. Ils n’ont pas de repos s’ils ne l’embrassent tout. La brume quelquefois les aveugle et les trempe. Ils vont. La plaine utile est un trésor qui rampe ; Les monts sont des déserts, mais des déserts debout. ”
Sully Prudhomme
Résumé
"Le Lion", poème de Sully Prudhomme, explore les tensions entre l'âme et la raison, le rêve et la réalité, à travers des images symboliques comme le cœur, l'ombre ou le lion. L'œuvre, publiée dans le Parnasse contemporain (1866-1869), allie lyrisme et réflexion existentielle, décrivant une quête intérieure à travers des métaphores naturelles et des dilemmes éthiques.
Les vers évoquent la solitude, la résistance face à l'indifférence, et la recherche d'un idéal transcendant. Le lion, symbole de puissance et de fragilité, incarne l'homme confronté à l'inconnu, dans un dialogue entre l'émotion et la raison.
Citations de Le Lion (Sully Prudhomme)
“ Tu vas l’œil provocant, le pied galant et prompt, À travers le sarcasme et l’ignoble huée : Ton immuable rire est plus fort que l’affront. Et moi, je porte au bal le masque de mon front ; J’y vais, l’âme d’amour à vingt ans dénuée, Mendier des regards dans la blanche nuée Des vierges dont jamais les cœurs ne choisiront. Également parés et dédaignés de même, Tu cherches ton dîner, moi j’ai besoin qu’on m’aime. Qui voudra de ton corps ? l’amant heureux te fuit ; Qui voudra de mon cœur ? l’ange aimé se retire... ”
“ Quiconque a son pareil, celui-là n’est pas homme : Il porte encore au front la marque du troupeau. Je n’ai ni dieu prêché, ni maître, ni drapeau, Je n’ai point de patrie autre part qu’en mon rêve ; Vos mœurs sont un niveau que mon dédain soulève, Et, si je fais le bien, c’est une œuvre de moi Que je dois à mon cœur et non pas à la loi. La médiocrité comme un affront me pèse : C’est un étroit pourpoint où je vis mal à l’aise ; Il me courbe les reins, je veux marcher debout, Ma respiration le fait craquer partout ! — La foule est bien nombreuse, et bien courte la vie ”
